Hiver et printemps 2005

France – Espagne - Maroc

9. Au Maroc


Monique et Jean-Paul MOUREZ
à bord de l’Aigle


Photos de cette page en pleine grandeur ou en diaporama sur Google Photo :
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146 834    Vendredi 4 mars 2005 : de TAGHAZOUTE à DIABAT (ESSAOUIRA) (178 km)

À 7:15 on frappe à la porte : c’est le livreur de pain qui nous réveille et insiste devant notre refus de répondre… Un peu plus tard, c’est un « gardien » jamais vu auparavant qui vient réclamer son obole… Décidément l’isolement n’empêche pas les gêneurs, bien au contraire ! Après quelques mots avec nos plus proches voisins arlésiens qui découvrent le Maroc, nous levons le camp vers 11:00 en négociant sans trop de difficultés la piste boueuse et grasse qui serpente dans la garrigue, pleine de flaques, de trous et de bosses. L’Aigle chasse sans cesse de l’arrière et manque plusieurs fois de rester pris, mais nous réussissons à gagner l’asphalte sans autres dommages qu’une épaisse couche de boue rouge sur la carrosserie qui vient s’ajouter aux éclaboussures d’hier…

Adieu Taghazoute !

Adieu Taghazoute !

Monique

Camp de surfers d'Aghroude
Camp de surfers d'Aghroude

La route côtière serpente à flanc de colline en offrant à presque tous les virages des vues panoramiques sur l’océan. Nous traversons Taghazoute, puis Aghroude où un groupe de surfeurs en fourgons s’est installé sur un  terre-plein en dessous d’un virage. Dans les anses, des barques de pêcheurs peintes en bleu vif sont tirées à l’ombre des palmier. Une large et profonde tranchée suit la chaussée, dans laquelle des petits groupes d’ouvrier enfouisse un gros conduit destiné à fournir l’eau potable aux ksours et villages de la côte : prélude au probable « développement » touristique de cette riviera superbe et encore presque totalement déserte… Nous contournons le Cap Rhir et passons la petite ville de Tamri qui abrite ses bananeraies bien à l’abri derrière l’estuaire de son oued.

Tamri et sa bananeraie
Tamri et sa bananeraie abritée derrière l'estuaire de son oued

Puis la route grimpe vivement dans la montagne par quelques rudes lacets sous un ciel qui brusquement s’assombrit.

Une pluie battante nous attend lorsque nous entamons un détour vers le port de pêche d’Imssouane, mais l’ondée se calme lorsque, tout en bas de la forte pente, nous découvrons un « cadeau » du Japon au Maroc : les pauvres gourbis de la plupart des pêcheurs ont été remplacés par des petits logements encadrant une grande place très architecturée, et un lotissement encore désert attend les futurs amateurs d’« estivage » au-dessus de la plage.

Nouveau port d'Imssouane
Nouveau port de pêche d'Imssouane
Plage et cabanes de pêcheurs
Plage d'Imssouane devant les anciennes cabanes de pêcheurs

Voilà une planification bien inhabituelle dans ce pays certes plein d’atouts, mais où l’improvisation et le laisser-aller semblent trop souvent la règle… Piquenique devant la mer et sous l’ondée, avant de remonter tout en haut de la falaise pour un dernier coup d’œil sur le site maintenant ensoleillé.

Site d'Imssouane depuis le haut de la falaise
Site d'Imssouane depuis le haut de la falaise

La route s’éloigne ensuite vers l’intérieur, dans des paysages vallonnés où les collines de cailloutis roses sont piquetées d’arganiers au tronc torturé, tandis que les creux ou les zones plus humides abritent des champs d’orge verts et touffus. Arrêt quelques minutes à Tamanar, le temps pour Monique de visiter une autre coopérative féminine d’extraction d’huile d’argane (patronnée par des Canadiens), de troquer un chandail contre une assiette émaillée dans une boutique voisine, puis de passer quelques coups de fil à Abdallah (à Bouazza) et à Juliette (sans succès). Nous finissons par acheter beaucoup moins cher notre litre d’huile odorante un peu plus loin à l’un des nombreux petits kiosques improvisés en bord de route. Celle-ci se poursuit par monts et par vaux, en dévoilant l’immense peuplement d’arganiers qui occupe les pentes de la région. La fréquence des virages et des villages ralentit notre train sur une chaussée par ailleurs assez bonne.

Il est 17:45 lorsqu’enfin nous voici en vue d’Essaouira. Renonçant à entrer immédiatement « en ville », nous restons sur la rive sud de l’oued Ksob et gagnons, par une mauvaise petite route, le hameau de Diabat.

Nous installons notre bivouac sur une vaste esplanade en compagnie d’un fourgon hollandais. De notre observatoire, large vue sur les dunes du Cap Sim à nos pieds, la baie de Mogador et ses îles, et la ville d’Essaouira dont on devine les portes, les remparts et les skalas, les maisons blanches et les camping-cars entassés dans le camping en bord de plage… Ici c'est la paix, le silence, et l’espace sur 270 ° ! Bivouac à Diabat en vue d'Essaouira
Bivouac à Diabat en vue d'Essaouira


147 012    Samedi 5 mars 2005 : de DIABAT à JAMAAT ISHAK

Ciel serein et clair au réveil, dû sans doute au grand vent froid du Nord qui nous suivra toute la journée. Après un coup d’œil au superbe panorama circulaire sur les îles de Mogador et sur les murs blancs de la médina d’Essaouira au loin, nous retournons en arrière pour aller visiter au bout d’un km de chemin défoncé à travers des champs d’arganiers Dar El Baz, la maison du peintre et artisan souari Boujemah Lakhdar. 

Le gardien vient gentiment et avec le sourire nous ouvrir les porte de ce petit monde enchanté que l’on découvre avec délice : jardin miniature empli de sculptures rustiques animalières fantaisistes (crocodile, sanglier, four-dromadaire…).

Dar El Baz la cour
Dans la cour de Dar El Baz

Dar El Baz
Dar El Baz

Dar El Baz

Dar el Baz
Créations de Boujemah Lakhdar

La petite cour joliment décorée ouvre de la même façon les portes du rêve avec ses objets quotidiens peints et détournés de leur fonction première. Dans la pièce semi-circulaire qui a dû servir de salon, plusieurs peintures, sculptures et modelage témoignent de la fantaisie créatrice de l’artiste, ainsi que de son vif sens de l’humour.

Dar El Baz
Monique et le sympathique gardien de Dar El Baz

Nous prenons ensuite la petite route étroite mais en assez bon état qui nous emmène à la plage de Sidi Kaouki.

Sidi-Kaouki
Chameaux devant la plage de Sidi Kaouki

Le long de son immense étendue de sable fin et blond, très peu de constructions (jusqu’à présent…). À l’ombre de la  silhouette pittoresque du marabout de Sidi Kaouki on vient de loin méditer dans le plus grand calme lorsqu’on « a un problème ». Une petite promenade sur la route côtière, le long du rivage désert et au milieu des arganiers, alimente la fantaisie de s’installer dans ce site superbe et encore vierge…

Zaouia de Sidi-Kaouki

Zaouia de Sidi Kaouki

Zaouia de Sidi-Kaouki


À la poissonnerie devant le port
À la poissonnerie devant le port d'Essaouira
Nous revenons vers le nord et vers Essaouira pour un déjeuner de poisson grillé à la terrasse de l’une des gargotes en plein air serrées les uns contre les autres dans un jardin joliment aménagé près du port.

Puis tour sur le chantier naval où l’on répare chalutiers et barques de pêche. Chantier naval d'Essaouira
Dans le chantier naval d'Essaouira

Le sommeil du Juste
Le repos du Pêcheur, ou le sommeil du Juste ?

Charpentier au travail
Charpentier naval au travail

Le port de pêche
Les barques entassées dans le port

 La skala du port
 La skala (batterie) du port

La porte de la Marine donnant accès à la ville
La porte de la Marine donnant accès à la ville

Nous entrons enfin dans la vieille ville par la Porte de la Marine et suivons la ruelle étroite coincée entre rempart et maisons : elle abrite de nombreux magasins de souvenirs, articles taillés dans le thuya, tapis, tissages, bijoux, peintures et aquarelles, céramiques, etc.

Rue commercante sous galerie
Rue commerçante sous galerie

Monique dégotte au fond d’une ruelle la pension qu’elle voulait visiter : Dar Loulema.  Porte de Dar Loulema

Palier de Dar Loulema
Palier du patio de Dar Loulema
On nous en ouvre aimablement la porte, nous demandons à voir les chambres en vue d’un éventuel séjour, on nous fait parcourir les 3 étages autour de la petite cour toute blanche : charmant escalier pavé de briques claires, chambres décorées avec un extrême raffinement, terrasses fleuries où il doit être bon de prendre le petit-déjeuner et de rêver.

Artisan ébéniste d'Essaouira
Incrustation de citronnier dans un plateau de thuya
Suite de la ruelle le long du rempart. La visite de l’atelier de la coopérative de thuya, puis du magasin se solde par l'achat d’un classe-lettres pour Juliette... 

Le long du rempart d'Essouira
Le long du rempart d'Essouira, vers la Skala de la ville

Petit tour sur le Skala de la Ville garnie de canons derrière sa muraille dominant la baie et les iles.

Essaouira-skala-de-la-ville
Terrasse de la Skala de la ville et bastion nord

Essaouira la baie depuis la Skala de la ville
Essaouira : la baie et les îles depuis le bastion nord, sur la Skala de la ville

Essaouira-rue-du-mellah
Ruelle du mellah d'Essaouira
Entrant chez un courtier immobilier, celui-ci nous fait visiter un appartement de l’ancien mellah en cours de restauration; le logement est très décevant (exigu, mal éclairé et ventilé) pour le prix (50 000 €).

Monique magasine rue de l'Istiqlal

Fruits séchés et olives rue de l’Istiqlal

Marchand d'olives rue de l'Istiqlal

Rue de l'Istiqlal
Vendeur ambulant de salade  sur la rue de l’Istiqlal très fréquentée

Retour à l’Aigle en magasinant sur la rue de l’Istiqlal puis par la rue Oqba Ibn Nafia pour sortir par Bab El Minzah… Monique y achète un CD de musique arabe populaire (piraté bien entendu…) pour 10 DHM. Le vent très froid finit par me faire attraper le rhume.

En soirée départ vers Safi par la  côte après plein d’essence et d’eau à la station service. Nous empruntons la petite route côtière, désertique et enténébrée, sur laquelle il nous est impossible de découvrir un bivouac avant une cinquantaine de km. Conduire de nuit dans un tel environnement au Maroc relève de la gageure, comme nous nous en rendons compte en rencontrant des vaches errant sur la route… Nous arrêtons donc dans le premier village rencontré, sur un espace sombre et boueux perpendiculaire à la route. Souper puis coucher immédiat.


147 143    Dimanche 6 mars 2005 : de JAMAAT ISHAK à OUALIDIA (141 km)

Souk-Aame-bivouac-impromptu
Jamaat Ishak : bivouac impromptu près du souk...
Je dors plutôt mal, fort incommodé par le rhume qui m’empêche de respirer convenablement, et sans cesse réveillé par les aboiements d’une bande de chiens, l’appel du muezzin vers 6:00 et le passage de quelques camions sur la route juste derrière nous.

Au matin, le ciel est dégagé, le vent du nord a faibli, et nous nous découvrons environnés par les badauds du petit souk du dimanche dont nous avons choisi l’emplacement par ignorance ! 

Inutile de dire la surprise des autochtones lorsque je sors du camion pour prendre une photo du bivouac… Impossible d’obtenir en français notre localisation, je dois aller me faire préciser par la pharmacienne (de garde…) le nom du village: Jamaat Ishak, pas même inscrit sur la carte Michelin, à peu près à mi-chemin entre Essaouira et Safi

La route quasi déserte et proche de la mer se poursuit, sans trop de circulation non plus. Cela nous donne tout le loisir d’admirer le paysage : champs entourés de murets de pierre, les plus souvent plantés de céréales vert tendre, garrigue où paissent quelques moutons ou même quelques rares vaches à la garde d’un berger nonchalant, et surtout océan bleu vert dont nous séparent des plages magnifiques ou des falaises du haut desquelles la vue se dégage au loin sur la côte. La Casbah Hamidouch, signalée dans le guide et aperçue au sommet d’une colline, nous paraît trop informe pour valoir un arrêt.

La plage de
        Souira Kedima
La plage de Souira Kedima et son ribat

Piquenique devant la plage de Soira Kedima
Piquenique devant la plage de Souara Kedima

En revanche nous faisons le détour vers l’immense plage de Souira Kédima au bord de laquelle nous nous douchons et déjeunons dans une solitude presque absolue : les lotissements sont encore largement vacants, et la plupart des maisons terminées ne sont occupées qu’en été. Le sable blond et fin s’étend profondément avec seulement quelques galets plats et arrondis ça et là, les rouleaux se brisent sur une frange de récifs à 500 m au large, bref un potentiel touristique étonnant, et si peu de visiteurs… Tant mieux, et pourvu que ça dure, mais le Maroc vend donc bien peu ses ressources si recherchées par les Européens !

Porte
        du ribat de Souira Kedima
Tour d'angle et porte du ribat de Souira Kedima

Ribat et plage
Le ribat et la plage en regardant vers le sud
À l’extrémité nord de la plage, on aperçoit l’ancien ribat (monastère musulman fortifié) converti en fort par les Portugais. Une bonne hauteur des murailles a été conservée, comme je le constate en les contournant à partir du petit port de pêche accessible à la sortie du village touristique,  mais il ne reste plus rien de ses aménagements intérieurs.

Quant au village des pêcheurs, il a l’air assez bien organisé (logement collectif en rangées de petits logements accolés) mais quelle saleté et quel désordre ! Les déchets et emballages ménagers, les lambeaux de filets déchirés et autres épaves traînent un peu partout sur le sable, comme s’il n’existait pas d’espace prévu pour les ordures (ou alors ils ne sont pas utilisés) et presque tout l’entourage du fort semble une décharge à ciel ouvert...

Falaises-en-allant-vers-Safi
Falaises en allant vers Safi

Nous reprenons la route côtière qui longe bientôt une frange de falaises. La route les gravit en offrant une vue étendue sur la côte en arrière et continue de les suivre jusqu’à Safi.

Au loin
        Safi et ses usines
Au loin Safi et ses usines (chimiques, conserveries...)

La ville s’annonce par un grand complexe industriel traitant les phosphates (pollution ++) puis par sa ville moderne où nous nous égarons un peu. C’est l’occasion de constater encore une fois la pauvreté, le désordre et la saleté dans lesquels vit une grande partie de la populations marocaine, dans une ville pourtant relativement récente et pourvue d’industries (conserverie en particulier). Nous ne nous attardons pas dans la médina entourée de murailles en fort bel état, et gagnons plutôt le quartier des potiers un peu au dessus, après avoir admiré le panorama sur la ville et son port depuis le haut du cimetière.

Safi depuis le cimetière
Safi, ses murailles et son Château de la Mer (Ksar El Bahr) depuis le cimetière

Je reste dans l’Aigle à me reposer en faisant une copie lisible des disques de musique locale achetés hier à Essaouira (ce sont des pirates mal gravés dont le lecteur du bord n’arrive pas à lire plus de la moitié des pistes…) tandis que Monique va faire quelques achats dans les boutiques près des fours. Safi-colline-des-potiers
Safi : la colline des potiers, ses boutiques et ses fours

Le port de Safi depuis le marabout de Sidi Bouzid
Le port de Safi depuis le marabout de Sidi Bouzid
L’après-midi est bien avancé lorsque nous repartons vers le nord en allant admirer un autre point de vue sur la ville depuis le marabout de Sidi Bouzid.

Falaises-cotieres-au-nord-de-Safi
Falaises côtières au nord de Safi

En
      passant sous le phare du Cap Bedouza
En passant  sous le phare du Cap Bedouza

Piquenique rapide, puis suite de la route panoramique qui offre encore quelques belles vues sur les falaises bordant le rivage, avant qu’elle longe,  accrochée à mi-hauteur au-dessus de la mer, une terrasse intensivement cultivée par des maraîchers. Avec ses serres et ses petites parcelles, elle forme comme un jardin suspendu très fertile et humide au-dessus de l’océan.
Maraichage sur la terrasse côtière de l'Atlantique
Maraichage sur la terrasse côtière au-dessus de l'Atlantique

Le soir descend lorsque nous atteignons la station balnéaire de Oualidia dont les plages, les hôtels et les restaurants entourent la lagune bien protégée. Monique fait quelques téléphones depuis une cabine devant la plage, puis nous trouvons une rue tranquille et abritée tout au bout du village de vacances déserté et allons y bivouaquer en compagnie de deux autres fourgons français. Le vent est nettement moins froid qu’hier mais toujours présent.


147 284    Lundi 7 mars 2005 : de OUALIDIA à BOUAZZA (181 km)

Bivouac devant la plage de Oualidia
Bivouac devant la plage de Oualidia
Le vent frais a soufflé toute la nuit, mais la tranquillité exceptionnelle des lieux nous garde au lit jusque passé 9:30.

Je vais faire un tour sur la plage juste devant nous, flâne un peu parmi les barques de pêche roses et vertes tirées sur le sable qui forment un joli tableau, puis autour de la lagune dont un large ruban de sable blond encadre les eaux paisibles.

Barques sur la plage de Oualidia

Barques sur la la plage de Oualidia

Barques de pêche sur la plage de Oualidia

Barques
        sur la la plage de Oualidia

 Monique-deguste-ses-huitres
Monique déguste ses huitres de Oualidia
Pendant ce temps Monique commande auprès d’un pêcheur une douzaine d’huîtres qu’il ouvre devant elle et qui lui tiendront lieu de déjeuner.  Délicieuses, paraît-il…

Oualidia : les rochers bordant la plage
Oualidia : les rochers bordant la plage

La lagune abritée de Oualidia
La lagune abritée de Oualidia

Puis nous reprenons la route vers le nord, toujours en empruntant la route côtière. Elle longe encore une large plate-forme suspendue à mi-hauteur entre le rivage et le haut de la falaise sur laquelle est tracée la chaussée.  Elle offre le paysage renouvelé de riches cultures maraîchères puis de marais salants qui s’élargissent au niveau de la lagune de Sidi Moussa, peuplée d’oiseaux migrateurs un peu plus tard en saison. Nous arrivons enfin dans les faubourgs populeux d’El Jadida, l’ex-Mazagan portugaise, précédés des vastes installations industrielles et portuaires de Jorf Lasfar avant tout destinées à l’exportation des phosphates. Encore une fois poussière, fumée et autres pollutions que nous traversons au plus vite pour aller faire un tour dans la petite station balnéaire de Sidi Bouzid. Derrière une urbanisation de taille raisonnable, sa superbe plage de sable doré s’étend presque à l’infini… Décidément le Maroc tient là une extraordinaire ressource qu’il semble enfin commencer à exploiter sérieusement, à voir les nombreuses constructions qui, ici comme sur toute la côte, poussent à toute allure et dans un certain désordre.

De la ville populaire d’El Jadida (partie sud de l’agglomération) dans laquelle nous nous égarons un peu, pas grand chose à dire sinon qu’encore une fois nous sommes frappés par la pauvreté, la saleté, l’état vétuste de la voirie et des habitations dans lesquelles une population très jeune exprime malgré tout dynamisme, gaieté et joie de vivre.

C’est évidemment la vieille cité portugaise bien enclose dans ses murs de pierres roses qui nous attire le plus. Nous allons d’abord en admirer les remparts côté mer depuis la jetée protégeant l'entrée du port de pêche.

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L'Aigle sous le bastion St-Antoine (angle ouest) maintenant dans les terres

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El-Jadida : rempart Est de la cité portugaise depuis la jetée



Les hauts murs et les bastions du XVIème reconstruits au XVIIIème (El Jadida = La Nouvelle, après le départ des Portugais qui avait tout miné et fait sauter avant d’abandonner la ville) ont grande allure.
Stationnant ensuite sur la grande place côté terre (pl. Sidi-Mohammed-ben-Abdallah), nous franchissons la porte percée au centre de la muraille et parcourons la rue principale (Mohammed-al-Hachmi-Bahbah). L’église de l’Assomption est désaffectée et sa porte condamnée, mais il reste plusieurs façades datant de l’occupation française, voire de l’époque portugaise (pilastres et balcons de fer forgé…). porte-dans-la-muraille-cote-terre
Porte dans la muraille côté terre (sud) ; les Français ont comblé le fossé sud-ouest début  XXème. Au dessus du mur, le clocher de Sao Antonio et le minaret de la mosquée

En revanche la plupart des maisons dont nous nous attendions à voir les façades rénovées suite à nos observations il y a 16 ans se sont depuis à nouveau dégradées, et dans l’ensemble la balade est décevante, tant les lieux qui pourraient être pleins de charme dans la grande lumière maritime du Sud sont au contraire mal mis en valeur, négligés ou carrément sales. De plus l’insistance des quelques marchands d’artisanat et de souvenirs qui assiègent le touriste le long de la grande rue me dérange et m’incite à gagner rapidement la rampe donnant accès au chemin de ronde au-dessus de la Porta de Mar. Jolie vue sur la voûte en plein cintre fermée d’une grille par laquelle les Portugais évacuèrent la ville assiégée en 1769.

bastion-San-Sebastian-depuis-bastion-de-l'Ange
Le bastion et l'église San-Sebastian  (au Nord) depuis le Bastion de l'Ange

El-Jadida : Porta de Mar et remparts
El-Jadida : Porta de Mar et remparts Est depuis le bastion de l'Ange

Nous poussons jusqu’au bastion de San Sebastian qui offre une belle vue sur le rempart sud, avant de revenir vers le bastion de l’Ange, de loin le mieux conservé, d’où la vue sur la mer, le port et la ville est la plus belle. Jolie vue également depuis le rempart sud sur le bassin du petit port et sur la darse où plusieurs bateaux de pêche en bois typiques de la région sont en réfection.

El-Jadida : la darse portugaise & le bastion de l'Ange
El Jadida : la darse portugaise & le bastion de l'Ange depuis celui du St-Esprit (Sud)

En revenant vers la Porta de Mar et en reprenant la rue principale nous visitons la fameuse citerne portugaise dont les portes sont maintenant ouvertes.

Découverte fortuitement au début du XXème siècle, « cette vaste salle souterraine et voûtée faisait partie du château fort construit en 1514. Elle servit probablement de salle d’armes avant d’être utilisée comme réserve d’eau. Sur un plan carré de 34 m de côté, elle comporte 6 nefs dont les voûtes d’arête reposent sur 25 colonnes et piliers. La travée centrale est percée d’un large oculus par où se déverse la lumière du jour et qui produit, par réflexion sur la mince nappe d’eau conservée volontairement dans le fond de la citerne, un surprenant effet de miroir imprégnant les lieux d’une étrange atmosphère…» (Guide Vert). El Jadida : la citerne portugaise
El Jadida : la citerne portugaise

Nous y flânons un bon moment en tâchant d’ignorer le commentaire bavard et répétitif du « guide » qui s’est imposé à nous dès notre entrée dans la salle (bien que nous ayons choisi la visite libre). Effectivement les vieilles pierres imprégnées d’histoire entraînent dans le monde de la fantaisie, tandis que l’œil se perd dans les jeux des lignes qui s’entrecroisent en clair obscur sur les parois.

Après cette belle expérience esthétique, les derniers coups d’œil sur la vieille ville ne font que confirmer l’urgence d’une restauration majeure pour lui redonner un peu de son lustre passé. Nous rembarquons dans l’Aigle pour gagner la grande plage au nord de la ville, au bord de la ville moderne beaucoup plus européenne d’allure, où nous pique-niquons devant la mer encore grosse aujourd’hui.

Nous poursuivons la route côtière vers le nord dans une campagne de plus en plus richement cultivée, où de vastes champs verts encadrent une chaussée de plus en plus confortable.

Azemmour-depuis-le-pont-sur-l'Oum-er-Bia
En passant Azemmour nous allons admirer murailles, bastion et vue sur l’oued Oum r'Bia depuis le pont de l’ancienne route.

Bastion
        des remparts d'Azemmour
Bastion d'angle dans les remparts d'Azemmour

Azemmour-porte-et-rempart-au-crapuscule
Porte et rempart d'Azemmour au crépuscule

Nous ne sommes plus loin de Dar Bouazza où nous voulons dormir ce soir. Devant l’entrée de la longue allée menant à la casbah Dar Bouazza, Monique émue demande à ce que nous nous y engagions pour monter sur la colline.

Bouazza : troupeau sur le chemin montant à la casbah
Bouazza : au crépuscule, troupeau sur le chemin montant à la casbah

Au bout du chemin cahoteux, elle engage conversation avec la famille d’ouvriers agricoles qui loge au pied de la muraille. Puis le propriétaire alerté entrouvre la grosse porte d’acier, Monique se présente comme la petite-fille de l’ancien propriétaire des lieux, son successeur nous invite très aimablement à visiter… Nous n’osons pas déranger sa famille à cette heure tardive mais acceptons avec gratitude son invitation pour le lendemain.

Descente par un chemin rural à travers champs jusqu’à la côte et arrivée enfin devant l’épicerie et la maison des A. T. qui nous accueillent avec chaleur et enthousiasme. Nous partageons un copieux et joyeux souper avec eux avant d’aller dormir - fort tard - dans notre Aigle garé «en sécurité» dans le champ derrière la maison.

Bouazza : bivouac dans le champ derrière la maison
Bouazza : bivouac dans le champ derrière la maison


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