Jean-Paul et Monique à
bord de l'Aigle, avec Juliette et son amie Charlotte : |
Jean-Paul et Monique à bord de l'Aigle : |
3. De PORTSMOUTH à VALLE CRUCIS 4. De BRENIG RESERVOIR à PORTMEIRON |
La nouvelle compagnie Air Club dont nous avons emprunté l'Airbus cette fois-ci ne présente d'autre inconvénient spécifique qu'un retard considérable dans le service du souper. Pour le reste, on y est aussi serré que dans les autres vols "charters" auxquels nous sommes maintenant habitués. En fin d'après-midi Johanne Roy nous avait conduit à Mirabel, direction la France. Juliette et son amie Charlotte, Monique et moi débarquons à Satolas à 8:00 le dimanche matin. Nous empruntons la navette jusqu'à Perrache où Jean nous accueille pour nous amener à Sainte-Foy.
Au réveil d'une bonne sieste, il nous conduit à Fareins. René-Pierre, Jocelyne et leurs trois filles y participent à une kermesse qui s'achève. Nous arrivons juste à temps pour partager le sympathique souper communautaire préparé par et pour les organisateurs : merguez, côtelettes sur charbon de bois, p'tit vin du pays à la bonne franquette nous mettent tout de suite dans l'ambiance. Nous récupérons notre Aigle que René-Pierre vient de sortir du hangar et rentrons assez tard à Sainte-Foy. Je m'endors - seul - dans mon camion, marquant ainsi le début de mes vacances.
Pendant les trois jours qui suivent, retrouvailles familiales, rangements et petits bricolages occupent tout notre temps : changement de la robinetterie de la douche et de l'évier, pose d'un nouvelle batterie à décharge profonde, nettoyage, courses au supermarché, recherches pour faire installer un alternateur Valeo de 90 ampères à Brignais puis à St-Genis-Laval. Je renonce cependant à procéder pour l'instant à cette amélioration, vu son coût prohibitif (près de 2 000,00 F...). |
Lyon : Hôtel Laurencin dans le Vieux St-Jean |
Nous continuons la route étroite. Elle serpente entre les fermettes à colombages si typiques du Pays d'Auge dont les petits bâtiments disparates sont dispersés au milieu des pommiers. L'herbe est drue dans les pâturages où broutent de grosses vaches brunes à taches blanches (serait-ce plutôt blanches à taches brunes ?). Parfois elles s'écrasent et ruminent sous les arbres, cherchant un peu d'ombre sous le ciel dégagé qui nous assène sa chaleur aujourd'hui.
Jeudi 30 juin 1994 : de SAINTE-FOY-LES-LYON à LA MURE/AZERGUE (88 km)
Bouchon Place Neuve St-Jean dans le Vieux Lyon |
Il fait beau mais encore un peu chaud aujourd'hui. Après avoir fini de mettre de l'ordre dans l'Aigle et dans ses soutes, nous allons faire un tour sur le chantier de Christian et Anne. Si le plan d'aménagement témoigne de l'imagination et du bon goût du décorateur, en revanche les multiples recoins et niveaux de la maison me laissent songeur... et quelle entreprise ! Elle risque de durer encore longtemps puisque son maçon a lâché le beau-frère à l'improviste et en plein milieu des travaux. |
De retour à la maison, dîner animé autour de la grande table que Juliette et Charlotte son amie épicent de leurs réflexions et commentaires. Puis les filles transfèrent l'abondant contenu de leur chambre dans l'Aigle pendant que j'aide Monique à emplir le frigo. Mise en ordre des papiers, argent et autres notices, adieux à Jehanne et à Jean, puis nous prenons la route de Fareins. La température est encore très élevée bien qu'il soit déjà 16:30, mais le vent apparent lorsqu'on roule les fenêtres grandes ouvertes rend supportable la canicule. Nous trouvons René-Pierre en train d'extraire sa première récolte dans sa miellerie. Agréables retrouvailles avec lui, puis avec Jocelyne et ses deux filles plus jeunes auxquelles Monique remet quelques petits cadeaux.
Il est 19:00 lorsque nous reprenons la route vers Villefranche puis en direction des vertes collines du Beaujolais. Nous grimpons assez haut et soupons devant un très beau panorama à La Parasoir. La route redescend ensuite dans la vallée jusqu'au village de La Mure/Azergue où nous bivouaquons sur la grande place près de la rivière. L'installation des quatre adultes pour le coucher est un peu laborieuse, mais tout finit par s'arranger et nous nous endormons vers 10:30.
Vendredi 1er juillet 1994 : de LA MURE/AZERGUE à COSNE (près de Bourges)
Château de la Clayette |
La nuit s'écoule
paisiblement sur le grand parking, malgré la moiteur
de la soirée. Elle s'estompe progressivement dans la
fraîcheur nocturne apportée par l'altitude. Douche et
petit déjeuner sans problème : avec un minimum de
discipline on arrive fort bien à voyager à quatre et
en tout confort dans notre Aigle ! Départ vers 11:00.
Nous achevons de traverser le Beaujolais vers l'est
avant de franchir les dernières pentes du Massif
Central par des petites routes zigzaguant entre des
haies. Tout autour, les foins coupés et fanés sèchent
près des moissons qui achèvent de dorer au soleil.
|
Après nous être un peu perdus aux alentours de Chauffaille, nous finissons par rattraper Paray-le-Monial dont la basilique pointe au loin. Puis nous longeons un grand moment le canal de la Loire par toutes sortes de petites routes : Digoin, Moulin... A Bourges nous visitons assez rapidement la superbe cathédrale : les cinq portails de son étonnante façade s'organisent autour du grand tympan orné d'un magnifique Jugement Dernier. A l'intérieur la voûte est immense, bien qu'assez sombre vu l'heure tardive (18:45). La lumière éclaire encore un peu les vitraux superlatifs, du genre de ceux de Chartres, qui entourent le déambulatoire du choeur. Le vent souffle en rafales lorsque nous ressortons. Un orage menaçant a obscurci le ciel tout zébré d'éclairs éblouissants. Porté par les tourbillons, le sable des allées du jardin de l'Archevêché, au chevet de la cathédrale, s'élève en nuage aveuglant tandis que je filme ses riches massifs de fleurs et ses rosiers parfaitement ordonnés.
Charlotte contacte alors une vieille
grand-tante qui a élevé son père à Cosne, une petite ville
située à 60 km au nord-est, sur le bord de la Loire. La
vieille dame nous invite à aller la voir. Nous parcourons
rapidement la distance et nous retrouvons à passer une soirée
pantagruélique autour d'une table délicieusement garnie. Il
est fort tard - près de 11:30 - lorsque nous allons nous
installer pour la nuit sur une place bien éclairée au bord du
fleuve.
Samedi 2 juillet 1994 : de COSNE à ST-GEORGES-DE-GREHAIGNE (Bretagne)
La nuit reste très chaude mais surtout notre parking semble servir de rendez-vous à tous les camionneurs du coin... Il s'ensuit un réveil très matinal après un assez mauvaise sommeil. Nous reprenons la direction du nord, franchissons la Sologne plate et humide par des voies secondaires sous couvert de forêt. La Motte-Beuvron, Bracieux... A Blois nous passons la Loire et, toujours par des petites routes quasi désertes, gagnons Vendôme, La Ferté-Bernard, Mamers et Alençon. Arrêt à l'Office du Tourisme sis dans la Maison d'Ozzé, déjà visitée l'an dernier, pour vérifier si le son et lumière des Imaginaires est encore présenté au Mont-Saint-Michel. Le préposé nous en donne l'assurance, nous bifurquons donc vers l'ouest.
Passant près de Fontenai-Louvet, nous tentons de rencontrer Madé dans sa jolie maison au milieu de la forêt d'Écouves. Mais les portes sont closes et nous devons poursuivre, admirant quand même la nouvelle véranda qu'elle vient de faire construire. Carrouges, Joué-du-Bois, La Ferté-Macé, ... Arrêt à Domfront pour se dégourdir les jambes sur les murs démantelés du château féodal. Depuis sa terrasse, la vue s'étend largement sur la campagne verdoyante et vallonnée toute entrecoupée de haies.
Arrivant au Mont en fin d'après-midi, nous allons nous installer sur le sable au pied de la digue, derrière des dizaines d'autres camping-cars. Pendant que Juliette et Charlotte vont patauger dans la vase et dans le sable humide - la mer est basse - Monique et moi prenons un peu le soleil tout en contemplant le monument extraordinaire juste devant nous. Sa silhouette caractéristique occupe tout l'espace visuel d'une façon remarquablement équilibrée. Quelle beauté et quelle harmonie, surtout à cette heure où le plus gros des touristes a quitté les lieux, nous évitant la cohue ici habituelle. De plus la température est douce, la lumière chaude... |
Le réfectoire du Mont-St-Michel dans Les Imaginaires |
Les filles se débarbouillent, nous soupons puis nous acheminons vite essoufflés sur la petite rue sinueuse et pentue menant à l'abbaye. Le tour des salles discrètement illuminées, au sons de diverses musiques inspirées, renouvelle l'enchantement de l'an passé, même si le public plus nombreux est trop souvent dérangeant par ses agir incongrus (certains promènent une lampe de poche sur les murs...) ou ses paroles saugrenues ou triviales... |
Vers minuit et demi nous redescendons et embarquons dans l'Aigle pour aller dormir sur le petit stationnement paisible de l'église de St Georges-de-Gréhaigne déjà utilisé à plusieurs reprises l'an dernier.
Dimanche 3 juillet 1994 : de ST-GEORGES-DE-GREHAIGNE à HERMANVILLE-PLAGE
Abbaye aux Hommes de Caen et abside de l'abbatiale |
Nuit des plus tranquilles, mais l'absence d'ombre rend notre lit haut assez chaud passé 8:30. Laissant les filles dormir, nous reprenons la route, vers Caen cette fois-ci. Peu après Avranches la quatre voies se rétrécit en une route ordinaire assez mauvaise et notre train se ralentit grandement. La circulation est en effet très dense, le relief plus accusé et le poids de l'Aigle, en pleine charge, lui enlève tout "envol". Nous déjeunons près de Villers-Bocage, à l'ombre d'un grand arbre dans un chemin creux, pour arriver finalement chez Maman vers 14:30. |
Elle nous accueille affectueusement, nous
offre le café et nous met un peu au courant des dernières
nouvelles familiales. Nous partons ensuite avec elle faire une
grande promenade sur la digue d'Hermanville. Nous retrouvons
la Manche que nous aimons, son air frais et vivifiant, ses
couleurs délicates, ses ciels aux teintes mêlées et
changeantes, et surtout ses immenses étendues de sable quasi
désertes... Après ce bol d'air revigorant, nous allons saluer
Françoise et Denis, de garde dans leur pharmacie. Nous
bavardons un peu, Denis me fait admirer son réseau ferroviaire
miniature et son étonnante collection de locomotives installés
dans un coin de sa cave.
Nous retournons alors à l'appartement de Maman pour débarquer les filles et tout leur barda. Elles passeront leur séjour caennais en sa compagnie tandis que Monique et moi irons dormir près de la mer. Maman a préparé un bon souper à la fin duquel nous appelons Mathieu à Montréal. Notre grand fils semble vouloir "prendre ses responsabilités" et s'acquitter avec sérieux de ses tâches de gardien ! Pourvu que ça dure... Il semble même préoccupé de se mettre à la recherche d'un emploi dès la fin de ses cours d'été. | Juliette fait la folle dans le salon de sa grand-mère |
Rassurés par ces bonnes nouvelles, nous souhaitons une bonne nuit à la maisonnée et allons rejoindre notre parking préféré, la Place du 3ème Régiment d'Infanterie Britannique, à deux pas de la plage, près de la Brèche d'Hermanville. Nous y faisons un plein d'eau laborieux en débranchant le tuyau que des campeurs indélicats ont connecté en permanence sur le robinet des toilettes du stationnement et nous endormons bercés par le ressac de la marée haute.
54 093 Lundi 4 juillet 1994 : d'HERMANVILLE-PLAGE à OUISTREHAM (87 km)
Excellent sommeil durant la nuit. Notre réveil a seulement été un peu hâté par le passage de tracteurs emmenant à flot les bateaux de pêche des vacanciers au delà de l'immense grève découverte. Durant la matinée, quelques visites de maisons avec le courtier M. Deligny : l'une à Lion/Mer nous semble intéressante (maison de bourg ancienne en assez bon état avec petite cour à l'arrière) mais les hauts murs entourant le terrain rendent le jardin trop encaissé et empêchent d'y accéder sans passer par la maison. Les deux autres (immense maison de vacance du début du siècle décorée de faux colombages que l'on a subdivisée, et grande ferme du XVIIIème à restaurer et restructurer) ne correspondent pas vraiment à nos besoins.
Maman nous accueille ensuite pour déjeuner. Puis nous retournons à l'agence qui avait transmis l'an passé notre deuxième offre sur la maison Esclapez. On y confirme à Monique qu'elle doit bannir tout espoir de l'acquérir, le nouveau propriétaire amorçant dès à présent des travaux de rénovation... Juste à côté, l'agente Century 21 nous emmène voir trois maisons à Colleville, l'une complètement rénovée et horriblement décorée, la deuxième toute en longueur offrant environnement misérable et possibilités d'aménagement quasi nulles. La troisième, rue du Caprice, située sur la route de Ouistreham et à l'orée des champs, nous semble beaucoup plus intéressante. Mais ses trois corps forment un ensemble trop vaste et son prix de 550 000,00 f (auquel il faut ajouter un montant au moins équivalent pour des réparations majeures) nous dissuadent d'aller plus loin dans l'examen de l'affaire...
En fin d'après-midi, nous soupons près de la
mer avant d'aller chercher Sophie chez elle. Elle accompagnera
Juliette, Charlotte et Monique à une projection de "La
reine Margot". Je les attend dans l'Aigle sur le
stationnement du cinéma en bricolant et en écrivant ce
journal. Il est passé 22:45 lorsque nous reconduisons Sophie à
Hermanville, puis Juliette et Charlotte à Caen où elles vont
dormir chez Maman. De notre côté nous revenons à Ouistreham où
nous trouvons le calme recherché le long du canal, juste
devant le port de plaisance.
Mardi 5 juillet 1994 : de OUISTREHAM à CAEN (38 km)
Sommeil des plus paisibles, puis lever vers 9:30. Nous avons repensé à notre projet d'achat dans la région, mais le cours déplorable du dollar canadien (3,60 f/$) nous rend de plus en plus perplexes. Aussi décidons-nous de consacrer plutôt notre énergie à notre projet de voyage en Angleterre. A la Gare Maritime on nous informe des tarifs et des dates des traversiers pour Portsmouth. A l'agence Promax où nous nous rendons enfin, on nous propose trois autres maisons que nous visiterons demain. | Le navire des Brittany Ferries arrive au port de Ouistreham |
Nous nous rendons également au C.L.E.
(Collège Lycée Expérimental) d'Hérouville qui semble une
option intéressante pour Juliette l'an prochain. Le premier
accueil est détestable. Nous sommes tombés, paraît-il, sur les
deux profs les plus désagréables de l'école. C'est du moins ce
que nous confient quelques élèves avec lesquels nous discutons
ensuite à bâtons rompus. Ils nous brossent un tableau beaucoup
plus positif de leur école. Juliette participe peu aux
discussions, mais prête une oreille attentive aux propos de
ses - possibles - futurs condisciples. Une heure plus tard,
nous rentrons à la maison où Maman nous a préparé un délicieux
souper. La soirée se passe paisiblement à partager nos
expériences de la journée, à présenter un peu nos projets
d'itinéraire à Maman avant de retourner dormir sur la côte.
Mercredi 6 juillet 1994 : CAEN (44 km)
Plage
de Lion sur Mer
|
Comme prévu, nous nous rendons à Ouistreham rejoindre notre agente qui nous embarque avec elle pour nous montrer les "perles" qu'elle a sélectionnées. Déception... La grange attenante à une ferme n'est autre que celle que nous avons déjà visitée avant-hier dans le vieux Lion. Murs en blocs de ciment, piliers de béton, dépendances croulantes, environnement dégueulasse... passons ! |
La deuxième est une maison de pierre aux belles proportions mais neuve et très mal placée en contrebas de la route juste avant d'arriver à Courseules. Quant à la dernière... c'est une chaumière aux murs fissurés dans le vallon de Fontaine-Henri, accotée sur une petite falaise creusée d'une grotte. Le cadre déplaît beaucoup à Monique qui lui trouve un air lugubre. Voilà qui mettra un terme provisoire à nos velléités domiciliaires.
De retour à Caen, je m'installe dans la cour derrière chez Maman, branche l'Aigle sur le 220 V et m'attaque à la réparation de la centrale dont le disjoncteur du frigo saute dès qu'on le branche sur le secteur. Après étude de la documentation et démontage de la centrale, je constate que les valeurs des disjoncteurs ne correspondent pas aux consommations des appareils branchés sur chacune des lignes : le frigo qui exige un fort ampérage dépend d'un disjoncteur de 6 ampères tandis que les pompes sont connectées chacune sur un coupe-circuit de 16 ampères, alors qu'elles demandent seulement 3 ampères... La solution s'impose d'elle-même, il suffit d'échanger les disjoncteurs, mais leurs cosses sont soudées sur des barrettes de gros calibre et mes petits fers à souder mettent un temps fou avant de faire fondre la grosse masse d'étain collée sur les pièces.
Je finis par tout remonter avec des cosses de
branchement standard, mais la matinée s'est écoulée et il est
déjà temps de passer à table. La fin du repas est un peu
précipitée par Maman qui nous embarque pour Hermanville où
elle a décidé d'offrir le champagne à toute la famille en
l'honneur de la réussite de Sophie au Bac. Mais à 13:50 Gilles
et Ginette reprennent le travail... Il faut donc reporter le
rendez-vous au lendemain soir, quand tous seront disponibles
pour cette petite fête. Dans le courant de l'après-midi, nous
allons faire quelques courses qui nous mènent au B.H.V. J'y
trouve de quoi installer mon nouveau Klaxon pendant que
Monique va voir frigos et cuisinières. Dans la soirée, je fais
le relevé des cassettes de Maman, histoire d'en mettre à jour
le catalogue et de voir quels enregistrements je pourrais lui
envoyer pour compléter sa sonothèque.
Jeudi 7 juillet 1994 : CAEN (40 km)
Dans l'après-midi je gagne Hermanville et
stationne devant la pharmacie de Gilles pour bricoler.
Percement de la ferraille achetée tout exprès hier, fixation
derrière le pare-chocs, je réussis à faire le plus gros de
l'installation mécanique; les branchements électriques
viendront plus tard... Après le souper nous nous retrouvons
tous dans la grande maison d'Hermanville pour célébrer le
succès de Sophie et déguster le champagne.
Vendredi 8 juillet 1994 : CAEN (22 km)
Pendant que Monique achève la lessive chez Maman, je découpe et pose le sous-tapis de feutre que nous traînons depuis notre départ pour tenter d'insonoriser un peu la cabine de l'Aigle. Résultats mitigés... Puis je passe l'aspirateur et fais un semblant de ménage avant de m'installer devant la télévision pour regarder les cérémonies du cinquantième anniversaire du Débarquement à Omaha Beach enregistrées le 6 juin. En fin d'après-midi nous retournons à la pharmacie de Denis quérir quelques médicaments pour soigner une laryngite que Juliette et moi avons attrapée lors de notre chaude traversée de la France. |
Le soir je me sens trop fatigué pour avoir le goût de retourner devant la mer, aussi dormons-nous dans la cour derrière l'immeuble de Maman.
Samedi 9 juillet 1994 : de CAEN à CORMEILLES (112 km)
Levés vers 9:30, nous achevons les derniers rangements dans l'Aigle, plions le linge lessivé et réveillons les filles.
Celles-ci finissent par mettre de l'ordre
dans leur capharnaüm, avant de descendre et d'entasser leurs
affaires dans les petits placards de l'Aigle. Maman nous offre
un deuxième et délicieux déjeuner puis nous lui faisons nos
adieux. Je débranche le câble d'alimentation du camion et nous
partons vers le Pays d'Auge. Une halte au Carrefour
d'Hérouville nous permet de remplir notre frigo de produits
frais et de compléter notre stock d'épicerie avant d'affronter
la cuisine britannique... Passant par Hermanville nous saluons
Gilles et Ginette au boulot et faisons le plein d'eau pour
prendre ensuite le chemin de Pegasus Bridge. Monique considère
encore avec un rien de regrets et d'envie les vieilles maisons
plus ou moins rénovées disséminées le long de la route. Aux
alentours du pont, nombre de voitures et de visiteurs venus de
Grande Bretagne vont et viennent, contemplant le théâtre des
exploits de leurs parachutistes qui prirent les lieux d'assaut
il y a juste 50 ans.
Puis c'est Cabourg, Houlgate. Nous escaladons la route quittant abruptement le village et laissons là l'Aigle pour aller faire l'excursion des Vaches Noires. Un escalier dévalant la falaise nous ramène sur la plage, dévoilant un superbe panorama sur la côte normande toute ensoleillée. On devine les constructions du Havre et la falaise de Sainte-Adresse de l'autre côté de l'estuaire de la Seine.
Charlotte et Juliette sur la plage des Vaches Noires |
Commence alors une longue balade sur la grève, au pied des falaises sombres et brunes mais plutôt basses qui forment en fin de compte un décor assez peu impressionnant. En revanche l'horizon marin est magnifique, surtout sous le grand soleil dont nous sommes gratifiés aujourd'hui. De temps à autres, on doit franchir des petits courants qui rejoignent la mer à l'extrémité de l'immense plage découverte par la marée basse. |
Au bout de trois quarts d'heure de marche dans le sable humide, nous arrivons au bout de notre promenade, une ensemble de pierres noires plus ou moins recouvertes d'algues et éparpillées sur le sable. Elles rappellent un peu un troupeau de vaches au pré, d'où le nom des lieux. Rien de bien spectaculaire, mais une belle balade au grand air qui m'aide à supporter mon angine en train de tourner en rhume.
Les jambes un peu lourdes et l'estomac creusé par l'exercice, nous rejoignons l'Aigle puis longeons la côte dorée par le soleil de la fin d'après-midi. Juste après Villers/Mer, nous gagnons le bout d'une impasse devant la mer et y soupons. Quittant ensuite la route côtière à Blonville, je bifurque sur une petite route qui escalade puis fait le tour du Mont Canisy. Peu de vue là-haut, mais on passe devant de fort belles résidences secondaires dont la construction respecte fidèlement le style "Vallée d'Auge" (colombages et toits de chaume). Puis c'est la traversée de Deauville et un bref arrêt au bord de la Touque, juste au dessus du petit port pittoresque de Trouville. Juliette et Charlotte finissent par rejoindre leur amie Ariane au téléphone; nous irons lui faire une petite visite demain à Cormeilles.
Nous prenons donc la route de Pont-l'Évêque, admirons au passage les vieilles maisons pittoresques de Touques, devinons les restes peu intéressants du château de Guillaume-le-Conquérant à Bonneville, faisons un arrêt un peu frustrant devant le manoir de l'évêque à Canapville car il est trop tard pour le visiter, avant d'arriver à la brunante dans le gros bourg de Cormeilles. Après quelques recherches, nous trouvons l'adresse de l'oncle d'Ariane puis allons dormir devant l'église au dessus du village.
Nous prenons donc la route de Pont-l'Évêque, admirons au passage les vieilles maisons pittoresques de Touques, devinons les restes peu intéressants du château de Guillaume-le-Conquérant à Bonneville, faisons un arrêt un peu frustrant devant le manoir de l'évêque à Canapville car il est trop tard pour le visiter, avant d'arriver à la brunante dans le gros bourg de Cormeilles. Après quelques recherches, nous trouvons l'adresse de l'oncle d'Ariane puis allons dormir devant l'église au dessus du village. |
Vue générale
du village au pied de son église
|
Dimanche 10 juillet 1994 : de CORMEILLES au HAVRE (202 km)
Église de Cormeilles
|
La nuit s'écoule tranquillement à l'ombre de la petite église dominant le village, même si vers 9:30 l'arrivée des paroissiens venant assister à la messe de 10:00 finit par nous jeter à bas du lit. Douches rapides, plein d'eau sur le robinet du cimetière tout proche, puis levée du camp pour rejoindre Ariane chez son oncle normand. |
Il demeure dans une bicoque en colombages toute de guingois. Nous partons avec les trois filles pique-niquer un peu plus loin sur un grand terrain devant la mairie du hameau de St-Pierre, à l'ombre des peupliers. Il fait en effet très chaud sous le grand soleil pourtant peu coutumier en Normandie. Les blagues et les conversations vont bon train entre nos trois grâces qui se bâfrent de chocolat, de pain beurré à la confiture et autres goinfreries. | Cormeilles :
Place Général De Gaulle
|
Le marché du dimanche à Cormeilles |
Elles nous ramènent ensuite au centre du village de Cormeilles occupé par un marché campagnard. |
Ces demoiselles vont s'attabler à la terrasse du Café de la Place où elles continuent de bavarder en dégustant un expresso... En les attendant Monique et moi parcourons les rues pittoresques fleuries et bordées de vieilles maisons typées, à la recherche de l'Office du tourisme que nous dégottons 1/4 d'heure après sa fermeture à 12:45... Retour au camping-car un peu surchauffé par le plein soleil où nous l'avons abandonné. | Les copines
au bistrot de Cormeilles...
|
Juliette,
Charlotte et Ariane devant le manoir familial
|
Nous reconduisons Ariane chez elle puis prenons la direction du sud, entreprenant un début de périple dans les Manoirs du Pays d'Auge. |
Nous rattrapons Lisieux en passant
par le hameau d'Ouilly-le-Houley. A travers les arbres
se profilent les hauts murs et les tours du château
dont on ne peut approcher. A Lisieux, visite rapide de
la cathédrale. |
Juliette sur
les marches de la cathédrale de Lisieux
|
Entrée du manoir de St-Germain-de-Livet |
Un peu plus loin, au creux d'un joli vallon, nous tombons sur le manoir de St-Germain-de-Livet. Un petit jardin fleuri à la française a été reconstitué en avant des tours et des murs. Leur damier de briques rouges ou vertes tranchant sur des pierres blanches se reflète dans l'eau sombre des douves qui entourent le bâtiment. |
Élégante galerie Renaissance d'inspiration italienne dans la cour inondée de soleil, opposée à une façade plus ancienne en colombages. |
Juliette dans
la cour de St-Germain-de-Livet
|
St-Germain-de-Livet : la cour ouverte sur les douves |
Le portail et les murs sont ornés de frises et de décors sculptés du XVIème (frises de grecques en >< contrariés, festons, etc.). A l'intérieur, lui aussi ouvert à la visite, le mobilier et le décor reconstitués par un riche amateur au début du siècle redonnent vie aux vieux murs, créant un cadre agréable, raffiné et reposant. |
Les petites routes de campagne un peu difficiles à démêler sur la carte se poursuivent. Elles mènent d'abord au village de St-Julien-de-Faucon dont les maisons typiques alignent un peu irrégulièrement leurs façades de bois et de pisé autour de sa place centrale triangulaire. A deux pas c'est le château de Grandchamp dont on admire le gros pavillon carré en colombages, flanqué d'une galerie de pierres et de briques XVIIIème. Malheureusement les grandes grilles sont fermées et l'on ne peut visiter ni les édifices ni les jardins à la française. Selon le Guide Vert, ceux-ci auraient été reconstitués derrière les épaisses haies de thuyas qui les occultent complètement. | Grandcamp
|
Le Mont de la Vigne :
extérieur
|
Le soleil descend et il est passé 19:00 lorsque nous empruntons la longue allée rustique bordée de grands arbres majestueux grimpant jusqu'au château du Mont de la Vigne. Nous n'y trouvons point la vue panoramique annoncée par le Guide Bleu mais un gardien plutôt irascible que Monique entreprend d'amadouer, avec un certain succès d'ailleurs. |
Nous rattrapons ensuite Crèvecoeur. Il est trop tard pour visiter le château-musée des frères Schlumberger puisque celui-ci fermera dans moins de 25 minutes. Agréable coup d'oeil quand même sur les pavillons à colombages disséminés sur la vaste pelouse, et sur le rideau de remparts de pierres à son extrémité. |
Vue
d'ensemble du site de Crèvecoeur
|
Crèvecoeur: le grand portail |
Crèvecoeur |
Par une belle route empruntant des vallées couvertes de pâturages, quadrillées de haies et parsemées de gros arbres ronds où s'observent toutes les nuances de vert, nous gagnons Honfleur et son vieux port. L'animation du Vieux Bassin évoque pour nous les départs successifs de Samuel de Champlain (buste et plaque commémoratifs sur l'Ancienne Capitainerie). Monique nous sert le souper sur le quai devant le port de pêche, puis nous faisons un petit tour du Vieux Bassin empli de yachts. Les rues avoisinantes grouillent de touristes, galeries d'art et boutiques de souvenirs se mêlent aux épiceries et autres commerces plus "utilitaires". Décidément cette ville vieillotte garde un charme indéniable malgré l'affluence qui encombre ses rues et ses stationnements. Il est passé 21:00 lorsque nous rallions notre Aigle, et donc grand temps de gagner Le Havre où nous devons embarquer pour l'Angleterre demain matin.
Le pont de Normandie au loin dans le crépuscule |
Une route rurale longeant le Marais Vernier nous fait remonter l'estuaire de la Seine où le soleil rougeoyant se couche derrière le grand Pont de Normandie presque achevé. Je profite des parages déserts pour engraisser un champ du contenu de la toilette, juste avant que nous gagnions le Pont de Tancarville qui nous fait passer sur la rive droite de la Seine. |
Lundi 11 juillet 1994 : du HAVRE à STEADLEY (134 km)
Du pont du
"Pride of Portmouth", le "Duc de Normandie" des
mêmes Brittany Ferries
|
Grand soleil encore ce matin qui fait mentir la réputation brumeuse, voire bruineuse, de la région. Branle-bas de combat à 6:30 pour les douches, le petit déjeuner et le rangement avant l'embarquement à 8:00. Tout se passe bien (une fois n'est pas coutume !) et j'écris ces mots sur le pont arrière du "Pride of Portsmouth", bien installé dans un transat et la bedaine au soleil. Il flotte sur la Manche un léger voile qui adoucit l'horizon et filtre le soleil, la mer est superbe, bref six heures de traversée comme on les rêve ! |
Lorsque nous arrivons dans la rade de
Portsmouth de l'autre côté du Channel, les quais défilent le
long du bord, encombrés par les grands navires de guerre de la
Royal Navy qui y sont amarrés : porte-avions, avisos, croiseurs,
etc. Au moment de débarquer, la signalisation inversée et
inhabituelle m'entraîne bien malgré moi sur l'autoroute de
Londres, comme la première fois il y a cinq ans... Mais
aujourd'hui je retrouve plus rapidement le chemin du centre
ville et du Musée de la Marine Royale. Nous voulons en effet
visiter le "Victory", un grand man of war navire de
ligne) qui servit de vaisseau amiral à Lord Nelson lors de la
bataille de Trafalgar.
Vingt minutes plus tard nous pénétrons dans l'Ancien Arsenal où toutes sortes d'attractions s'offrent à nous. Nous nous concentrons sur l'essentielle puisque nous avons déjà contemplé l'épave de la "Marie-Rose" en 1989 et nous verrons le "Warrior" (premier navire métallique de la marine victorienne) à notre retour. Le grand bâtiment de Nelson presque entièrement restauré dans sa cale sèche est impressionnant : haute coque ventrue en chêne, trois rangées de canons superposées et immense mâture toute gréée. Cependant la visite intérieure durant laquelle nous le parcourons du pont supérieur à la cale nous impressionne bien plus encore, surtout lorsque le guide nous décrit en détail la vie éprouvante menée par les 850 hommes embarqués à bord : promiscuité étouffante, saleté inimaginable, hygiène inexistante, nourriture infecte, discipline de fer... Une vie de galérien, ou presque...
;Nous prenons ensuite la route du nord et
gagnons, par une belle autoroute rapide mais très chaude (il
fait 34°), la petite ville de Winchester. La statue de bronze
d'Alfred-le-Grand, qui fit de ce village la deuxième ville du
royaume en 878, règne sur le stationnement où nous trouvons une
petite place. Puis nous nous enfonçons dans les ruelles
pittoresques et fleuries menant jusqu'à la cathédrale. Elle est
immense, essentiellement gothique avec une étonnante nef à voûte
nervurée. Derrière le choeur meublé de magnifiques stalles
sculptées, un grand retable forme une dentelle de pierre
délimitant un vaste espace dallé. Y trouvent place plusieurs
gisants et chapelles funéraires d'anciens archevêques ou
bienfaiteurs des environs. L'ensemble du bâtiment respire la
noblesse et l'élégance, d'autant plus que de grandes oriflammes
multicolores en batik égaient la pierre un peu nue et sévère...
Nous poursuivons la balade par un petit tour dans le dédale de ruelles en arrière. Il nous fait découvrir de vieilles maisons aux façades médiévales charmantes entourées de petits jardins luxuriants et mystérieux tout-à-fait fascinants. | Vieilles maisons du "close" près de la cathédrale de Winchester |
Lorsque nous regagnons notre Aigle, le soleil descend et nous sommes à la fois fourbus et échauffés, d'autant plus que les coups de soleil attrapés sur le pont du ferry commencent à nous cuire l'épiderme... Des petites routes de campagne très étroites et sinueuses nous emmènent alors vers la vallée de la Tamise. Elles nous font apprécier tout le soin, la douceur et le charme apportés au paysage par les Anglais.
À Steadly,
petit déjeuner sur le terrain du National Trust
|
La nuit tombe après plusieurs
tentatives pour trouver un bivouac le long de la route
ou dans des hameaux beaucoup trop exigus pour nous
accueillir. Nous finissons par nous installer sur le
parking d'un petit chemin de randonnée, juste au dessus
de la Tamise à Steadley. Souper, douche et promenade
digestive pour admirer le panorama qui s'estompe dans le
crépuscule : une vallée ombragée abrite la petite ville
nichée au milieu de collines verdoyantes... Nous nous
endormons paisiblement à la fraîche. |
Après une nuit fort calme, lever un peu tardif
sur notre stationnement en pleine nature. Les filles finissent
par émerger et nous partons enfin vers 10:30. La côte descend
très brusquement jusqu'aux bords de la Tamise, ici encore
agréable rivière avec moulin et écluse. fort calme, lever un peu
tardif sur notre stationnement en pleine nature. Les filles
finissent par émerger et nous partons enfin vers 10:30.
La côte descend très brusquement jusqu'aux bords de la Tamise, ici encore agréable rivière avec moulin et écluse. Monique et moi passons un long moment accoudés au bord du bief fleuri où les bateaux et leurs mariniers amateurs se succèdent en remontant le fil de l'eau. Derrières eux le barrage ajoute au jaillissement continu de l'eau blanche son bruissement sonore. Tout est charmant dans ce tableau : l'ambiance naturelle, colorée et bon enfant, la bonne humeur de ces gens en vacances qui vivent et évoluent au rythme de l'eau vive montant et descendant dans l'écluse... |
L'animation
colorée des écluses de Goring
|
Nous finissons par retourner à notre Aigle stationné tout près de là où les filles achèvent leur toilette et leur déjeuner. Un peu paradoxalement dans cet environnement aquatique je suis embêté car nous sommes à court d'eau propre (les douches de ces demoiselles...) et je ne trouve aucun robinet susceptible de remplir notre réservoir.
Commence alors la descente de la Tamise qui
doit nous mener jusqu'à Londres. La petite route sinueuse longe
d'abord fidèlement le cours de la rivière. Nous passons devant
Basildon House mais la grande maison palladienne est fermée les
lundi et mardi. En revanche le village de Pangbourne est plein
de charme. J'y filme d'abord l'enseigne et les abords de
l'auberge "The Swan" où les trois hommes de Jerome K. Jerome
mirent un terme à leur laborieuse remontée du fleuve en canot à
rames. Ce récit plein d'humour me servit d'initiation plaisante
à la culture anglaise durant mon adolescence...
Pangbourne :
petite maison au bord de la rivière
|
Puis nous faisons un petit marché : beaucoup de biscuits, de sodas et de sucreries, quelques rares légumes insipides et des fruits chers dans le petit supermarché. Il fait encore très chaud, j'apprécie donc beaucoup la fraîcheur d'une petite rivière affluente de la Tamise qui court à travers la ville, serpente entre ses maisons paisibles cachées dans d'adorables jardins minuscules mais exubérants, léchés et débordants de fleurs. |
La petite route tranquille et très étroite s'enfonce ensuite dans les terres. Nous faisons le détour suggéré par le Guide Vert vers le domaine de Mapledurham et son moulin à eau, mais les différents bâtiments ne sont ouverts que durant les week-ends ! L'itinéraire prévu continue de vagabonder à travers la campagne, sous les bois touffus et frais ou au milieu des près envahis par l'herbe drue.
Tout-à-coup nous nous apercevons en consultant
le guide que les musées du château de Windsor ferment dès 17:00.
Comme il est déjà 14:15 nous devons nous hâter et écourter la
balade. Nous évitons la grosse agglomération de Reading, passons
le pont d'Henley où les installations des fameuses régates sont
encore en place, puis filons jusqu'à la petite ville de Windsor,
assez mal indiquée d'ailleurs.
Les murs du
château de Windsor et le donjon de l'autre côté de
la Tamise
|
Il y a foule et la chaleur est accablante lorsque nous grimpons vers les imposantes murailles et les tours dominant les toits. | |
Conservant la chapelle St George pour la fin, nous abordons d'abord les Appartements d'Apparat : beaucoup de dorures, des salles immenses au décor richissime mais le XIXème siècle est passé par là, qui a alourdi les formes, mélangé les styles et abâtardi l'ensemble du monument. | Château de Windsor : le Grand Escalier des appartements d'état |
Le Cabinet du
Roi (King's Closet)
|
La chambre d'audience de la Reine dans les appartements d'État |
|
Maison de poupée de la Reine Mary : façade ouest. Dessinée par le célèbre architecte Sir Edwind Luytens au début des années 20 et réalisée pour la Reine Mary, épouse de George V, la maison, tout comme son contenu, est au 1/12ème. L'extérieur de la maison est construit en bois sculpté et peint pour simuler la pierre. La maison comprend plus de 40 pièces sur 4 étages et possède l'eau courante chaude et froide, l'éclairage électrique, une cave, un garage et un jardin. |
Le Salon est la pièce la plus
vaste et s'étend sur toute la largeur de la maison.
Elle sert à la fois de boudoir pour la Reine et de
Salle du Trône pour les cérémonies. Les portraits
officiels qui sont accrochés de chaque côté de la
cheminée sont ceux de George V et de la Reine Marie.
|
Le grand Hall d'entrée et l'Escalier de cérémonie s'élèvent sur 3 étages et les vestibules de chaque côté donnent sur les pièces principales. Le sol de l'Entrée est pavé de marbre bleu et blanc. Des statues en armures parfaitement à l'échelle montent la garde. |
La Chambre du Roi est décorée en
style chinois. Les meubles de style Queen Anne et
Chippendale sont merveilleusement détaillés. Le lit
d'apparat possède des tentures en damas de soie rouge
et or brodées aux Armes Royales. Les deux commodes
sont en loupe de noyer et le tapis au petit point est
tissé de fil d'argent dans les coins.
|
La Chambre à coucher
de la Reine comprend quelques unes des pièces de
mobilier les plus exquises de l'ensemble de la maison,
comme la coiffeuse façonnée en bois et peinte pour
paraître en soie plissée, la table à courrier avec ses
minuscules poignées sur les tiroirs, le lit à quatre
colonnes ainsi que l'armoire en bois "amboyna" dont la
serrure et la clé fonctionnent à la perfection. |
En réintégrant notre Aigle transformé en étuve, je constate que la batterie accessoire est complètement à plat. Le coupable est-il le frigo demeuré branché trop longtemps, la pompe d'eau froide ayant tourné plusieurs heures à vide ou un court-circuit dans la centrale ? Nous décidons rapidement de nous rendre à la piscine municipale de Windsor : pendant que les filles vont se rafraîchir et jouer tout leur saoul dans les cascades d'eau, Monique et moi démontons la centrale électrique pour vérifier si tout est en ordre, sans fil coupé, débranché ou court-circuité. Tout paraît normal, mais notre petit alternateur sera bien incapable de recharger la batterie, surtout avec le séjour urbain prévu pour les prochains jours. Il faut donc brancher l'Aigle sur le secteur pour utiliser le chargeur intégré. Juliette et Charlotte rejoignent l'Aigle deux heures plus tard.
Nous gagnons alors Londres pour aller bivouaquer dans un camping offrant des prises de branchement électrique. Dans le soir qui descend peu à peu, la route est longue jusqu'au Crystal Palace Parade, au sud de la métropole qu'il faut traverser de part en part. Le dédale de rues est assez bien signalé mais nous semble interminable, surtout dans cette grosse chaleur qui n'en finit pas de tomber. Installation super, bloc sanitaire impeccable, mais prix en conséquence (18 livres, soit 40 $/jour !). Je surveille la charge de mes batteries qui s'effectue normalement après quelques cafouillages, et nous nous endormons enfin au calme mais sous un ciel menaçant l'orage. | Tower Bridge lève son pont-levant au passage de la Navy du XVIIIème... |
Mercredi 13 juillet 1994 : LONDRES (25 km)
Londres : dans la City, les
rues typiques de la capitale de l'Empire
|
La circulation s'avère dense et le chemin assez long jusqu'à Bedford Place, juste en arrière du British Museum. A l'arrivée vers 11:45 se pose le problème du stationnement : les parcomètres limitent la durée de l'arrêt à 2 heures et coûtent 20 pennies (40 cents) les 6 minutes, soit 4 $ l'heure ! Après quelques tergiversations, nous trouvons une place dans un garage souterrain qui ne nous coûtera que 5 livres (10 $) pour tout l'après-midi. De plus les conditions de sécurité y sont moins précaires qu'en bord de parc jonché de petits éclats de verre (fenêtre fracassée ?), où les véhicules sont équipés de barres antivol et de systèmes d'alarme... |
Monique préfère accompagner nos deux filles qui veulent faire un tour dans le quartier de Soho. Pendant ce temps je gagne le British Museum à deux pas et visite longuement les salles consacrées à l'art et à la culture des civilisations orientales : Inde, Chine, Japon, etc. Cela me permet de découvrir plus particulièrement le bouddhisme à travers une remarquable collection de sculptures. Parallèle étonnant entre Bouddha et Jésus dont je viens de lire une biographie provocante ("L'Homme qui devint Dieu", de Gerald Messadié). Du côté de la Chine, ce sont les statuettes et autres céramiques d'un raffinement stupéfiant qui me retiennent le plus. Une exposition de porcelaines chinoises montre plus spécialement comment les artisans et créateurs de ce pays ont poussé la recherche de la forme si loin qu'ils ont réussi à transcender totalement la matière employée (la terre). Ils parviennent ainsi aux formes les plus épurées, tout-à-fait comparables à celles que les designer scandinaves ou italiens ont fini par inventer, mais deux ou trois siècles plus tard...
J'ai ensuite le temps de parcourir quelques
salles égyptiennes où l'on présente d'autres pièces
remarquables. Ici des peintures murales à fresque prélevées dans
des tombeaux illustrent des scènes de banquet pleines de vie, là
des peintures à motifs rituels décorent des sarcophages.
Ailleurs des portraits de défunts apposés sur le haut de momies
d'époque romaine affichent une expression saisissante grâce à
l'art du peintre mais aussi grâce à la technique qu'il a
employé, mêlant ses pigments à la cire d'abeille. Les vitrines
montrent aussi quelques maquettes de navires portant leurs
rameurs et leurs agrès ou des scènes de la vie quotidienne
(bouchers, brasseurs de bière) figurées en statuettes de bois
peint. Mais lorsque je me dirige vers les salles consacrées aux
civilisations mésopotamiennes, les gardiens nous repoussent dans
les salles déjà parcourues : une grève des trains de banlieue
prive le musée d'un fort contingent de personnel et le reste du
musée est condamné pour la journée. Je ne pourrai donc pas
contempler les salles grecques et romaines que je comptais bien
explorer plus à fond. Je traîne un long moment dans les salles
chinoises que j'achève de visiter en détail puis vais voir les
raretés exposées dans la Bibliothèque : partitions manuscrites
de W. Byrd, Ravel, Holst, Stravinski, etc., Bible de Gutenberg à
42 lignes, exposition thématique sur l'avant-garde russe et
soviétique du début du siècle...
Je quitte le grand musée lorsqu'il ferme à
17:00 et regagne l'Aigle dans son garage souterrain pour 17:30
comme entendu. En attendant le retour des filles je prends un
petit casse-croûte. Puis nous partons en direction de
Westminster Abbey. Monique me guide habilement dans les rues
assez encombrées, et nous finissons par stationner sur une
petite place tranquille entourant l'église de St John, juste
devant le quartier général du Parti Conservateur (gardiens en
faction...).
Puis nous partons en direction de Westminster Abbey. Monique me guide habilement dans les rues assez encombrées, et nous finissons par stationner sur une petite place tranquille entourant l'église de St John, juste devant le quartier général du Parti Conservateur (gardiens en faction...). | Charlotte fatiguée de sa longue balade dans Soho se repose dans un square |
Londres : le
cadran de Big Ben en haut de la tour du Parlement
|
Nous y soupons paisiblement puis une petite marche nous mène sur le quai de Mill Bank, au bord de la Tamise, autour du Parlement et sur Westminster Bridge. De son tablier nous admirons et écoutons le célèbre Big Ben juché au sommet de sa tour néo-gothique. Un dernier détour autour de l'abbatiale toute ravalée mais close à cette heure, puis nous reprenons notre cabane à roulettes, franchissons Lambeth Bridge et allons bivouaquer à la même place qu'il y a cinq ans, près de Fitzgerald Road, dans une rue tranquille devant le parc de Lambeth Walk. |
Nuit relativement paisible jusque vers 6:30 lorsque les voitures des londoniens se rendant au travail commencent à défiler. Juliette, très fatiguée, n'arrive pas à se réveiller et paresse au lit. Elle se dit incapable de marcher aujourd'hui et renonce à la balade prévue vers Soho et Covent Garden, aussi convenons-nous de profiter de cette journée "libre" pour aller explorer le jardin botanique renommé de Kew. Décidément, l'agitation intense et le bruit continus de cette grande ville ne correspondent pas du tout à ma conception des vacances... Nous prenons donc la direction ouest sous un ciel serein mais un peu voilé qui nous garantit une température modérée. Nous passons sur la rive gauche, rattrapons Trafalgar Square, enfilons The Mall et tournons deux fois autour du Victoria Monument pour donner aux filles la chance d'admirer Buckingham Palace.
Puis nous traversons Hyde Park tout au long. Nous sommes alors dans le quartier de Kensington où justement Juliette avait repéré le Kensington Market. Le Guide Vert cite "ses galeries tortueuses regorgeant de "vieilleries" et de modèles dans le vent" tandis que le Guide du Routard qualifie de "sympa" le magasin plein de choses originales. Nous stationnons à l'ombre de grands arbres au bord de Kensington Square tout entouré de grands immeubles XIXème pleins d'allure, à la fois cossus et léchés. |
Les maisons
cossues de Kensington Square
|
À Kew, sur le
Green avant la visite du jardin
|
Nos
deux filles subitement réveillées vont passer deux
heures à faire leur lèche-vitrines; en les attendant,
nous lisons, regardons les maisons alentours et
déjeunons. Juliette revient enfin en brandissant toute
fière un T-shirt aux couleurs de Superman... Nous poursuivons alors notre expédition jusqu'à Kew où nous arrivons sans trop d'encombre vers 11:45. Par chance, une belle place à l'ombre nous attend au bord du Green précédant les grilles majestueuses et dorées du fameux jardin botanique. |
Tandis que les filles demeurent à lire allongées sur le gazon ou à écouter de la musique dans l'Aigle, Monique et moi nous lançons dans l'exploration du jardin dont l'entrée nous semble cependant plutôt coûteuse (4 livres soit 8 $ chacun). D'abord attirés par un petit "close" qu'une affiche colorée désigne comme "Daisy one", nous découvrons toute une troupe de vieilles dames dispersées devant des plates-bandes d'annuelles colorées qu'elles reproduisent à l'aquarelle. A midi tapant, elles plient leur chevalet et se rassemblent près de leur prof sous un grand arbre. Elles étalent alors autour d'elles le fruit de leurs efforts et semblent fort intéressées à les commenter et les critiquer... Nous sommes tombés sur une section du Botanical Garden consacrée à l'enseignement de la peinture florale ! Sacrés anglais !! |
Kew : dans le jardin alpin |
Un peu plus loin, après un bassin rempli de nymphéas aux couleurs délicates et variées, je découvre quantité de petites plantes de montagne disposées dans l'Alpine House. Pendant ce temps Monique, fatiguée par sa longue marche d'hier, pique un somme sous le feuillage odorant d'un eucalyptus. Nous passons ensuite une grande section où sont exposées, rangées en planches régulières, des plantes et des fleurs splendides illustrant la nomenclature de Linné. Je divague à droite et à gauche pour admirer et filmer les plus beaux spécimens, aussi Monique se lasse et prend les devants... J'explore ensuite le jardin alpin. Il offre quelques jolis points de vue sur les touffes colorées agréablement dispersées dans de gros rochers entourant un torrent sonore. |
Puis j'arrive dans une grande serre moderne divisée en sections reproduisant sept climats tropicaux différents : le décor passe du désert mexicain envahi par les cactus à la forêt équatoriale amazonienne humide et chaude, puis à la forêt équatoriale d'altitude humide et froide, avec quelques intermédiaires. La promenade s'achève dans un fouillis de lianes et d'arbres en décomposition que la mousse a envahis et sur lesquels fleurissent de magnifiques orchidées... Un ordinateur contrôle les variations importantes de température (jusqu'à 28°) et surtout d'humidité (jusqu'à 100 %) de ces différents microcosmes climatiques. La vapeur fuse d'injecteurs placés sous le toit vitré, créant une brume sûrement favorable aux plantes qui sont magnifiques et contribuant à l'ambiance étonnante. Cependant ces dispositifs transforment le climat plutôt tempéré du sol londonien en un véritable sauna. Je sors émerveillé mais en nage de la visite de ce Conservatory.
Je rattrape ensuite the Pond (l'Étang) bordé
de grands arbre magnifiques. Il est précédé d'un joli jardin
fleuri et ordonné à la française. De jeunes familles jouent
avec leurs enfants sur les pelouses tandis que, sur les bancs,
des couples âgés contemplent le paisible paysage.
De l'autre côté de l'eau, la grande carcasse de verre et d'acier blanc de la Palm House m'invite à une autre incursion dépaysante. A nouveau la chaleur humide m'assaille lorsque je pénètre dans son atmosphère tropicale saturée de vapeur. En plus d'offrir une balade exotique au milieu des luxuriantes plantes géantes exposées ici, cette attraction permet de grimper par un escalier en colimaçon jusqu'à la galerie faisant le tour de l'immense serre pour observer la jungle d'en haut. Impression unique en Europe ! |
Dans la Palm
House de Kew
|
En revanche la chaleur sous la verrière est quasi insupportable. Je crains même un instant d'endommager ma caméra tant la brume me semble épaisse et l'atmosphère poisseuse. En redescendant, l'escalier tournant s'enfonce dans le sol jusqu'à une grande salle bordée d'aquariums : ici ce sont les plantes aquatiques qui sont en vedette, particulièrement de magnifiques coraux parcourus par une pléiade de petits poissons multicolores. |
Lorsque je sors de la grande serre toute blanche, je tombe dans le jardin des roses à l'odeur ineffable. La floraison est cependant parfois un peu trop avancée dans certains des gros massifs (une douzaine) occupant cette section. J'entreprends alors une longue marche jusqu'au bout du parc, entre les arbres magnifiques et solitaires de l'arboretum.
Dans la Marian North Gallery de Kew, "Vue de Rangaroon, près de Darjeeling aux Indes, avec un vieil arbre couvert d'épiphytes au premier plan" |
Dans la Marian North Gallery de Kew, "Vue de la fenêtre de M. North dans la maison de M. Estridge, avec le port de Mahé en arrière". L'arbuste en fleur est un Hibiscus Liliflorus originaire de l'Île Maurice, de l'Île Rodriguez, de l'Île Bourbon et des Seychelles. |
Puis je franchis l'Arche en ruine, admire un peu plus loin des massifs de bruyères fournis qui entourent une plantation de grands cèdres imposants, avant d'arriver à la Pagode chinoise. Elle a hélas perdu la plus grande part de son décor extrême-oriental (dragons, tuiles colorées). Comme elle est fermée, on ne peut même pas admirer du haut de ses 12 étages tout le fond du parc qu'elle domine. Un peu plus loin, l'Arche japonaise entourée de palissades est cachée sous un échafaudage : on l'a ainsi enveloppée pour retarder une dégradation déjà avancée, en attendant d'avoir ramassé assez de fonds pour la restaurer, explique un panneau... Un peu déçu, je prends le chemin du retour.
Passant encore bien d'autres grands arbres superbes et rares, je rattrape un autre plan d'eau sinueux peuplé d'oies et de canards. Puis une bonne marche me ramène vers le vaste green sur lequel donne la façade arrière, en brique assez quelconque, du Kew Palace. Un coup d’œil à l'orangerie transformée en salon de thé et en boutique/librairie, et je suis de retour sur la grande allée franchie il y a maintenant plus de cinq heures. Je fais quand même un dernier détour vers la Filmy Fern House, sorte de galerie divisée en deux où règne encore une forte humidité. Autour d'une cascade et d'un ruisseau, la partie consacrée aux plantes forme un étonnant paysage de sous-bois envahi par toutes sortes de fougères luxuriantes. Unique ! Me voici rendu au bout de ma visite.
A la porte, Monique m'accueille en m'annonçant la bonne nouvelle de la journée : Juliette, qui se gratte depuis ce matin, s'est découvert des poux dans la tête. De plus, le réservoir de la toilette a répandu un peu de liquide nauséabond dans la rue par son trop plein... Le deuxième problème est vite résolu par le transfert du contenu du réservoir comble dans le conduit de sortie surdimensionné prévu à cet effet. En revanche l'invasion de poux est plus préoccupante. Il faut d'abord trouver une pharmacie qui nous vend shampooing traitant et peigne idoine. Puis nous cherchons un endroit où l'eau sera assez abondante pour permettre les quatre douches et shampooings rendus nécessaires par la situation. Heureusement nous sommes assez proches de l'aire de service de Heston où j'ai repéré une prise d'eau disponible aux automobilistes. Une demi-heure d'autoroute (la M 4) encombrée par l'heure de pointe et nous sommes sur le grand stationnement. Sous le regard intrigué de camionneurs au repos, nous déballons notre linge et notre literie sur un coin de gazon puis les traitons au Kewada. Pendant ce temps les deux filles (car Charlotte est encore plus infestée que Juliette) occupent le cabinet de toilette. Du coup un amas de cheveux bouche l'évacuation de la douche qui déborde et inonde le "sous-sol" de l'Aigle... Décidément c'est le jour des catastrophes !
Nous prenons le souper puis Monique me coupe
les cheveux (tant qu'à faire...) en bordure de l'aire de
service, tandis qu'une partie du contenu de la soute est
étalée autour de nous à sécher sur l'herbe... Un policier
patrouilleur d'autoroute, intrigué, arrête sa jeep à côté de
nous et me demande avec une surprenante amabilité si nous
avons besoin d'aide. Je décline son offre, mais il entame la
conversation avec moi et m'emmène visiter le central de
contrôle (circuit fermé de 49 caméras T.V. télécommandées,
système intégré d'ordinateurs, etc.) des autoroutes M 4, M 25
et quelques autres artères... Finalement, après un dernier
plein d'eau, nous quittons les lieux pour aller dormir un peu
plus loin de l'autoroute, au bord d'un rue tranquille dans le
village de Heston, à 2 kilomètres de là.
Vendredi 15 juillet 1994 : de HESTON à GREENWICH (40 km)
Pas de bruit dans le voisinage pour nous réveiller, seul le passage des avions décollant ou atterrissant sur l'aéroport d'Heathrow, à quelques kilomètres d'ici, provoque un bourdonnement diffus un peu gênant. Lever vers 9:00, toilette, recherche de pain mangeable à l'épicerie du coin puis retour à notre rue tranquille pour le petit déjeuner. Nous entreprenons ensuite de traverser Londres d'ouest en est pour aller visiter Greenwich, son musée maritime et ses bateaux, son château (Queen's House) et son Hôpital des Vétérans de la Marine datant du XVIIIème.
Vu dans les
faubourgs en allant vers Greenwich
|
Dans le dédale de rues et d'avenues contournant le centre de l'immense capitale, Monique a beaucoup de difficulté à se repérer sur les cartes et sur le plan étalés sur ses genoux. De mon côté je dois affronter une circulation très dense coupée de feux très fréquents. Ils m'obligent à une attention de tous les instants et à des arrêts et départs incessants. |
Dans la "coin laundery" (laverie automatique), Juliette lit devant les sécheuses où tourne le linge que Monique s'empresse ensuite de plier |
Puis notre longue route à travers les faubourgs populaires du sud-est de Londres se poursuit. Nous franchissons ainsi tout un secteur assez pauvre mais pittoresque et coloré presque exclusivement habité par des noirs. Enfin nous rejoignons la Tamise.
Tout près du quai se profilent les trois hauts mâts du "Cutty Sark". Je suis fasciné par sa silhouette racée de grand voilier d'un autre âge et décide avec Monique de le visiter. Pendant ce temps les filles traînent et hésitent un peu avant d'opter pour un énième "tour des magasins du quartier". |
Le glorieux
"Cutty Sark" à quai
|
Nous pénétrons directement dans l'entrepont du navire, l'un des derniers grands clippers qui allaient chercher le précieux thé en Chine pour le vendre le plus tôt - et le plus cher - possible sur le marché londonien. Son volume intérieur est impressionnant et l'on imagine l'énorme quantité de caisses de thé (jusqu'à 660 tonnes !) qui pouvaient s'y entasser serrées. Dans la cale inférieure l'espace est presque identique, seulement limité par la forme incurvée de la coque superbement dessinée et galbée. |
Une collection de figures de proue des XVIIIème et XIXème siècles est alignée de chaque côté. Elles jettent les taches colorées et fortement typées de leurs silhouettes ou de leur faciès sur le fond blanc des gros bordés de bois boulonnés à même la structure en poutrelles de fer. |
Une partie de
la collection de figures de proue "Long John
Silver" dans la cale du Cutty Sark
|
Le salon
/salle à manger du Cutty Sark lambrissé en teck et
"bird's eye maple"
|
Je remonte ensuite sur le pont où je gagne le poste du timonier à la poupe. On y découvre la vaste surface de ses longues planches de teck parfaitement jointoyées et les roufs de bois verni où logeaient les matelots. Au centre s'alignent les trois gros mâts, vertigineusement élevés et maintenus par tout un enchevêtrement de cordages et de manoeuvres. Devant la roue et le compas de laiton poli, un panneau donne accès au salon et à la cabine du capitaine, à la minuscule chambre à cartes et à une petite cuisine bien équipée |
Ce grand navire de plus de 90 mètres de long était manoeuvré par une petite équipe d'une vingtaine d'hommes seulement, des spécialistes qui franchissaient Cap Horn et Cap de Bonne Espérance, affrontaient les Quarantièmes rugissants et tenaient la mer durant de longues périodes ininterrompues de 70 à 80 jours. Un film tourné plus tard durant les années 1930 sur un autre grand voilier et monté sur vidéo montre les vagues énormes et les vents formidables que ces braves affrontaient... Je sors enchanté des flancs du navire pour regagner mon petit yacht routier, bien paisible et autrement facile à conduire, où je retrouve mes équipières. |
Le Cutty Sark dans sa
cale sèche
|
Samedi 16 juillet 1994 : de GREENWICH à LONDRES (Finsbury Circus) (17 km)
L'horloge astronomique du Old Observatory de Greenwich |
Vers 9:30 nous émergeons enfin après une bonne nuit reposante à l'ombre des grands arbres de notre impasse. Une fois suivies les routines habituelles, nous partons à la découverte du Greenwich ancien : nous traversons le parc, vaste pelouse encadrée de grands arbres, puis nous gravissons la colline qui offre une belle vue sur la Queen's House, les bâtiments blancs du Greenwich Hospital et au fond sur la Tamise. Nous arrivons enfin devant le vieil observatoire où furent fixés l'heure universelle (G.M.T.) et le méridien d'origine séparant le globe terrestre en est et ouest. |
Sa ligne matérialisée par une bande de laiton incrustée dans le sol passe au milieu de l'observatoire, aussi les touristes - nombreux - se font photographier un pied dans chaque hémisphère. Renonçant à la visite du petit musée scientifique, nous redescendons alors : Monique et Juliette regagnent l'Aigle pour se reposer, tandis que Charlotte m'accompagne pour la visite de la Queen's House. | Greenwich : Jean-Paul et Monique de chaque côté du méridien |
Queen's House et
Old Observatory à Greewich
|
La Queen's House de Greenwich fut dessinée par Inigo Jones et construite entre 1616 et 1635 comme palais d'été. Le plan fut considérablement influencé par l'architecte italien Palladio. Des ajouts furent effectués en 1663 quand la reine Henriette-Marie, veuve de Charles 1er et mère de Charles II, en fit sa maison de campagne personnelle. |
Plusieurs pièces, en particulier celles qui constituaient les appartements privés de la Reine, ont été remeublées. | Le parc de Greenwich depuis le vestibule de la Queen's House |
Dans la Queen's House de Greenwich : reconstitution de la chambre de la Reine |
On a aussi replacé sur les murs les superbes tentures de damas qui apportaient à la salle d'audience comme aux cabinets privés la chaleur et le riche décor de leurs couleurs franches. En plus des copies de meubles d'époque, une belle collection de peintures contribue à redonner vie au petit château. |
Greenwich : l'escalier tulipe de la Queen's House |
Depuis la galerie sud de la Queen's House, le parc et le Old Observatory |
Plein d'essence et d'eau, puis Monique appelle à Montréal Mathieu qui vient tout juste de se réveiller (il est 16:30 ici, donc 11:30 au Québec !). Notre garçon semble passer des vacances sans problème avec son copain Geoffroy qu'il a invité à partager le sous-sol avec lui, mais il ne parle plus de trouver du travail... Longue route ensuite pour regagner le centre de Londres relativement déserté cependant en ce début de week-end.
Le soir descend lorsque nous parcourons la
City. Un premier arrêt près de London Bridge offre une belle
vue dégagée sur le Pool, avant une deuxième escale devant la
cathédrale St-Paul où nous ne faisons que pénétrer brièvement,
ses portes fermant à 18:00. Son intérieur est grandiose mais
sans grâce. Je tiens cependant à en faire le tour à pied,
étonné de ses proportions et de l'énormité de ses structures
néoclassiques.
Londres : les
téléphones rouges de Central Market
|
Puis nous gagnons le quartier de Liverpool Street où doit avoir lieu demain matin le marché aux puces qui attire tant nos chineuses. Nous tombons d'abord sur le Central Market en cours de restauration : des peinture multicolores mettent en valeur les reliefs de ses belles structures de fonte typiques de la fin XIXème. |
Le quartier est populaire au plan logement,
donnant dans le genre H.L.M. Mais à côté se trouvent aussi des
immeubles à bureaux beaucoup plus riches présentant toute la
gamme de différents styles contemporains : verre, acier,
béton, granit se conjuguent dans une variété de designs dont
plusieurs ne manquent pas d'originalité sinon d'élégance.
Nous finissons par atterrir autour de Finsbury Circus, un étonnant asile de verdure planté de grands arbres. La place circulaire est entourée de hauts immeubles à bureaux de 7 ou 8 étages datant de 1925 ou plus récents, mais qui sont tous bâtis dans le même genre de design Modern Style. C'est très chouette, très chic et imposant. Nous stationnons sur la couronne entourant le jardin central. Notre solitude est totale et le calme étonnant quand on songe à l'animation régnant ici durant la semaine.
Au centre du jardin, isolé de la ville par le rideau de feuillages, s'étend un green serré et ras tondu sur lequel trois vieilles dames en chemisier blanc et jupe grise disputent une partie de boules (bowling). Elles lancent des grosses boules de bois noires vers un cochonnet blanc de la taille d'une balle de tennis. Spectacle étonnant en ce cadre éminemment urbain... | Au centre de Finsbury Circus à Londrres, les joueuses de bowling... |
Dimanche 17 juillet 1994 : de LONDRES à CANTERBURY (127 km)
La nuit est évidemment assez calme, mais le vacarme de marteaux piqueurs et de leur compresseur à l'oeuvre dans une rue proche nous réveille assez tôt, vers 7:30. Nous paressons un peu pour finalement nous lever à 9:00.
Monique accompagne les filles qui vont traîner sur leur marché aux puces tandis que je demeure dans le camping-car. Le coin est toujours aussi tranquille même si notre parking circulaire s'est progressivement rempli de gens en congé venus pour magasiner et chiner eux aussi. Comme je n'apprécie guère ce genre de passe-temps, je me consacre plutôt à des petits travaux d'entretien sur l'Aigle : nettoyage et pose d'un produit protecteur sur les caoutchoucs, démontage et nettoyage du ventilateur électrique du cabinet de toilette et décrassage du panneau de toit... Mes équipières reviennent vers 12:30 en portant de sacs remplis d'"occasions" : boxers de flanelle, cassettes audio, etc.
Nos deux jeunes voyageuses n'ont plus guère
d'objectifs de visite à mettre de l'avant, hormis d'autres
magasinages dans d'autres boutiques fermées aujourd'hui. De
notre côté nous sommes las de cette grande ville bruyante et
agitée où le stationnement est un problème continuel, sans
parler de notre grande consommation d'eau (encore accentuée
ces jours-ci par les shampooings anti-poux...). Tout cela nous
confirme dans notre décision de mettre un terme à notre séjour
londonien. Par petites étapes plus campagnardes, nous
gagnerons Portsmouth où les filles doivent prendre le
traversier pour la France mercredi matin. Auparavant, nous
faisons une ultime tentative pour aller acheter des cassettes
repérées par Charlotte chez H.M.V. sur Oxford Street. Mais le
fameux grand magasin de musique est fermé.
Avant de
quitter Londres, un dernier coup d’œil aux fameux
bus rouges
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Nous
nous retrouvons un peu plus loin à Mayfair sur le bord
de Grosvenor Square où nous dînons juste devant
l'Ambassade du Canada. Cependant l'incessant passage de
bus et d'autos ne fait que renforcer notre détermination
à quitter Londres au plus tôt. Les filles récriminent un
peu mais leurs projets sont trop inconsistants pour nous
convaincre de demeurer davantage. La plus grande attraction à courte distance de Londres se trouve être Canterbury. Nous gagnerons donc d'abord cette vieille ville et sa fameuse cathédrale avant de rouler doucement vers Portsmouth en suivant la côte de l'English Riviera. En route ! |
Vers 18:00 enfin apparaissent les tours de la cathédrale de Canterbury. La vieille ville entoure la cathédrale de ses rues pavées, étroites et bordées de maisons anciennes. | Nous stationnons devant la West Gate de Canterbury dans la soirée |
Les façades
des Weavers Houses baignent dans la rivière à
Canterbury
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Après avoir stationné près de la West Gate, au delà de la petite rivière coulant au pied de la muraille, nous passons sous sa voûte et parcourons la rue principale en admirant les vieilles façades à colombages et autres maisons du XVème (Weavers House). Leurs bow-windows à vitraux se reflètent dans le paisible cours d'eau qui traverse la ville. |
Au bout de la pittoresque ruelle de Mercery Street nous tombons sur la façade de la cathédrale. Quelle équilibre dans cette masse de pierre, pourtant si différente de ses consœurs françaises ! Étant donné l'heure tardive, nous ne pouvons entrer à l'intérieur mais reviendrons plutôt demain pour la visiter. |
Canterbury :
au bout de Mercery Street pointe le clocher
de la cathédrale.
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Près de
Canterbury, le petit cimetière de Fordwich
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De retour au camping-car par d'autres petites rues tout aussi typiques, nous sortons de la ville pour aller vider la toilette dans la campagne. En revenant vers Canterbury nous traversons le charmant village de Fordwich où nous nous arrêtons devant le petit cimetière arboré. Des jardins tout fleuris entourent les vieux cottages ruraux soigneusement restaurés, des lanes (ruelles) soigneusement entretenues débouchent sur les prés... Nous nous endormons au grand calme, juste devant l'auberge "The Arms of Fordwich". |
Lundi 18 juillet 1994 : de FORDWICH (CANTERBURY) à PETT (RYE) (104 km)
Décidément la campagne a du bon : silence, calme, quelle nuit reposante après le vacarme londonien ! Je flâne un peu sur la petite place devant l'auberge où trois hommes viennent, dans la bonne humeur, remonter la lourde enseigne traditionnelle en bois sculpté et peint. Quelques kilomètres de route campagnarde nous font regagner le centre de Canterbury. | Dans le cimetière
de Fordwich
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Christ Church Gate au bout de Mercery Street, avant d'entrer dans l'enclos de la cathédrale de Canterbury |
Après un tour
extérieur de la ville le long des remparts assez bien
préservés, nous stationnons comme hier soir près de la
West Gate fortifiée. Nous parcourons à nouveau la
grande rue commerçante aux jolies vieilles maisons
bien conservées ou restaurées. Les vitrines des
boutiques offrent tout un entassement de produits
"folkloriques" : Teddy Bears de toutes tailles,
poupées de porcelaine, carrés de fudge aux multiples
coloris et saveurs auxquels Juliette et Charlotte ne
peuvent résister, thés ou autres épices en boites de
fer imprimées de dessins colorés à l'ancienne,
confitures et marmelades... Nous laissons les filles
faire le tour des boutiques où elles "frustrent"
devant les vêtements, cassettes et autres bottes qui
les tentent mais sont hors de portée de leur bourse
bien dégonflée...
Nous admirons, en plein jour cette fois, les Weavers
Houses; une foule dense circule lentement dans les rues,
nombre de musiciens ambulants tentent de capter
l'attention - et la monnaie - des passants. |
Au bout de la petite Mercery Street, derrière la grande porte de Christ Church Gate toute sculptée, apparaissent les tours, les clochetons et les dentelles de pierre de la fameuse cathédrale. |
La cathédrale de
Canterbury depuis Christ Church Gate
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Après avoir admiré la belle envolée de la longue nef gothique primitif, nous passons immédiatement dans le cloître de style plus tardif. Ses lignes de force sont encore bien perceptibles derrière les décors flamboyants et les quelques 800 blasons polychromes accrochés aux nervures des voûtes. Impressionnant, mais moins que les extraordinaires cloîtres portugais d'Alcobaça et de Batalha, remarque Monique... Les galeries donnent accès à la salle du chapitre étonnamment spacieuse sous son haut plafond de bois caissonné comme une marqueterie. A chaque extrémité, la lumière pénètre à flot par deux immenses verrières garnies de vitraux. | Depuis le Grand Cloître du XIIème, la nef et le clocher du XIVème |
Canterbury: La grande nef (1391-1404), au fond la Grande Fenêtre ouest (XIIème) |
Nous rentrons dans la cathédrale par le bras nord du transept, juste à l'endroit où fut assassiné Thomas Becket. Superbe architecture romane très proche des grandes abbatiales normandes, tout comme la tour lanterne d'une sublime élévation verticale. Très loin dans les hauteurs rayonnent les nervures de bois doré et peint... Devant nous un riche jubé de pierre sculptée donne accès au grand chœur très long et travaillé, si étendu qu'il pourrait constituer une autre église à lui tout seul... |
Stalles sculptées de chêne sombre, vaste espace dallé en arrière, là où se trouvait le tombeau de Thomas Becket avant qu'Henry VIII le fasse démolir. Seul un cierge allumé marque l'emplacement du monument. Les chapelles latérales dans les absidioles sont elles aussi d'une grande élégance. | Canterbury : vitrail médiéval représentant Samuel Becket |
Cathédrale de Canterbury : gisant en bronze doré d'Édouard le Prince Noir |
Un gisant en armure de bronze doré signale le tombeau du Prince Noir que surmontent ses armes d'apparat exposées lors de son enterrement. Juste à côté, la chapelle de Saint Anselme offre un panneau d'un mètre carré de fresque aux couleurs d'une rare fraîcheur qui représente Saint Paul se débarrassant d'une vipère. Remarquable peinture dont les teintes et le mouvement me font penser aux fresques romaines de Pompéi... |
Nous terminons notre tour par la crypte, très vaste elle aussi. Elle possède de fort beaux chapiteaux sculptés aux dessins puissants et originaux. Beaucoup de monde dans cette première cathédrale anglicane de la Grande-Bretagne. Elle montre moins d'unité que celle de York mais recèle quantité de trésors artistiques ou sentimentaux pour ses citoyens tellement "antiquailleurs". |
La crypte
normande du XIIème et la chapelle de
N.D.-Sous-Terre à Canterbury
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Folkestone : les falaises de craie depuis le golf
En repartant nous descendons jusqu'à la plage de graviers ronds étalée en dessous de The Leas, une sorte de long jardin public dévalant du haut de la falaise jusqu'au bord de l'eau. Le fond de l'air est plutôt frisquet et la plage n'a rien de transcendant...
Nous poursuivons donc notre route vers l'ouest. Elle traverse bientôt de vastes paysages de marais et de polders envahis par les moutons, comme à Romney puis à Walland, tandis qu'en bordure de plage se succèdent des petites stations. |
Rye : soir
sur la rivière au pied du village
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Vu du nord, le bourg de Rye sur sa colline |
En fin d'après-midi nous arrivons sous la butte où est bâtie la vieille cité de Rye. |
Stationnant près du port de plaisance, Juliette, Charlotte et moi nous lançons dans les ruelles pavées montant vers l'église trapue qui domine le village. Partout les petites maisons très anciennes montrent leur façade de brique peinte ou de colombages. | Rye : une auberge au nom étonnant ! |
Mermaid Street à Rye |
Vitraux losangés dans les panneaux de fenêtre, corbeilles de fleurs débordantes et multicolores, heurtoirs de bronze et toits de tuiles brunes et moussues... Cette petite ville exhale un charme discret d'autant plus appréciable qu'il n'y a pas foule dans les rues couronnant la colline. |
Nous pénétrons quelques minutes dans la vieille église de pierre, le temps d'admirer le chœur séparé en trois sections égales par des voûtes parallèles. Le long battant doré de l'horloge poursuit son lent et incessant va-et-vient au dessus de l'autel central. |
Chœur de St Mary's Church de Rye |
Sur la façade nord de l'église de Rye, l'horloge et les figurines actionnant son carillon |
A l'extérieur, deux personnages de bois doré entourent le cadrant de la grande horloge et s'animent à chaque quart d'heure. |
Le soir descend en même temps que nous regagnons l'Aigle par les ruelles fleuries et vieillottes. | A Rye, Mermaid Street (XVème) au crépuscule |
Depuis la tour de l'église de Rye le cour de la rivière Rother dans les marais de Romney et la Tour Ypres (XIIIème) |
Monique a préparé le souper que nous prenons au bord de la rivière, devant les yachts alignés dans leur petit port fluvial. Je profite ensuite des vannes mises à la disposition des plaisanciers pour faire le plein d'eau, puis nous continuons à longer la plage qu'une horrible digue bétonnée rend inaccessible, sans trouver d'endroit favorable à l'étape. |
Mardi 19 juillet 1994 : de PETT (avant HASTINGS) à PORTSMOUTH (182 km)
Une courte pluie me réveille un peu, mais je me rendors profondément jusqu'à 9:30. D'étroites routes de campagne nous mènent à Battle où eut lieu la bataille d'Hastings en 1 066. Nous stationnons devant la porterie de l'abbaye élevée sur les lieux par Guillaume-le-Conquérant lui-même pour commémorer les victimes du combat sanglant qui lui valut le trône d'Angleterre. Cette grosse porte fortifiée est à peu près tout ce qui reste des bâtiments romans très abîmés voire démolis - comme l'abbatiale elle-même - au moment de la Dissolution. | Porte de l'abbatiale de Battle |
Le site bucolique de la Bataille d'Hastings à Battle |
Au dessous, une longue terrasse bordée de celliers à moitié creusés dans la colline et limitée par une haie de roses donne sur le vallon aux pentes douces : ici s'affrontèrent Saxons et Normands. Le paysage, tout semblable aux bocages d'outre-Manche, ne suggère plus du tout la violence ni la durée des combats au cours desquels les deux petites armées de 7 000 hommes chacune se massacrèrent allégrement à la hache et à l'épée sous la pluie de flèches de leurs archers. |
Il semble que finalement la cavalerie normande eut le dessus sur l'infanterie saxonne épuisée par sa marche forcée depuis York. Les envahisseurs prirent pied sur le haut de la colline, Harold reçut une flèche dans l’œil et ce fut la déroute. Les différentes phases des combats sont bien expliquées par les quelques dioramas et maquettes dispersés dans les champs que je parcours ensuite, au milieu de vaches et de moutons placides... | Guerrier normand du XIème siècle |
De retour au camping-car, nous reprenons la route, vers le sud cette fois-ci, pour rattraper la mer au niveau d'Eastbourne. C'est une grosse station pleine d'hôtels et de pensions, surtout fréquentée par des personnes âgées. La plage est bordée d'une digue-promenade fleurie où les gens déambulent à petits pas, casquette, chapeau blanc voire ombrelle les protégeant du soleil vif et chaud. Nous dînons à l'ombre d'un grand hôtel puis Juliette va se baigner dans la Manche et Monique prend le soleil pendant que je filme un petit bout du concert du "Band" local... L'âge d'or est installé dans des chaises longues bleues et blanches disposées en demi-cercle autour d'un espèce d'odéon en béton, coincé au dessus de la plage. Des verrières protègent les musiciens en uniforme du vent parfois un peu vif. Les effets martiaux ou mélo de la musique fin de siècle conviennent bien à la formation de cuivres et de vents qui joue à la perfection, dois-je cependant reconnaître !
Nous rattrapons la côte et ses falaises de craie près de Egglesbourne Glen |
Juste à l'ouest de la station nous grimpons sur le promontoire de Beachy Head où nous attend un panorama *** signalé par le Guide Vert : des falaises de craie immaculées tombent verticalement dans la mer depuis plus de 150 mètres de hauteur. |
La lumière vive accuse les contrastes : blancheur des falaises, vert tendre du gazon en pentes douces sur les hauts et vert jade de la Manche. Des mouettes criardes tournoient à nos pieds, des petits bateaux croisent au large... Le spectacle est grandiose et la vue pittoresque sur le phare gainé d'un damier rouge et blanc qu'on a juché sur un îlot à quelques dizaines de mètres de la pointe. | Phare de Beachy Head et falaises de craie |
Les falaises immaculées et le phare de Beachy Head près d'Eastbourne |
Sur les falaises de Beachy Head en regardant vers les Seven Sisters |
Nous empruntons alors la A 27 qui, par une
suite de 4 voies assez rapides, nous mène jusqu'à Portsmouth.
Nous traversons la ville vers le sud pour aller reconnaître le
terminal des Brittany Ferries où nous laisserons les filles
demain matin à 7:00. La recherche d'un bivouac nous conduit
ensuite sur la grande esplanade du Common près du château,
mais des panneaux nous interdisent d'y stationner durant la
nuit. De toute façon, le bruit des voitures qui filent sur ses
grandes avenues est insupportable.
Après avoir laborieusement séparé les
affaires de nos invitées et fait leurs bagages, nous finissons
par trouver refuge dans une vieille rue de Southsea. Un souper
vite expédié précède le couvre-feu précoce : demain le lever
matinal est prévu pour 6:00. Cependant Juliette et Monique
réalisent tout à coup qu'elles n'ont pas joué aux cartes
durant ce voyage. Elles se lancent alors dans une partie de
crapette fort animée qui clôt dans la bonne humeur cette
dernière soirée ensemble.