PORTUGAL

Drapeau du
            Portugal

Décembre 2018/janvier 2019

(3 932 km)


Jean-Paul MOUREZ dorénavant seul
à bord de l'Exsis



4. de LISBOA à LISBOA


16 004    Mardi 8 janvier 2019 : de LISBOA à OBIDOS (131 km)



Lever sans traîner à 8:30 pour nous préparer rapidement et gagner l’aéroport heureusement très proche. Je laisse mes deux voyageuses avec leurs grosses valises sur le quai des départs à 9:48, donc deux heures juste avant leur décollage sur Transat à 11:45. Je dois repartir aussitôt, laissant la place aux bus dont j’ai usurpé le quai, le dépose-minute m’étant  inaccessible vu la hauteur de l’Exsis…



J’hésite alors un peu où me diriger, décide bientôt de commencer par faire les pleins et vidanges en remontant vers le nord, mais pressé par la circulation lisboète, oublie de me ravitailler en GPL  alors que je sais la chose facile à la station BP de l’aéroport. Je rattrape bien vite la IC 19 en direction de Sintra où je sors de la voie rapide, me perds un peu dans ses ruelles accidentées, finis par rallier l’accueillante aire de Santa Susana sur laquelle je fais un nouveau et long arrêt. Je profite alors du beau soleil et de la solitude pour  laver un peu le bas du camping-car qui en a bien besoin !



Reste le plein de gasoil que j’irai faire sur la station de l’Intermarché de Mafra, peu éloignée. Avisant alors une officina (atelier) de mécanique juste en face, je me préoccupe de la vidange d’huile et d’une inspection de mes freins toujours fantaisistes, quoique efficaces. Rendez-vous pris pour 14:00, ce qui me laisse juste le temps de manger et de faire quelques courses d’épicerie (pas riche, le magasin, on est loin de la variété française…). À l’heure dite je me présente à l’atelier de Motocristo, les employés reviennent juste de leur déjeuner, l’Exsis rentre aussitôt, monte sur le pont et…  je le perds de vue pour une heure et demie. Facture raisonnable, (100 € pour l‘huile synthétique et le filtre, 60 pour la main d’oeuvre, mais la «mise au point», trop hâtive ou sans réel diagnostic, ne semble pas avoir changé grand chose aux vibrations dans la pédale de frein. On verra donc à mon retour à Caen.



En quittant Mafra à 15:30 je passe au Lidl juste à côté, complétant ainsi les pleins d’eau, de carburant et de victuailles, regrettant seulement de ne pas m’être aussi réapprovisionné en  GPL. On verra plus loin, de toute  façon il devrait m’en rester au moins pour une dizaine de jours.

Poursuivant ma remontée tranquille vers la côte au nord, je décide alors de rouler jusqu’à la nuit en contournant Peniche et de me rendre jusqu’à Obidos. Lacis de petites routes dans cette campagne décidément bien plus densément peuplée que je ne l’aurais cru, puis derniers km sur un bout d’autoroute - gratuite ! - pour sortir vers la vieille cité au moment où le ciel doré souligne le contour de ses murs crénelés. Renonçant  à dormir dans le faubourg au pied de la vieille ville je préfère gagner le vaste parking vide de la curieuse église hexagonale du Senhor da Pedra à un petit kilomètre dans la plaine. Soirée tranquille à écrire, écouter un peu de jazz et revoir mes photos.


16 135    Mercredi 9 janvier 2019 : de OBIDOS à NAZARÉ Praia do Norte (54 km)



Nuit un peu bruyante à partir de 7 heures, ce qui ne m’empêche pas de faire le plein de sommeil. L’église restant fermée, je décolle aussitôt prêt vers 9:00 pour rejoindre la mer. Le GPS M’entraine sur des routes secondaire plutôt jolies, je rejoins un bout d’autoroute près de Caldas da Rainha  où j’aperçois une grosse station vendant du GPL. Mais la préposée a reçu l’ordre de n’en point vendre aux autocaravanes… En revanche elle a en stock des raccords au standard portugais et filetage identique au mien. 20 € pour un bout de laiton tourné, ce n’est pas donné, mais avec cela plus de crainte de tomber en  panne de chauffage… Je ferai donc le plein plus loin !



Je finis par arriver à Foz de Arelho, juste au dessus de la lagoa de Obidos, une large échancrure d’eau barré à son débouché océanique par une barre de sable prolongé d’une plage magnifique. Il fait très beau, une balade bien aménagée (trottoir de bois suspendu sur les dunes) suit  la crête au dessus de l’Océan. On y a  construit de belles maisons contemporaines verre et béton d’inspiration très californienne dont plusieurs feraient mon affaire…  Je descends ensuite au bord de l’eau côté lagune, il y fait très chaud et la lumière est magnifique, donc photos… Je profite du soleil et du grand air, repère un vaste parc à camping-car  fort ben situé au bord de l’eau (6 €/jour avec service, + 2 € pour l’électricité, rien à dire !).



Après ce bon bol d’air je reprends la petite route qui longe la côte et me mène à un autre site intéressant : entre Salir de Porto et Sao Matinho do Porto, une autre enclave marine presque circulaire reliée à l’océan par une passe étroite, ce qui la met totalement à l’abri des courant et du vent. On ne peut rêver lac plus sûr avec des enfants. En arrivant du côté sud je commence par monter au miradouro qui domine le village de Salir do Porto,  d’où la vue s’étend largement sur le plan d’eau en dessous, bordé par des hautes dunes du coté océan, et par une frange d’hôtels et maisons de vacance côté terre, le tout serti de verdure. En redescendant à travers les ruelles étroites et sinueuses de Salir je gagne l’espace protégé aperçu d’en-haut pour une petite promenade dans la dune à observer nature et oiseaux. Déjeuner sur le grand parking destiné aux promeneurs, puis suite de la route en direction de Nazaré. sur une petite route de crête qui offre de belles vues sur la vile. Me rendant  d’abord au miradouro de Pederneira j’admire d’abord la courbe de la plage, la ville étonnamment régulière en arrière dont les rues se coupent perpendiculairement (plan bien rare au Portugal !) et le Sitio campé haut en arrière, se terminant par le Forte do Sao Miguel Arcangelo et son phare dominant l’Océan. Joli coup d’oeil, que je complète par un petit tour dans le cimetière de l’igreja de la Misericordia, fermée pour cause de vandalisme… Le cimetière très vaste est très dense et peuplé, servant probablement à toute l’agglomération de Nazaré, puisque ce fut le berceau de la ville. Mais il est surtout garni d’une multitude de statues de marbre blanc d’un style compassé, parfois même identiques les unes aux autres, représentant une pleureuse, parois ailée, parfois non, qui finit par donner un air un peu irréel à cet amoncellement de monuments funéraires…



Je contourne ensuite la ville basse pour gagner le Sitio où je stationne difficilement, sa popularité ayant rendu nécessaire un plan de circulation assez gymkhana, surtout avec un véhicule comme le mien. Je finis par me caser pour aller admirer le panorama depuis la capela (ermida da Memória) Celle-ci, joliment décorée d’azuléjos polychrome (toit) et bleu (intérieur) évoque la légende du cavalier près de tomber de la falaise derrière le cerf qu’il poursuivait, sauvé par l’intervention miraculeuse de la Vierge.  Effet intéressant des céramiques garnissant intégralement murs et plafond de la minuscule nef, et aussi de la crypte encore plus exiguë. sous l’autel. La place devant l’église  aussi vaut le coup d’oeil, formant parvis à l’igreja de Nossa Senhora da Nazaré que je contourne pour aller faire le tour jusqu’au farol (phare) installé au-dessus deu Forte de Sao Miguel Arcangelo, qui défendait la plage de ce côté. Rude descente à pied (je n’ose y engager l’Exsis, incertain du stationnement à l’arrivé…)  et jolies vues sur la très longue praia da Norte où j’irai ensuit établir mes pénates. Quelques fourgons et camping-cars y demeureront pour la nuit, après le départ des dernières voitures à l’issue du magnifique coucher de soleil.

Il est 17:30, la nuit s’établit, je travaille durant la soirée sur les photos, entendant à peine les gros rouleaux déferlant sur le sable à quelques centaines de mètres, et juste dérangé quelques minutes par les manoeuvres d’un gros 609D Mercedes tâchant de se caser à côté de moi sur la petite plate-forme que j’occupe au-dessus de la plage.


16 189    Jeudi 10 janvier 2019 : de NAZARÉ à PRAIA de MIRA (152 km)



À 8:00 je suis debout, dès que le soleil émerge derrière la colline au dessus de nous. Après douche et déjeuner je me hasarde un peu sur le sable, jusque là où les grosse vagues de l’Atlantique achèvent leur longue course en roulant sur le sable granuleux qu’elles réduisent un peu plus en  poudre à chacun de leurs assauts. Il fait très beau, même si encore un peu frais, mais la température ne fait que commencer sa course ascendante qui la fera grimper jusqu’à près de 16°C en début d’après-midi.



Comme prévu je me dirige vers le nord en suivant la route côtière qui file le plus  souvent en vue de la mer, à travers des forêts assez lâches de pin et d’eucalyptus. Mais je ne tarde pas à m’apercevoir que tous ces arbres noirâtres et défeuillés sont en fait les séquelles d’immense incendies récents qui ont dû toucher des dizaines de milliers d’hectares. Effectivement de vastes zones ont été dégagées et le sable des dunes mis à nus par les travaux de nettoyage en cours, en attendant leur - éventuel ? - reboisement.

Le rivage, à peu de distance, est tout ourlé de plages qui se succèdent. Je fais quelques détours pour m’en approcher au plus prés, toutes sont immenses, limités à l’occasion par quelque falaise, et vides, ce qui n’est pas étonnant vu la saison, mais leurs dimensions font que quelque soient les foules européennes déferlant ici, on ne saurait y retrouver la promiscuité et l’entassement si communs sur les plages méditerranéennes. : praia Legua, praia Paredes, … À Sao Pedro de Moel impossible de rejoindre la plage au centre du village, mais en sortant après avoir découvert les statues du roi Dinis et de la reine Isabel (13ème s.) je suis sur plusieurs kilomètres  la très longue praia Vehla… Je finis par m’arrêter sur la grande place centrale de Praia do Pedrogao où je déjeune puis passe le plus chaud de l’après-midi à nettoyer et polir les fenêtres en lexan de l’Exsis. Il fait presque chaud tandis que j’arrive au bout de ma besogne, satisfait du résultat qui me  re-donne  une vue claire de mon environnement. Quelques pas sur les rochers à observer les pêcheurs, patients, qui lancent leurs lignes dans les tourbillons écumants à leurs pieds, abondamment éclaboussés par les embruns, et je repars en poursuivant ma remontée de la côte.



Je finis par arriver à Figueira do Foz, ville importante où je me mets à la recherche de GPL et d’eau pour mes bouteilles potables qui arrivent à leur fond. Plusieurs essais et la consultation de la liste téléchargée me laissent sans guère d’espoir lorsque, en gagnant l’aire de service apparaissant sur monGPS, je découvre qu’il s’agit d’une station Jumbo vendant également GPL et gasoil à très bon prix (1,19 €/l). Une autre ressource à noter ! Sur ces entrefaites Monique me rejoint sur FaceTime et nus avons une longue conversation : elle est bien rentrée et commence à récupérer, douillettement installée en robe de chambre dans son bureau d’où elle reprend le contrôle sur ses affaires et celles de la maison. Timide apparitions d’Hermione qui se fait couver et semble rechigner à retourner  l’école… Quelques nouvelles de Mathieu qui peine à prendre le dessus  dans sa relation avec son amie dont la santé mentale ne semble guère s’arranger et qui, d’autre part, tâtonne dans sa réorientation professionnelle. Nous convenons de le soutenir, sans l’assister cependant à moins d’urgence.

Je repars tous pleins complétés, en regrettant seulement ne n’avoir pas résolu le problème des freins qui continuent leurs errements à chaque démarrage, tant que l’ABS ne s’est pas déclenché. On verra en France où je tâcherai de trouver un technicien compétent et abordable.



Pas grand chose à voir à Figueira do Foz, sinon un petit tour signalé parle G.V. du côté du Cabo Mondego, qui offre quelques belles vues sur la ville depuis ses hauteurs, sans rien d’extraordinaire… Le soleil commence à baisser et les teintes se réchauffent lorsque je reprends ma route en tâchant de suivre la petite route côtière indiquée sur l’atlas Michelin, Mais au moment de m’y engager à Quiaios, un Portugais qui me voit exan=miner ma carte s’approche et , en français, me déconseille fortement de m’y hasarder, vu l’état déplorable de la chaussée. Je rattrape donc la N109, rectiligne et large, mais dont le revêtement mériterait lui aussi une sérieuse réfection (autoroute parallèle…),  qui traverse à petite vitesse et sans interruption une foultitude de petites agglomérations, dans une circulation assez dense… La nuit tombe lorsque las de conduire dans ces conditions je bifurque vers l’ouest pour gagner très rapidement la chic station de Praia de Mira où je vais passer la nuit, stationné en plein centre juste au dessus de la plage.


16 341    Vendredi 11 janvier 2019 : de PRAIA de MIRA à ESPINHO (92 km)


Nuit tranquille après avoir consacré la soirée à rattraper mon retard de courrier et à un long appel à Gilles pour lui donner des nouvelles et anticiper un éventuel voyage ensemble en Italie du Sud fin mars (éventualité dont nous avions parlé…) Si la nuit est fraîche (6°), je ne la crains pas maintenant que ma provision de GPL est renouvelée, et au matin, bien reposé, le soleil est à nouveau au rendez-vous. Fin de mes écritures devant la plage jusqu’à ce que le camion soit baigné par la chaleur et la lumière de ses rayons, puis départ vers Aveiro en tentant à nouveau de suivre la route côtière.



En fait je n’irai pas bien loin, car après une dizaine de km longeant le canal, celle-ci se transforme en chemin de terre impraticable, si bien que je rallie bien vite la N109. À travers une suite continue et interminable de villages linéaires entre dunes et marais maintenant asséchés, celle-ci me rapproche d’Aveiro. Bonne occasion d’observer l’habitat standard de bien des Portugais, assez simple et traditionnel dans son plan et sa construction, où l’essentiel de la décoration tient aux façades plaquées de céramiques. Toit de tuiles romaines rouge-orange, volume plutôt cubiques, parfois une galerie sans plus de fantaisie, le design n’est guère recherché, plutôt simple pour ne pas dire simpliste.



Enfin j’entre en ville vers 11:30, me rapproche au maximum de la cathédrale que Michelin propose comme point de départ de son circuit d’exploration de la petite ville.  Difficile de trouver une place de stationnement, d’autant plus que la majorité des voitures ici sont de petite taille - genre sous-compactes, selon les normes américaines - et je dois n’éloigner quelques peu avant de trouver l’espace idoine. Affamé (il est déjà près de 11:45) je préfère me garnir l’estomac avant de me lancer dans les quelques km de marche à pied prévisibles.



Enfin, à 12:30, je laisse l’Exsis bien barré sur la Rua Santa Johana et me dirige vers la cathédrale dont j’aperçois la façade baroque assez simple au bout de la rue. Je longe en passant l’Antigo Covento de Jesus, où se retira Sainte Johana, file d’Afonso V en 1472, qualifié de ** par le G.V., mais comme il abrite essentiellement un  musée d’art sacré, je renonce à sa visite pour me diriger plutôt vers la Se voisine. Architecture extérieure relativement modeste et assez composite, l’intérieur est plus attachant avec sa Mise au tombeau Renaissance, son orgue XVIIe et ses azuléjos XVII et XVIIIe. Je descends ensuite vers la Praça de Marques de Pombal où la fontaine moderne est malheureusement à sec, mais entourée de quelques belles façades dont celle de l’Igreja de la Misericordia. À l’intérieur, haute nef claire et décor d’azuléjos très présent, chaire et statues dorée de belle facture.

Encore quelques mètres et me voilà sur la quai du Canal Central, où tout est fait pour attirer l’oeil du touriste : barques traditionnelles décorées (qui ne servent plus maintenant qu’aux excursions sur la ria), façades très variées alliant azuléjos à profusion et style Art Déco, grand soleil faisant vibrer les couleurs, boutiques, animation…



J’y passe un moment à profiter du spectacle et faire quelques photos, puis m’enfonce dans les ruelles bordées des maisons plus modestes où vivait les acteurs de ce petit port de pêche et aussi de commerce. L’architecture y est nettement moins recherchée, mais toujours l’omniprésence des carreaux de céramique comme décor et protection des façades. J’en photographie toute une série en gros plan, ce qui donne une idée de la variété et de l’évolution dans le temps de l’inspiration des désigner. Retour ensuite au quai central, où je repère d’autres décors de céramique évoquant la vie d’autrefois à Aveiro, au temps ou la ria était territoire de pêche et ressource en varech utilisés comme engrais par les locaux (pêcheurs et paysans). Je mets là fin à ma balade en remontant au camion via quelques autres ruelles, plus «urbaines» mais tout aussi tortueuses.

Ces quelques km de marche au grand air m’ont assoiffé, je me restaure un peu puis examine la carte pour fixer mon prochain objectif. Impossible de rattraper immédiatement la côte puisque j’en suis coupé par la ria, il me faudra donc faire un grand crochet pour en contourner l’extrémité nord et arriver à Furadouro, la plage d’Ovar, à une quarantaine de km. Trajet relativement court sur le papier, mais fort long en temps, puisque toute cette région est très densément peuplée, et on n’y peut circuler qu’en bas de 50 km/h.

Derrière sa maigre forêt d’eucalyptus la station se donne des airs quasi urbains et, trop neuve, manque de caractère. J’y ferais un petit tour sur les dunes qui l’encadrent et que l’on tente de protéger (pas toujours très élégamment) mais trouvant le site un peu trop fréquenté  et trop aménagé, préfère me rapprocher de Porto en gagnant une station plus proche de la ville (22 km), la plage d’Espinho, signalée par le G.V. Autre bout de route très urbanisée, donc lente, j’arrive juste au coucher du soleil au bord de l’eau. Le temps de parcourir le bord de mer tout au long pour trouver un coin sympathique (le plus au nord) et le crépuscule s’est installé. Moins de touristes ici qu’à Furadouro,  probablement davantage de banlieusards qui prennent le train pour aller travailler à Porto, et une ambiance un peu moins apprêtée, me semble-t-il.



À peine stationné devant un petit parc en bord de plage, je suis abordé par un camping-cariste du Gers qui a cru reconnaitre en moi un Toulousain (ma plaque 31 !). Je le détrompe, il me propose de m’installer auprès de lui « pour plus de sécurité», je décline son offre, comme celle de prendre l’apéro, et rentre chez moi avaler la soupe que j’ai préalablement mise à chauffer.  Il est 18:00, la nuit est tombée, la fraîcheur avec. Je me retire dans ma cabane à roulettes, branche le chauffage pour maintenir un confortable 20°C, me mets à table puis au clavier pour rédiger journal et courrier.


16 436    Samedi 12 janvier 2019 : ESPINHO (0 km)



Journée off, passée devant la plage  tout à fait à l’extrémité nord de la station. Il fait certes très beau, mais le petit vent froid me dissuade de passer trop de temps à l’extérieur, et je me sens un peu paresseux après tous ces kilomètres parcourus. Je soigne aussi mes pieds qui commencent à réagir au froid (engelures) et à mes longues marches des derniers jours.

J’écris un peu, lis beaucoup, en particulier le Little Exsis Book dont je traduis beaucoup d’articles pertinents face à l’aménagement ou l’entretien de mon camion. Le ton aussi  est très british, avec un tonalité humoristique et une courtoisie tout à fait typique, ce qui en fait une lecture agréable et reposante. Quel contraste avec nos Gaulois si revendicateurs et un brin agressifs…

Je fais tourner un petit peu le moteur, le temps de recharger l’ordi, mais le soleil suffit à maintenir la batterie suffisamment chargée pour ne pas avoir d’inquiétude.

Coucher tôt en préparant dans le Guide Vert mon excursion à Porto demain.


16 436    Dimanche 13 janvier 2019 : d’ESPINHO à MELRES (Douro) (51 km)



À 9:00 je suis sur la petite route qui me fait rallier le centre de Porto (en passant par un petit bois qui me permet de soulager la cassette un peu trop présente…). J’ai programmé le GPS sur la Praça Gen. H. Delgado, juste en avant de l’Hôtel de Ville où Michelin fait démarrer la première balade.

Trafic des plus légers en ce dimanche matin, je trouve sans difficulté une des rares places autorisées sur la place elle-même, juste au pied de l’énorme monument façon pièce montée, où je laisserai l’Exsis pour la journée, le temps d’enchainer les trois circuits indiqués sur le plan du G.V. Plan tellement sommaire que j’ai bien du mal à trouver son départ sur la Rua Formosa.  Je me rends jusqu’au Mercado do Bolhão, surmonté d’un beau groupe Mercure-Cérès en fronton, mais dont l’accès est malheureusement fermé pour restauration majeure. Je m’aperçois alors que j’ai oublié mon téléphone et reviens le chercher au camion. J’en profite pour me faire un bon expresso bien tassé (et bienvenu, il est déjà 10:30) et rejoins mon circuit là où je l’avais laissé,  pour découvrir la petite église de Santa Caterina  toute couverte d’azuléjos, intérieur comme extérieur. Dans la nef, messe dominicale assez suivie semble-t-il.



Je descends ensuite la rua Caterina, très commerçante, avec quelques façades très marquées par l’Art Nouveau puis Arts Déco, dont le Majestic Café malheureusement fermé pour vacances saisonnières. Je rejoins la Praça de la Libertad flanquée d’autres énormes «pièces montées» de 10 étages aux inspirations stylistiques variées et composites… mais dont la stature impressionne. Petit tour dans l’ex Café Impérial transformé en McDonald, pour admirer le vitrail glorifiant l’Histoire du café, puis dernier tour sur la place en contemplant la perpective très monumentale, avec au premier plan une statue équestre du Roi D. Pedro IV assez réussie. Je me dirige alors vers la gare  de Sao Benito, remarquable par les azuléjos peints en  1929  par Jorge Colaço illustrant l’histoire des transports (frise haute polychrome) et quelques grands tableaux historiques ou scènes traditionnelles (bleu sur fond blanc).



Je suis fourbu et le soir descend, avec la fraîcheur. Regagnant l’Exsis en haut de la Praça Gen. H. Delgado, je décide rapidement d’arrêter mon exploration des rues de Porto et d’aller dormir au vert, en route pour la grande excursion proposée par le G.V. le long du Douro. Je quitte donc la ville au plus court, rattrape l’autoroute urbaine qui m’entraîne au sud-est, traverse la Serra do Porto dans la nuit et sur une toute petite route à travers des forêts d’eucalyptus pour finalement débouler par une pente accentuée sur la rive droite du fleuve à Melres.



Un bel espace dégagé à l’écart de la route et sur le quai d’une petite marinha rustique m’offrira un excellent bivouac pour la nuit.  Long Facetime avec Monique qui me met au courant de son «atterrissage» à la maison où elle a rapidement retrouvé ses routines et réglé les pb courants, petit clin d’oeil à Juliette (enrhumée) qui me consulte sur les couleurs et la coupe de la tuque en laine qu’elle veut me tricoter au crochet… Je me couche peu après un solide repas bien arrosé, n’ayant rien bu ni mangé de la journée, remettant à demain la rédaction du journal


16 487    Lundi 14 janvier 2019 : de MELRES à LAMEGO (117 km)



Légère brume matinale sur le quai devant les petits bateaux… qui ne tarde guère à disparaître. J’entreprends un début d’écriture du journal d’hier, laissé de côté au profit des nombreuses photos (plus de 250 !). Je soigne aussi mes pieds endoloris par ma longue marche et surtout le port continu de chaussures fermées, puis vers 10:30, maintenant que le soleil bien présent a dissipé l’humidité, me mets en route.



Globalement l’état de la chaussée est assez bon, et son tracé acceptable, compte tenu  du relief très accusé et des circonvolutions adoptées par le Douro dans sa course au milieu des collines. Cela ne veut pas dire que c’est une route facile, et encore moins reposante, vu le trafic relativement important (nombreux gros camions) et les virages plutôt serrés qui se succèdent presque sans interruption. En revanche elle offre de superbes points de vue sur le ruban sombre de l’eau, les maison éparpillées sur les pentes, les boisés (beaucoup d’eucalyptus) encore assez fréquent, dont l’ensemble forme un spectacle quasi permanent à grandeur de pare-brise. Toujours est-il que j’avance très lentement, puisque je parcourrai un peu plus d’une centaine de kilomètres en presque 6 heures de déplacement.



Il faut dire que là-dessus je me suis quand même arrêté pour manger, pour faire une trentaine de photos (ce qui prend du temps, celui de trouver un endroit pour stationner sécuritairement, chercher et  trouver le meilleur point de vue,  repartir sans risque dans la circulation…). J’ai aussi tenté quelques visites au cours du très long détour suggéré par le G.V., finalement peu emballantes : d’abord le Penedo Sao Joao, un amoncellement de gros blocs rocheux arrondis sur un promontoire donnant sur la vallée. Le site dominant assez nettement la vallée offre une belle vue, mais… vaut-il la peine de faire tout ce chemin difficile ? Quant au mosteiro de Santa Maria de Carquere, il ne reste pas grand chose : une grosse tour carrée couronnée de créneaux, la petite église et la chapelle  funéraire des seigneurs de Resende, fondateurs… Or ni l’église ni la chapelle ne sont ouvertes, et il n’y a pas une âme sur le site, seuls quelques chiens jappeurs ! Reste quelques décors - fort simples - sculptés dans la pierre autour des fenêtres et portes, mais cela valait-il ce long détour ?

Mais il reste que le «clou» de cette journée restera l’aventure dans laquelle m’a entraîné le GPS en me faisant emprunter la petite M1014 pour rattraper la route principale en redescendant du mosteiro. D’abord raisonnablement étroite,  mais très fonctionnelle, j’y trouve un beau point de vue sur le barrage de Carrapatelo devant lequel je déjeune. Puis, en continuant ma descente vers le fleuve elle se rétrécit, et finalement son asphalte se mue en petits pavés assez mauvais et surtout sa pente augmente de façon tout à fait stupéfiante… Pensant à un raccourci de quelques centaines de mètre, et vu la pente importante rendant une marche arrière difficile et interminable, je  décide d’aller jusqu’au bout. Mal m’en prend, car plusieurs virages très serrés finissent par me faire accrocher dans un muret - une autre fois - la grille du chauffe-eau qu’il faudra remplacer. Mais surtout, uniquement préoccupé de contrôler au frein les trois tonnes et demi du camion, je rate la dernière bifurcation de la route pavée pour me retrouver sur une descente encore plus accusée menant à une plate-forme sans débouché au bord du fleuve… Heureusement je ne m’engagerai pas trop loin sur cet chemin muletier, recouvert de grosses pierres inégales, mais il me faudra une bonne demi-heures et des manoeuvres hasardeuses, en tout cas émotionnante pour le chauffeur et fort douloureuses pour l’embrayage qui fumera abondamment et m’empestera pour le reste de la journée, pour me tirer d’affaire et retrouver une chaussée convenant à mon véhicule. Autre longue pause ensuite pour dissiper fumée et odeur, l’embrayage tiendra-t-il le coup après ce gros stress ?  Un bon point pour Fiat et son Ducato, tout a l’air correct, il poursuivra son chemin sans broncher…



Le soir descendant, je décide de me rendre jusqu’à la petite ville de Lamego où je bivouaquerai sur les stationnement probablement déserts du fameux sanctuaire  de Nossa Senhora dos Remedios. Un court arrêt en passant au miradouro de Boa Vista, en fait à l’entrée de la commune de Pousada, où nous avions passé une  nuit mémorable lors de notre sabbatique en 1989 (réveillés par des tirs de fusil : c’était l’ouverture de la chasse !). Le site est toujours superlatif, avec au premier plan les vignobles, au deuxième les maisons blanches de Peso de Régua et au fond les pentes grisâtre voire violacées à cette heure de la Serra de Marão. La lumière s’estompe, le soleil se couche tandis que je traverse la ville pour y découvrir le Lidl où je vais  chercher son pain préféré et me ré-approvisionner en produits frais.



En sortant dans la nuit, nouvelle fantaisie du GPS qui m’entraine dans ce qui m’apparait vite comme une impasse. Mais cette fois-ci, échaudé, je fais demi-tour et finis par grimper jusqu’aux vastes stationnements désert de Nossa Senhora dos Remedios, dont les décors baroques et illuminés dominent la ville à ses pieds. J’y trouve un espace parfaitement plat et y installe mon bivouac  dans un silence complet (les cloches cessant leurs tintements au quart d’heure à 21:00). Le chauffage fonctionnera toute la nuit, ici nettement plus froide, j’ai d’ailleurs vu pas mal de trace de neige le long de la route…


16 604    Mardi 15 janvier 2019 : de LAMEGO à AMARANTE (115 km)



Réveillé dès 7:30 au premières lueurs de l’aube et au premier coup de l’angelus, après une nuit sans aucun passage, je suis prêt au départ passé 9:30, une fois terminé ma visite du sanctuaire et de la partie haute de l’escalier monumental le reliant à la ville, quelques 617 marches plus bas (dixit le G.V., je ne les ai certes pas comptées. Architecture baroque très ornementée, mais claire et élégante, sans grandiloquence, qui me sourit assez. Je quitte alors le haut de la montagne tout boisé pour retourner au E.Leclerc aperçu hier soir, pensant y trouver plusieurs produits alimentaires absents du Lidl et y faire le plein de carburant à bon prix. J’y ferai effectivement l’emplette de plusieurs conserves introuvables ailleurs (pâtés, haricots verts, poisson congelé en sauce, etc.) mais le gasoil me parait vraiment trop cher (1,33 €/l) contrairement au GPL dont je remplis ma bonbonne (15 l en 5 jours, la rançon du froid et de mon chauffage plus important). Je profite aussi de la borne de service pour libérer la cassette et compléter ma citerne d’eau propre. Je trouve aussi au Brico Leclerc voisin du câble à 5 conducteurs qui me permettra de brancher mon compteur de Coulomb toujours inopérant faute de…



Fin paré à poursuivre mon périple, je renonce à passer par Peso de Regua, quelconque selon le G.V., et préfère poursuivre ma remontée du Douro sur sa rive gauche en attaquant la région DOC dénomination d’origine contrôlée du fameux vin de Porto. La route longe le fleuve, tantôt très bas et encombré d’herbes en aval du barrage de Regua, puis très large et imposant en amont de celui-ci. Des deux côtés les pentes accusées et relativement proches sont entièrement couvertes de gradins de pierres sèches sur lesquels poussent les ceps accrochés à des câbles de fer tendus.  Quel travail titanesque a-t-il fallu déployer au fils des siècles pour en arriver à un tel paysage ! Grande lumière aujourd’hui encore pour illuminer mon cheminement. Je piquenique au bord du Douro à Folgosa, en face de Covelinhas, là où commencent à s’afficher les plus fameuses quintas (domaines viticoles) qui ont fait la richesse et la notoriété du pays (Sandeman, Ferrero, etc.). La route, excellente, continue ensuite de serpenter sur la rive gauche du grand fleuve tandis que l’on aperçoit au même niveau sur la rive droite le tracé du chemin de fer qui transporte maintenant la précieuse récolte jusqu’à Porto.

Je finis par atteindre le gros village de Pinhão à la rencontre de la rivière du même nom et du Douro, qui constitue le coeur de cette extraordinaire régions viticole. Quelques chais eau bord de l’eau, de la pub pour les visiter et déguster (et je suppose acheter !), pour le reste une architecture des plus modeste, à mentionner seulement la petite gare toute plaquée de panneau d’azuléjos assez bien venus à la gloire du village et de sa vocation (une vingtaine de tableaux intégralement photographiés).



La route vers Sabrosa puis Vila Real commence alors à s’élever sur les pentes plus larges, elles aussi entièrement couvertes de terrasses. Fabuleux ! En passant Sabrosa (village natal de Magellan, autour de la première circumnavigation en 1522) la statue du grand homme mérite une photo, puis la nature des cultures change, les ceps disparaissent ou presque (adieu le Porto, bonjour le Vinho Verde) et la culture d’arbres fruitiers devient prévalente. Route rapide ensuite jusqu’à Vila Real, une grosse ville  dont le site très accidenté amène une circulation incompréhensible et un guidage bizarre du GPS. Apercevant une enseigne Jumbo je gagne station de carburant et y fais le plein à bien meilleur prix (1,26 €/l). La circulation me paraissant très difficile dans le centre historique et le soleil descendant déjà, je préfère gagner Amarante, plus petit et dont je garde un beau souvenir du pont et du couvent adjacent que je visiterai demain.

La grande IP4 a été entièrement  refaite en route expresse  qui monte à l’assaut de la Serra de Marão, grimpant par de larges courbes en 3 voies jusqu’aux 895 m du col Alto do Espinho. Vue l’heure tardive et le froid probable (traces de neiges en bord de route…) je renonce à me rendre jusqu’au Pico de Marao à 1414m et gagne directement Amarante par une très longue descente facile et rapide sur la grande route peu fréquentée (doublée par l’autoroute A4 ?).



Il commence à faire sombre lorsque je me dirige vers le centre de Amarante, pointant le GPS directement sur le Ponte São Gonçalo. Circulation assez dense, site resserré dan la vallée étroite, j’ai un peu de difficulté à me stationner à proximité et ne pourrais y passer confortablement la nuit. Je pêche une carte du centre - et pique une jasette avec la préposée de l’Info touristique très avenante - puis me dirige immédiatement jusqu’au pont attenant au couvent São Gonçalo, fort pittoresque. Photos,  petite marche aux alentours, je repère un beau parking devant le musée situé juste derrière. La nuit est tombée lorsque je récupère l’Exsis pour transférer mes pénates à l’emplacement découvert, à deux pas de mes visites de demain matin. Le bruit de la circulation diminue tandis que je prépare mon souper, je lis longuement l’intro du guide Michelin Portugal, parle un moment avec Monique sur FaceTime, écris le journal et me couche passé 23:00, alors que le bruit alentour a quasiment cessé.


16 719    Mercredi 16 janvier 2019 : d’AMARANTE à CALDAS DE TAIPAS (52 km)



Je dors bien jusqu’à mon réveil un peu après 7:00, lorsque le bruit commence autour de moi. Et pour cause, le marché s’est installé sur le quai juste en dessous de la place où je suis stationné, j’ai bien fait de renoncer à m’y poser pour la nuit !En revanche il fit un ciel gris plombé, et une légère brume a envahi le paysage. Pas de soleil, pas de sensation de chaleur, et l’humidité, qui se traduit par une légère bruine, est pénétrante. Étonnant de voir tant de gens porter un parapluie pour si peu d’eau ! J’enfile donc mes deux polaires et coiffe ma chapka pour le petit tour du quartier ancien prévu hier soir. Je commence par l’igleja de São Gonçalo : façade baroque relativement simple, portail latéral délicatement décoré et curieusement, une galerie haute à colonnes où sont placé les statues des quatre rois sous lesquels se déroula la construction. L’intérieur est un peu plus lourd, surtout du côté autel qui a été largement surélevé sur une estrade avec large escalier central (évidement toute en dourada) abritant 2 chambres latérales qui contiennent l’une statue et ex-voto. l’autre le gisant du saint dont la spécialité était le mariage et la fécondité… Très bel orgue, début XVIIe, que je n’aurai pas la chance d’entendre, hélas.



Je traverse ensuite la belle place triangulaire, donnant d’un côté sur la rivière et le pont et limité par les constructions déboulant de la colline de l’autre, pour remonter la rue principale un peu courbe et bordée de maisons typiques bien restaurées. Pas grand monde autour de moi, circulation quasi nulle, le «mauvais temps a fait son oeuvre… Je reviens vers mon point de départ après quelques centaines de mètres, juste après avoir observé une autre église XVIIIe (Sao Pedro et Sao Paulo) curieusement coiffée d’une tiare papale. Autre ruelle et vielles maison à flanc de colline qui finit par dévaler et déboucher sur un escalier assez raide, et passe devant la chapelle d’une confrérie dominicaine où un groupe de vielle femmes récite les litanies puis entonne un cantique, avec une unité qui témoigne de la fréquence de leurs rencontres pieuses…

Je contourne alors l’église, fais encore quelques photos du pont puis pousse la port du Musée logé dans les anciens bâtiments conventuels. L’ancien cloître, bien que très remanié, a gardé un certain cachet, tandis que les vastes plancher d’exposition ont perdu tout caractère ancien. Cela convient bien à la collection de peinture - et quelques rares « sculptures » - modernes et surtout contemporaines qu’on y présente. Bien peu retiennent mon attention, et lorsque je veux garder le souvenir des rares oeuvres qui me sourient, on m’avertit gentiment que la photographie est  interdite dans le musée… Visite finalement un peu décevante.



Il est maintenant près de 11:00, le ciel est toujours aussi gris et la pluie s’intensifie, Je prends donc la route sans regret en direction de Guimarães distingué de 2 étoiles par le G.V. et classé au Patrimoine mondial par l’Unesco. La route pittoresque ne laisse rien voir de son environnement, puisque presque tout au long envahie par le brouillard…   Déjeuner sur une rare place à peu près plane et à l’écart de la route devant que petite église de campagne.  Je prends le temps de préparer du riz puis de réchauffer le reste de moules et épinards préparés avant hier, un mariage en fin de compte agréable. Je prends ensuite le temps de répondre longuement aux voeux de Sophie en lui résumant notre fin de séjour avec Hermione, puis parcours les quelques kilomètres rapides quoiqu’assez vallonnés jusqu’à Guimarães que je ne connais pas du tout.



Je commence par pointer le vaste stationnement indiqué par le G.V. juste au nord du château, mais le trouvant trop éloigné du départ de la visite du vieux quartier - quoique peut-être acceptable comme bivouac - je me lance dans l’exploration du centre ville et dégote une place à 100 m du Largo Valentin Moreira de Sà. À  partir de là  je rattrape le Largo de Oliveira par un lacis de petites rues et ruelles sinueuses qui font tout le charme de la vieille ville. L’église N.S. de Oliveira ne me parait pas présenter un intérêt considérable, peut-être commence-je à être un peu saturé des décors baroques à la portugaise… ? En revanche le Largo de Oliveira sur laquelle elle donne est des plus pittoresques, avec son gros olivier, son padrao - croix de pierre -sous édicule gothique (célébrant la victoire de Salado sur les Maures en 1340), et, au-dessus d’une série d’arcades gothiques, l’Antigos Paços de Concelho, ancien hôtel de ville manuélin du XVIe. Place du même genre en contigu, laPraça de São Tiago Le tout entouré par ses maisons à encorbellements et largement fenestrés qui achèvent de lui donner son caractère médiéval. Je renoncerai aussi à la visite des musées (dont le vanté Museu Alberto Sampaio) essentiellement consacrés à des pièces d’art religieux, là aussi une certaine lassitude ? En revanche je reste sensible au charme des façades, aux éléments du décor avec ses innombrables variantes, d’autant plus qu’ils me semblent correspondre à un art de vivre où le stress était différent et la sociabilité plus valorisée.



En suivant la rue Santa Maria je rencontre aussi le covento de Santa Clara, où l’on a maintenant installé l’Hôtel de ville contemporain. Façade noble, on n’accède qu’au cloître de belles proportions autour d’un jardin de buis décoré de sculptures contemporaines.  Continuant à remonter la rue étroite et sinueuse bordées de maisons du XIVe et XVe à  grilles de fer forgé et corniches de granit, je me rends jusqu’au château ducal du XVème, très massif avec ses 4 grosses tour d’angle carrée et ses austères hautes façades. Il fut construit par Alphonse Henriques,  le premier duc de Bragance qui se fit nommer roi par ses troupes et reconnaitre par la noblesse à la convention de Lamego, donc le fondateur du royaume du Portugal. Sa statue par Soares dos Reis (fin XIXe), belle évocation du vaillant guerrier, se trouve sur le terre-plein en avant. Je renonce à le visiter, vue l’heure tardive et le contenu décrit par le G.V. Retour à l’Exsis en empruntant l’autre longue ruelle pittoresque (Gravador Molarinho) qui parcourt la vieille du nord au sud et me permet d’admirer une grande toile aux couleurs vives ornant l’entrée du grand hôtel noble devenue Archives publiques : elle reproduit, agrandie, la Batalha de Sao Mamede, par Antonio Lino (1989), un peintre originaire de Guimaraes qui fit carrière dans le monde entier.

Cette autre rue ancienne et tournicotante aboutit, après diverses mutations et rencontres, en bordure sud du noyau original, sur le Largo de Toural, pareillement entourée de maisons anciennes et dominée par la haute façade sévère (granit sombre) et inachevée de Sao Francisco. Le soir tombe lorsque je retrouve enfin chaleur et tranquillité de mon home à roulettes.

Pour mon bivouac nocturne je choisis d’abord de remonter sur la vaste esplanade presque vide au pied du castelo initial du XIème, mais on n’y entend beaucoup trop la circulation sur les 2 avenues qui l’encadrent, aussi je cherche sur le GPS une zone verte dans l’une des petites agglomérations sur la route de Braga, au nord-ouest. Je tombe sur Caldas de Taipas, à 8 km de Guimaraes, y repère une longue avenue double à l’écart de la grande route qui se révélera, rendu sur place, un parc près d’un complexe sportif où les gens vienne s’aérer et faire leur footing… Installé sur un espace parfaitement plat et en impasse, je m’apprête à y passer la nuit. La météo annonce du soleil pour demain !


16  771    Jeudi 17 janvier 2019 : de CALDAS DE TAIPAS à VIANA DO CASTELO (75 km)


Lever à 9:00 après une nuit réparatrice, les longues marches des derniers jours m’ont apparemment un peu fatigué. De plus le port de chaussures fermées me causent des élancement au pied droit qui ne laissent pas de me déranger (genre goutte). La tranquillité a bien été au rendez-vous au bout de mon parc, mais pas le soleil au matin ! Même si la météo persiste à le prédire pource jeudi, la matinée restera noyée dans le brouillard… jusqu’à mon départ à 11:00. Et ce sera pour une autre journée pleine de lumière, sinon de chaleur (maximum 14°C aujourd’hui, ça descend légèrement…).

La route sera facile et courte en direction de Braga, même s’il suffit qu’un seule camion traine un peu pour ralentir des kyrielles de voiture, puisque les virages incessant sur cette route montueuse rendent le doublage quasi impossible.  Je la contourne, ayant déjà visité la ville qui ne me semble guère passionnante, et dont la principale curiosité reste le sanctuaire de Bom Jesus et son escalier baroque extravagant.

Première étape donc, Barcelos. Ville du célèbre coq légendaire - devenu l’emblème folklorique du Portugal - Barcelos est une petite cité qui a conservé un coeur ancien très bien conservé et continue assidument de le restaurer, si bien de ma balade au fil de ses rues traditionnelles (au demeurant limitées en nombre et en longueur) ne sera pas trop fatigante, particulièrement pour mes pieds que j’ai entrepris de soigner : que serait un fantassin de la balade comme moi sans ses pieds ? Après une longue recherche d’une place qui me mènera finalement à l’opposé de la Place du Marché, je mange copieusement et note soigneusement ma localisation indiquée par le GPS  avant de me lancer dans la balade.

En fait la principale attraction est temporaire, au sens où c’est le marché du jeudi, qui envahit une très grande place quasi centrale, genre champ de foire, le plus grand marché du Portugal et peut-être d’Europe, puisqu’il rassemble à la fois les producteurs/distributeurs locaux de fruits, légumes et autres produits agricoles, (poules, fromages, charcuterie, etc.), pâtisseries typiques, mais aussi la panoplie habituelle de marchands de nappes et draps, linges, chaussures, casseroles, gadgets de cuisine, outils, bibelots «décoratifs» ou religieux, et que sais-je encore, tous objets susceptibles d’être utiles (ou inutiles ?) à un ménage. À cela s’ajoute dans une autre section de la place toute une variété de produits locaux et traditionnels, que ce soit poteries et céramiques décorées, broderies, souvenirs plus ou moins sophistiqués et d’un goût pour le moins discutable, dont bien sûr ke fameux coq légendaire de Barcelos, décliné en bois sculpté et peint, en poterie, en céramique décorée, etc.

Bref un beau capharnaüm, coloré et pittoresque à souhait, d’autant qu’à la variété des objets s’ajoute les mines souvent accentuées des partenaires, vendeurs ou clients, et les actes par lesquels se succèdent les étapes de chaque transaction. Je passe donc un bon moment sur le Praça de Republica à découvrir l’étendue du marché, étonnamment vaste, la diversité des produits et des scènes, et tente d’en saisir au vol quelques images.

Ensuite, un peu de culture. La préposée au tourisme (dans la lourde tour médiévale carrée à l’entrée de la place) m’a aimablement pourvu d’un petit plan de ville qui me permet de m’y retrouver (en commençant par l’endroit assez éloigné où j’ai dû laisser l’Exsis, faute d’espace au centre ville envahi par le marché). Je me dirige donc vers les 2 plus belles églises situées sur le côté sud-ouest et nord du Champ de Foire ou Campo da Republica : le Templo del Bom Jesus da Cruz et l’iglesia de Na Sra do Terço. La première (1720) en forme de croix grecque, est d’une baroque léger et élégant à l’extérieur.  En revanche l’intérieur est particulièrement riche tant en talhas douradas, sur le maitre autel que sur les 2 autels latéraux consacrés l’un au Christ de la Passion  et l’autre à la Vierge des Douleurs. Les azuléjos très décoratifs sont mois visbles et couvrent les couloirs d’accès circulaires. Beaucoup de pathos, mais aussi une grande qualité d’exécution : sculptures très fouillées et raffinées, expression des personnages, qualité des couleurs et des dorures bien mises en valeur par l’éclairage…). J’y passe un bon moment, photographiant depuis les divers bancs où je m’assois, pour n’apercevoir qu’en sortant le petit papillon «Photographie interdite».

Je traine un peu sur la place longiligne et arborée où règne un grand coq très coloré tout recouvert de céramiques, puis gagne l’autre église nettement plus simple extérieurement. Construite en 1707 elle faisait partie d’un couvent des Bénédictines, et ses murs  est entièrement recouvert  d’azuléjos bleus sur fond blanc racontant la vie de São Bento, complété par un plafond peint en caissons isolant d’autres scènes de la vie du saint. Très bel ensemble, mais là aussi interdiction de photographier (pourquoi ?)  inscrite à de multiples endroits, et un gardien veille ! Je dois donc me contenter de quelques vues prises discrètement à la volée, d’une qualité aléatoire…

Avec tout cela le temps a passé. Je reprends la rue commerçante Rua D. Antonio Barrosa qui me ramène dans le coin de l’ensemble monumental derrière lequel j’ai laissé l’Exsis : le pont médiéval du XIVe, le pilori fin XVe, les ruines du palais des Comtes de Barcelos XVe et l’iglesia Matrix de la ville. Intérêt très variable : l’église mère, gothique et en granit très sombre est sinistre et ses lignes à peine apparentes. Le palais des comtes ne ressemble plus à grand chose avec ses quelques pans de murs à peine évocateurs, le pont médiéval est entier, mais a manifestement été outrageusement restauré (il supporte maintenant le trafic routier…). Reste le pilori au centre d’un joli jardin de buis qui présente en haut de sa colonne assez simple la petite cage de pierre typique. (et Michelin qui dit « une lanterne» !). J’en ai assez vu, repasse au pied du massif Manoir des Pinheiros et retrouve enfin mon véhicule sans problème.

Il n’est que 15:15, j’ai donc encore le temps de m’avancer un peu jusqu’à Viana de Castelo dont je veux faire mon étape ce soir. Plein d’eau en passant devant un Intermarché, puis route un peu longue car très urbanisée, mais dans un décor rural plutôt agréable. Après avoir franchi le Rio Lima sur le long pont Eiffel (routier et ferroviaire) bizarrement un peu décalé à chacune de ses extrémité, je gagne le grand parking disposé sur le quai, à deux pas du port et du noyau ancien, près de la Praça da Liberdade. Il est un peu plus de 16:00, j’ai donc largement le temps de faire un petit tour du centre ville ici aussi peu étendu. Je longe un peu le quai jusqu’à l’office du tourisme où l’on me remet une carte de la ville, puis monte la rue Gago Coutinho qui encercle le quartier à l’est. En haut de la rue pavée qui se courbe entre les maisons traditionnelles, apparait la capela dos Malheiras  d’un baroque très élégant, voisinant avec un bel hôtel particulier de la même période, la Casa de Praça, qui appartenait à la même famille. On débouche sur la Praça da Republica, entourée de belles façades anciennes, mais surtout de 2 bâtiments en granit massifs qui ferment la place :  l’Antigos Paços do Concelho qui fit fonction d’ancien hôtel de ville, et la façade de l’hôpital de Misericordia, très lourde mais très travaillée; son entrée latérale encadrée par cariatide et atlante est plus légère et élégante. Petit tour sur la place décorée d’une jolie fontaine entourée de ses maisons urbaines traditionnelles (façade de 3 ou 4 étages entièrement garnies de hautes fenêtres très lumineuses) dans le crépuscule qui tranquillement annonce la nuit. Je reviens vers le port par la Rua de Picata en passant devant le Musée des Costumes régionaux (relief 1920) et quelques autre beaux immeubles, puis descends l’Avenida dos Combatentes da Granda Guerra. Une petite place en bas laisse voir l’élégante façade manueline d’une école de musique et, en son centre, une fontaine décorée d’un Mercure appuyé sur une ancre  évoquant le commerce maritime qui fit la  fortune de Viana (avec le Brésil entre autres).

En passant devant le bassin,  quelques autres photos du Gil Earnnes sur fond de ciel rougeoyant. Un panneau explique son histoire depuis sa construction ici même en 1955 jusqu’à son sauvetage de la casse et sa conversion en musée,  car il joua un rôle significatif en tant que navire hôpital et ravitailleur auprès de la flotte de pêche morutière portugaise dans les Grands Bancs, alors très importante.  Je regagne enfin mon quai et déplace légèrement le camion pour l’orienter face au soleil matinal espéré demain matin. Souper, écriture et traitement des nombreuses photos des deux derniers jours occuperons ma soirée jusque passé minuit, après cette autre belle journée assez dense.


16 846    Vendredi 18 janvier 2019 : VIANA DO CASTELO (0 km)


Ciel couvert à mon réveil vers 7:30, et petite pluie fine qui perle sur mes fenêtres… Je décide donc de rester sur place en attendant un mieux éventuel, et passerai la journée en pyjama sans mettre le nez dehors. Quelques averses, mais surtout une bruine quasi continue (la bruine bretonne…) qui, sans trop refroidir, qui pénètre partout et vous trempe comme une soupe en quelques minutes.

 Comme je suis abondamment pourvu et vivres et carburant (je pourrais tenir un siège d’une dizaine de jours…) je me consacre plutôt à des tâches cléricales, lisant un peu le guide et la documentation remise par les différents offices de tourisme, , classant, éliminant et traitant les centaines de photos prises depuis Porto dont je crains de ne plus retrouver les noms des lieux et monuments. De temps à autres je fais tourner le moteur, le temps de recharger à fond la batterie du McBook (et par le fait même la batterie habitacle et celle du téléphone. Je passe un bon moment aux «fourneaux», préparant une poêlée d’endives braisées au fromage et jambon, et suis en train de m’en régaler  lorsque Monique m’appelle sur FaceTime pour me demander anxieusement si j’ai retrouvé ses boucles d’oreilles et son collier d’argent, que je finis par dégoter coincés tout au fond de son sac de voyage… Autres nouvelles des petits et des démêlés de Gabriel avec ses parents à propos des repas ! et d’une visite prochaine à Querbes et Jonathan… Nous passons ainsi une heure et demie à bavarder.

En fin d’après-midi je poursuis mon travail sur les photos et consulte les forums camping-car auxquels je suis inscrit, répondant longuement à une rubrique sur le gaz et surtout une autre sur l’utilisation des batteries LiFePo4, sur lesquelles circulent encore bien des rumeurs. Coucher tard après une soupe et quelques bouchées de fromage. Il pleut toujours… et la météo n’annonce rien de mieux pour demain !


16 846    Samedi 19 janvier 2019 : de VIANA DO CASTELO à PRAIA DE CABEDELO (8 km)


Autre journée de pluie presque continuelle. Je renonce à rouler et décide de m’attaquer au branchement du Coulombmètre, remis depuis mon départ de Caen.  Cela nécessite de démonter par mal de chose pour passer le câble depuis la batterie jusqu’à l’espace entre les pare-soleils  où je l’ai placé.

Lever tard - décidément ce temps gris ne me vaut rien côté énergie ! Puis je gagne l’aire de service de l’autre côté du Rio où je vide encore une fois la cassette qui commence déjà à sentir, et complète le plein d’eau. Je décide de rester alors sur le site, sur un quai juste au-dessus de l’eau où la vue, même grise, est dégagée et le trafic nul.

Retardant le bricolage, je poursuis un peu mon travail sur les photos, interminable, scan de plans de villes remis par les office de tourisme dont je veux me débarrasser tout en en conservant les traces et informations précieuses… J’arrive au déjeuner, puis me mets au boulot. Sans entrer dans les détails, le plus gros consistera dans la soudure des 5 brins du câble pour  les raccorder aux mini-prises du Colombmètre. Puis, dans un autre genre, le décapage/nettoyage de l’espace du conduit de chauffage sous la table dont l’acide a bouffé, brûlé, noirci à peu tous les composants, à commencer par les pièces de plastique tenant les vis diagonalement qui ont fondu ! Il faudra remplacer le conduit annelé de 70 mm dont une section de 80 cm est morte. Cela ne sera pas non plus une sinécure, cet espace sous la banquette étant à eu près plein de tout le fatras des câbles se raccordant à la batterie…

Bref un travail qui me tiendra en haleine jusque passé 17:30, dans le fouillis causé par le déplacement des cousins et et de la table, et les outils étalés un peu partout. La nuit est tombée lorsque j’achève la connexion de l’appareil : ça marche ! L’écran s’allume et les différentes informations y apparaissent. Restera à le configurer pour obtenir une lecture précise de la charge de la batterie, et encore faut-il l’avoir préalablement remplie, ce qui ne pourra se faire qu’une fois connecté au secteur.

Il est temps de tout ranger puis de préparer mon souper. En soirée lecture du courrier suite du travail sur l’étiquetage des photos (ce qui me permet de revoir toutes les informations recueillies parfois à la va-vite) et coucher tard, en pensant à la suite de on itinéraire si le ciel se dégage.


16 854    Dimanche 20 janvier 2019 : de PRAIA DE CABEDELO à PONTECESURES (154 km)


Ciel dégagé au réveil à 8:20 ! Le soleil ne tarde pas à monter derrière la rangée d’immeubles devant lesquels j’ai passé la nuit, le séjour des camping-car étant interdit sur l’aire. Les quelques uns qui, comme moi, y ont passé la journée se sont repliés en arrière  sur la grand parking où je les rejoins. Lever tranquille, puis écriture du journal d’hier et départ.

Je quitte donc Viana de Castelo en montant admirer le panorama sur la ville et l’estuaire depuis la basilique Santa Luzia qui la domine de près de 400 m. Route en lacets sur pavé tressautant… Je finis par arriver en haut monte jusqu’à la pousada presque au sommet de la colline au milieu des eucalyptus, fait quelques photo, puis redescend jusqu’à la basilique, genre pièce montée multistyle qui serait une réplique de Montmartre et également consacrée au Sacré-Coeur… Je n’en garderai pas un souvenir inoubliable, quoique les deux grandes rosaces donne un bel effets sous le soleil, à côté de la haute coupole garnie de fresques. Pour le reste, du romano-néo-byzantin plutôt disgracieux (dixit Michelin !). Repu jusqu’à satiété de monuments religieux portugais, j’achève rapidement mon incursion dans la bâtisse  pour  prendre la direction du Nord et de l’Espagne, avec une dernière étape dans la petite ville de Valença do Minho.

Le G.V. souligne sa personnalité militaire, puisqu’elle avait essentiellement un rôle de chien de garde face à l’ennemi espagnol (qui fortifia identiquement Tui, la ville homologue de l’autre côté du Minho !). D’où, du côté portugais, une citadelle double du XVIIe, dont les 2 forts communiquent entre uns tout en étant indépendants, avec tous les attributs des forteresse polygonales à la Vauban, avec leurs douves, leurs bastions à double redans et échauguettes, et leurs ouvrages avancés. On y pénètre par des portes monumentales donnant accès à un tunnel passant sous la muraille pour se retrouver dans deux petites viles avec églises, fontaines, maisons le long des étroites rues pavées et boutiques. Beaucoup de pacotilles destinées aux touristes, mais dès qu’on monte sur les talus des remparts, on retrouve la vocation militaire du lieu, une conservation remarquable, mais sans excès, de toute cette architecture particulière (accentuées par la présence de quelques canons de bronze dont la gueule est engagée dans les meurtrières) et surtout un beau panorama sur le Minho coulant au fond de la vallée au pied de la ville, la ville de Tui en face et les monts bleutés de la Galice en arrière. Après avoir fait le tour des 2 remparts en près d’une heure et demie, je reprends l’Exsis laissé à deux pas de la première porte, descend jusqu’au grand pont tout neuf  et passe aussitôt en Espagne.  

J’y retrouve bien sûr une autovia rapide et bien dessinée qui file à travers les collines. La régions continue d’être très densément peuplée comme au sud, mais suis frappé par le nombre de PME d’importance moyenne qui bordent les zones urbaines en zones industrielles relativement récentes et bien aménagés. Je ne me rendrai pas compte de mon erreur de programmation qui me fait passer l’embranchement vers Vigo où je comptais faire étape, et n’aperçois derrière moi le grand pont suspendu menant à la ville que 50 km plus loins à Redondela, sur la N550, l’autovia s’étant muée en autopista à péage. Je poursuis donc en apercevant que le fond de la Ria de Vigo, fort belle dans la chaude lumière de fin d’après-midi,  passe Pontevedra. Je prends aussi conscience alors du changement de fuseau horaire et avance montre et cadrans d’une heure. Il est près de 18 heures et il fait encore bien jour ! Le coucher du soleil ne tardera pas cependant sous un ciel très mêlé ou des coins de ciel bleu alternent avec de gris nuages noirs se muant en averses.

Je ne rendrai jusqu’à Santiago ce soir, préférant poser mon bivouac sur une rue tranquille d’une village, à l’écart de la grande route, juste avant Padrón. Il n’y passera presque personne dans la soirée, j’ai donc le temps de repérer sur le site de Michelin les curiosités proposées par le Guide vert de Galice, en espérant que le beau temps sera au rendez-vous pour parcourir la route côtière des Rias Baias qui me ramènera à Santiago.

Je me couche à 23:30, après avoir corrigé les  connexion des câbles sur la batterie (j’avais omis d’en placer 2 dans le capteur de Hall), ce qui est sans doute à l’origine des données bizarres apparaissant sur mon Coulombmètre. On verra demain !


17 008     Lundi 21 janvier 2019 : de  PONTECESURES à GUITIANDE (139 km)


Ciel bouché et brouillard qui se lève petit à petit dans ce qui est la Bretagne de l’Espagne, lorsque je lève les store passé 8:30 (il fait encore nuit, vu le décalage horaire, une heure plus tard qu’au Portugal). Je vais prendre la petite route à Padron qui me fera suivre la côte au plus près, le long de cette Ria de Arousa jusqu’à l’extrémité au Cabo de Corrubedo, puis revenir vers Noia en longeant la Ria de Muros y Noia. À Padron découverte d’un Lidl au bord de la route ; j’y passe presque une heure à me réapprovisionner. Bizarrement plusieurs produits sont différents de ceux distribués au Portugal, ou carrément absents…

Au début, le temps que le ciel se dégage, les quelques paysages maritimes entrevus sont assez beaux, mais trop souvent cachés par un développement anarchique des constructions qui se suivent sans interruption le long de la route AC 305, là où elle est en vue de la mer. Après une trentaine de kilomètres et quelques incursions à l’intérieur dans des zones plus forestières, on retrouve la côte cette fois plus dégagée, où plusieurs stations profitent des larges plages de sable bien abritées, tandis que des ports de pêche très actifs ont été aménagés à l’abri de longue digues de granit. Architecture mêlée pierre/maçonnerie, avec prédominance pour un granit à gros grain et souvent blond d’un fort bel effet, y compris dans nombre de maisons neuves bâties en massif ! Je m’arrête un bon moment pour examiner les petits chalutiers dans le port de A Pobra de Caraminal, puis me dirigeant vers la pointe à Ribeira, repère la petite route grimpant les 498 m du mirador de la Curota. Vu époustouflante de là-haut sur les deux rias et l’océan, malheureusement un peu atténuée par la quasi disparition du soleil sous l’ombre de gros nuages gris et noirs qui ont assez rapidement pris le dessus sur le ciel bleu. Il est presque 14:00, je me confectionne un repas chaud avant de discuter quelques minute avec un ccariste français grimpé lui aussi jusqu’ici avec son lourd Welcome, et me fait part de son projet de voyage en Turquie - alléchant -. J’escalade ensuite l’escalier assez raide  genre chemin muletier qui mène tout en haut, au pied des antennes, où la vue est réellement à  360°, prend quelques photos qui manqueront probablement de lumière, puis redescend tranquillement les nombreux lacets pour gagner Ribeira (autre port de pêche et plage) passé rapidement puis enfin Corrubedo et le Cabo homonyme qu’on a équipé d’un phare. Lieu isolé, grosses vagues se brisant sur les rochers, sentiment d’être bien loin de l’Europe civilisée, vers l’une de ses pointes dirigées vers les Amériques… La lumière glauque et le vent assez frais me font écourter mon petit tour, le rattrape l’autre route côtière AC 550  qui suit cette fois la Ria de Muros y Noia, au nord ouest.

Quelques autres petites stations et ports de pêche, je passe la vile de Noia où je ne m’attarde pas, voulant me rapprocher au maximum de Santiago tout en cherchant à poser mon bivouac dans un village plus modeste. Les espaces sont mesurés et les parkings à l’écart de la route rares…  je finis par enfiler une petite route qui dessert l’Hôtel de Termes à Guitiande, une douzaine de kilomètres avant Santiago. Emplacement assez encaissé en bordure de rue, mais je quitterai tôt demain dès le lever sud soleil (assez tardif vue le décalage du fuseau horaire par rapport à Madrid),et le trafic semble très limité. Stores fermés et préparation du souper dès 18:30, à la tombée du jour.   En soirée long message à Olivier, tentative de consulter nos compte à la BNP (Monique ne trouve pas la page des relevés, et je n’arrive même pas à initialiser les compte (PW inexacts ?). Chargement des quelques photos peu satisfaisantes de la journée, et coucher à 23:30 dans un profond silence, une fois n’est pas coutume !


17 147    Mardi 22 janvier 2019 : de GUITIANDE à de RINLO  (avan. RIBADEO) (266 km)


Ciel très gris et sombre au lever à 8:30, j’ai  bien peur que la période faste de mon séjour ibérique arrive à sa fin avec l’entrée dans le «vrai» hiver local, particulièrement celui de la côte nord atlantique. Il ne fait pourtant pas très froid, mais plutôt très humide, et en l’absence de soleil…

Je me dépêche de prendre ma douche, m’habiller et déjeuner pour être au coeur de Santiago en début de matinée. Las, toutes les places sont déjà prises autour de la ville ancienne (il n’est de toute façon pas question d’y pénétrer avec un véhicule aussi gros que le mien (et pourtant…). Je fais donc deux fis le tour des boulevards entourant le coeur médiéval, me décide à prendre une voie perpendiculaire qui s’éloigne du centre (Rua de San Roque) et m’enfile sur la première petite rue qui la coupe en apercevant des places libres… Évidemment ces espaces sont réservés au résidents, mais à cette heure cela ne devrait pas poser trop de pb, et toute façon je n’ai pas le choix, les quelques parkings près du centre ville étaient tous couverts.

Consultant le GPS je prends soin de noter mon emplacement, puis repère la cathédrale au coeur du labyrinthe des ruelles anciennes. Sans plan cela ne sera pas évident, mais j’ai finalement beaucoup de chance -  et de nez… - et errant approximativement dans sa direction, profitant du spectacle fort bien préservé de la ville toujours vivante et commerçante, sans que  les touristes prenne la part du lion… encore que les innombrables boutiques de souvenir en se rapprochant de la cathédrale, presque toutes plus hideuses les unes que les autres,  finissent par lasser. Cet autre tour dans le grand vaisseau de pierre, structure romane mais très riche décor baroque autour du choeur et au-dessus de la chasse en argent figurant le buste du Saint qui trône sur l’autel et, en dessous en crypte, autour de la chasse en argent ciselé conservant les restes de St Jacques. Les deux orgues aussi, haut perchés de chaque côté de l’entrée du choeur, sont magnifiques, et l’ensemble des proportions de cette autre merveille du monde à inscrire dans tous les catalogues des trésors de l’humanité. Je ne me lasse pas d’aller et venir dans ce très vaste espace jusqu’à ce que, après une brusque illumination qui avive ors et couleurs, un gardien prie les visiteurs de se retirer pour laisser place aux fidèle venus assister à la messe de midi. Je quitte à regret, en récupérant in extremis à la sacristie ma chapka tombée en cours de route, mal accrochée dans mon manteau.

En sortant je fais un petit tour aux alentours, puis décide que je ne peux profiter de mon passage en Galice sans avoir recours à un guide convenable. Je me fais donc indiquer dans une première librairie qui n’a aucun article de ce genre, un collègue susceptible de vendre le Guide Vert. Mon trajet suit celui qui me ramène à mon stationnement, et me fait découvrir d’autres vieilles rue selles aussi bien dignes d’intérêt. Accueil charmant de la libraire qui tient bien toute une étagère de Guides Michelin, mais tous en espagnol bien sûr… et quelques autres en anglais qui ne reviennent pas.  Elle m’indique sur un plan de la ville qu’elle me remet une autre librairie, à l’autre bout de la vieille ville ! J’hésite un peu, puis décide d’ aller jusqu’au bout de ma quête, sans me faire trop d’illusions… C’est pour moi une autre occasion de parcourir d’autres vieilles rues, guère différentes, mais chacune avec ses magasins et quelques détails particuliers (et un autre choix de souvenirs atroces…). Finalement comme je m’y attendais, «Les Pages Folles» ont bien quelques Guides verts d,Europe, mais aucun en français…

Il ne me reste plus qu’à faire tout le trajet dans l’autres sens pour regagner la Rua San Roque en prenant quelques autres photos et sous la pluie qui s’intensifie, mais surtout en ayant hâte de me reposer, cette longue marche de plus de 7 km me suffisant pour aujourd’hui. Heureusement j’ai cette fois mis mes chaussures de marche, plus lourdes mais nettement plus confortables que mes mocassins noirs !

Il est passé 14:00, l’heure de prendre un bon lunch suivi d’un café parfumé et bien chaud, puis de décider où tourner mes roues. Faute de guide il me sera impossible de faire des choix éclairés le long de la côte, et encore, s’il faisait beau. Mais la consultation de la météo sur mon téléphone, et surtout de la carte Ventusky sur mon ordi montre une évolutions déplorable de la météo européenne, sans compter les avertissements de neige en France…  Seule la petite régions entourant Vence semble miraculeusement épargnée…  J’en conclus que ma tournée ibérique arrive à son terme et qu’il est temps de me rapprocher de la Méditerranée.

Je prends donc sans retard la direction d’A Coruña, puisque j’emprunterai l’Autovia de la Cantabrique pour regagner la France, et qu’elle part de là. Auparavant je devrais parcourir les 70 km qui m’en séparent sur la N550 qui seraient agréables si la lumière n’était aussi ténue. Entre en ville par un bout d’autoroute très rapide, ensuite c’est galère pour traverser son entassement et ses rues fort encombres jusqu’à son extrémité nord où je veux aller revoir la Torre d’Hercules : sa haute structure carrée  de 55 m, dont 34 mètres correspondent au travail de la maçonnerie romaine et 21 mètres à la restauration effectuée en 1791, lorsque l’on a ajouté à la tour deux formes octogonales en son sommet. Elle se trouve magnifiquement isolée au milieu d’un parc entouré par la mer, dominant une butte herbeuse de 57 m battue par les vents. Stationnant en avant du parc, j’enfile anorak et chapka pour me lancer dans le vent et la pluie qui fouette, et gagner la base de la tour, Mais le mauvais temps a fait interrompre les visite, j’arrive deux heures trop tard et en serai quitte pour un bon bol d’air avant de reprendre la route !


Le GPS me guide cette fois sans encombre pour rattraper l’autoroute d’accès puis enfiler ensuite l’autovia A6 E70 à l’intérieur des terres. Il pleut et il vente, au moins au volant je suis à l’abri et au chaud. Je surveille du coin de l’oeil le compteur de Coulomb nouvellement installé qui me permet de suivre très précisément la recharge de la batterie. Je remarque encore la faiblesse de l’ampérage fourni par l’alternateur (autour de 10 A), particulièrement évident aujourd’hui où la contribution des panneaux solaires est quasiment nulle. La route file, le soir descend, je bifurque vers la nord sur la A8 près de Vilalba et vers 19:30, finit par rattraper la côte une vingtaine de km avant Ribadeo.

Fatigué par mes marches et par le temps froid, je sors dès que possible pour aller chercher un bivouac paisible près du rivage dans le village de Rinlo, à l’écart d e l’autoroute et du chemin de fer, mais dans les rafales de vent et de pluie qui souffle en tempête. Souper, journal, message en réponse à Olivier qui désespère de voir le bout de ses travaux  et transfert des photos, je me hisse dans ma couchette à 23:30.


17 393     Mercredi 23 javier 2018 : de RINLO à PUENTE LA REINA DE JACA (628 km)


Nuit des plus silencieuses sur la place/rue déserte de mon hameau, n’était-ce les rafales du vent qui fouette de pluie le toit de l’Exsis, et la rumeur profonde de l’océan à quelques centaines de mètres. Lever dans la nuit vers 8:00 pour décoller à 9:00, direction Est. (où il ne fera pas meilleur selon la carte météo Ventursky…).

Coup d’œil au coulombmètre : batterie à 76%, il lui faudra près de 2h30 de route pour atteindre le 100%, compte tenu du faible (0,6A !) rendement des PV. Curieusement ce 100% s’affiche sous 13,6, V, puis le voltage continue de monter tandis que l’ampérage décroit pendant une bonne demi-heure, jusqu’à décrocher complètement après une brève apparition du 14,3 V (ampérage à moins d’1 A). Il faudra que je continue à investiguer le fonctionnement de cet alternateur… ou de son contrôleur.

Je roule sans arrêt sinon pour m’arrêter une première fois pour prendre du GO (1,09 €/l, pas mal) puis 2 h plus tard pour me faire un café. Je consulte aussi les cartes et vu le temps pourri qui ne fait que s’accentuer (pluie, brume, vent…) et me fera à peine apercevoir les Picos de Europa dont les haut disparaissent dans les nuages, je décide de rentrer directement en France direction Vence comme annoncé hier à Olivier, mais en faisant un détour vers Muret pour voir Sophie et consorts. J’éviterai la zone de San Sebastian et Bayonne, de bien mauvaise mémoire,  emprunterai le tunnel de Bielsa pour éviter (en autant que faire se peut !) des aléas neigeux dans le franchissement des Pyrénées. Je poursuis donc, dépasse Oviedo et m’arrête vers 13:00 pour un solide déjeuner : salade composée (+ pomme et reste de fois de morue), poisson blanc sauce citron sur son lit de riz, et compote de pommes accompagnés de quelques galettes bretonne… Rassasié, je reprends ma route à 14:00 après avoir appelé Monique, puis Sophie à Muret, avec laquelle je prends rendez-vous pour demain soir.

Ensuite je roule sans m’arrêter jusqu’à Bilbao où je refais le plein sur une station affichant le litre de GO à 1,089 € !  Je repars aussitôt, les kilomètres continuent de défiler, vers Vitoria-Gasteiz, puis Pamplona, la plupart du temps en autovia très rapide, sinon sur quelques tronçons de nationale excellente, le «doublage» étant en autopista  à péage. À Pamplona je tâche de trouver du GPL, sans succès; je continue alors sur l’Autoroute des Pyrénées, qui me permet de filer vers Jaca dont j’ai fait mon objectif pour ce soir. 
À partir de là demain je monterai plein nord pour passer en France par le Col  du Somport (le tunnel plutôt !), la route A 138 menant à Bielsa semblant coupée par des congères à plusieurs endroits.

Le temps passe, la nuit tombe, aussi à 19:00, fatigué par cette longue route et ce temps pourri, je préfère m’arrêter sur une place au centre du village de Puente la Reina de Jaca, d’où je compte décoller tôt demain matin. La pluie qui n’a pas cessé de la journée se poursuit, je soupe rapidement, jette ces quelques lignes et me couche, après avoir recueilli sur les sites officiels d’inforoute le maximum d’info. En souhaitant qu’elles soient fiables !


18 021     Jeudi 24 janvier 2019

Suite : de JACA à L'HOPIDALETTI (France)
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