Sabbatique 1988-89

Juliette, Mathieu, Monique et Jean-Paul MOUREZ
à bord de leur Pilote 470


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https://photos.app.goo.gl/W7h8sStiHSbksBFy7

 Traversée de la Baltique,
Stockholm et l'arrière-pays suédois



Dimanche 18 septembre 1988 : de NAANTALI à BERGSHAMRA (SUEDE)

Cette fois-ci nous nous levons tôt (7:30 !) pour embarquer sur le ferry après une nuit des plus tranquilles. L'énorme navire quitte le quai à 10:00 et nous serpentons lentement durant deux heures entre les îles et îlots rocheux de l'archipel jusqu'à la pleine mer.

Sur la
              Baltiquwe
Îlot sur la Baltique
Au large, les flots sont calmes avec une légère houle. Les autres ferry de Turku et de la compagnie concurrente Sijlna se suivent et se doublent pendant cinq heures jusqu'aux îles Marianhamina. Nous sommes dans la partie soit-disant la plus agréable de la Baltique, pourtant qu'elle nous parait dure et grise... Une courte escale pour embarquer les touristes du week-end, et l'on repart pour encore une heure trente d'une traversée qui nous aura paru interminable et monotone.

Nous roulons un peu pour reprendre contact avec la terre après ces huit heures et demie d'eau froide et plate. Cette région de la Suède où nous avons abordé nous apparait plutôt douce et riante, légèrement vallonnée, avec des alternances de boisés, de prairies et de champs cultivés, le tout dans des couleurs d'automne débutant. Empruntant un petit chemin de traverse sur la route de Stockholm, nous allons dormir au bord d'un étang, sur le stationnement d'une baignade maintenant fermée.


Lundi 19 septembre 1988 : de BERGSHAMRA à STOCKHOLM

S'il a fait un peu frais cette nuit - serait-ce déjà la fin de l'été ? - le ciel dégagé nous promet une autre belle journée rayonnante ajourd'hui. A peine en route dans notre agréable campagne, nous nous arrêtons dans la petite ville d'Akerberga. Les constructions basses sont aérées et modernes, l'ambiance sympathique et chaleureuse. Nous tentons - vainement - de retirer de l'argent avec notre carte Master-Card et Monique cherche remède à des démangeaisons et éruptions persistantes auprès d'une pharmacienne francophone. Abordant sans tarder la grande banlieue fort agréable de Stockholm, nous arrivons bientôt dans la capitale suédoise.
 
Centre de Stockholm vu du ciel
Centre de Stockholm vu du ciel
Centre de Stockholm
Centre de Stockholm
Nous nous dirigeons aussitôt vers le Tourist Information où, surprise, l'accueil est non seulement très courtois, mais en français ! Je ne suis pas fâché d'abandonner un peu mon anglais laborieux. On nous indique rapidement notre banque correspondante qui se trouve dans le quartier d'affaires près du quai. Nous en revenons en suivant le bord de l'eau; cette grande ville nous charme tout de suite : bien que très active, elle semble avoir conservé un rythme et un "visage" humain. Les immeubles, de styles et d'époques très disparates, affichent un air cossu et soigné, les rues sont propres sans être austères, les gens prennent le temps de respirer, de sourire et de parler dans des parcs et des jardins qui abondent.
Les vieux quais de Stockholm
Les vieux quais de Stockholm

Mathieu et Juliette ne manquent pas de repérer dans un immense magasin de jouets une exposition du Lego World Show consacrée aux grandes explorations. Nous allons y faire un tour puis, après avoir un peu flâné dans le centre moderne de la ville, nous nous consacrons à la corvée du blanchissage des trois dernières semaines. Le lavage dans une buanderie automatique nous occupe jusque vers 18:00. Nous décidons alors de nous aérer un peu en montant voir le panorama sur la ville depuis le sommet de la tour de Kaknës (128 mètres). Nous nous rendons jusqu'à sa base mais, affamés, nous commençons par souper sur le terre-plein. Lorsque la vaisselle est terminée, il fait trop sombre et nous ne pensons plus qu'à nous coucher... Nous choisissons le stationnement du Musée Maritime comme point de chute et y trouverons une paix idéale durant nos trois nuits à Stockholm.


Mardi 20 septembre 1988:STOCKHOLM
Nous retournons dans le centre; après un moment passé au Tourist Inform pour réserver un tour de ville en bus (auquel nous renonçons vu le coût), nous marchons vers la Maison de la Culture, puis dans les rues commerçantes en arrière où j'achète une autre cassette vidéo 8 à 32.00 $ ! Nous nous rendons jusqu'au Design Centre, fort décevant (aucune exposition matérielle, seulement quelques bleus d'architecte), puis rentrons déjeuner au camping-car sur le quai. 
Stockholm : les quais du centre ville
Stockholm : les quais du centre ville

Je suis alors abordé par le Délégué commercial du Québec qui a vu nos couleurs fièrement arborées sur le camion et m'invite à aller rencontrer le personnel de la Délégation... Nous y passons et y demeurons un bon moment à discuter avec la secrétaire qui nous accueille fort gentiment. Cadeaux d'affiches, d'écussons... mais le Délégué est en dîner d'affaire et nous ne pourrons l'attendre plus longtemps.

Le vieux
      Stockholm (Gamla Stan) vu du ciel
Le vieux Stockholm (Gamla Stan) vu du ciel


Stockholm :
        la place au centre de Gamla Stan
Stockholm : la place au centre de Gamla Stan


Stockholm : le Palais royal
Stockholm : le Palais royal


Stockholm : visite du Palais royal

En route pour la vieille ville Gamla Stan où nous sommes d'abord attirés par le Palais Royal; nous y visitons l'"Armoirie Royale", installée dans les anciennes écuries des souverains. On y expose un ensemble de carrosses richissimes, d'armures et de souvenirs royaux comme la chemise tachée de sang d'un roi de Suède tué à la tête de ses troupes.

Armoirie de Stockholm : cheval blanc à la
                  crinière tressée
Armoirie de Stockholm : cheval blanc à la crinière tressée
Armoirie de Stockholm : attelage de carrosse
 Armoirie de Stockholm : attelage de carrosse

Armoirie de Stockholm : armure de G.Vasa
Armoirie de Stockholm : armure de Gustav Vasa

Armoirie de Stockholm : armure de tournoi
Armoirie de Stockholm : armure de tournoi

On peut aussi y admirer les plus belles pièces de la garde-robe des anciens Rois de Suède. Spectacle moyennement impressionnant...

Armoirie de Stockholm : costume du couronnement
Armoirie de Stockholm : costume du couronnement
Stockholm : la reine Sylvia et le Prince consort
Stockholm : la reine Sylvia et le Prince consort

Puis nous faisons le tour de la Storkirkan, superbe église royale où ont lieu les couronnments mais qui ferme quelques minutes plus tard...

Stockholm : couronnmement de la reine Sylvia dans
                la Storkirkan
Stockholm : mariage de la reine Sylvia dans la Storkirkan
Stockholm : la veillie ville et Storkirkan
Stockholm : la veillie ville et Storkirkan
Stockholm : banc royal dans la Storkirkan
Stockholm : banc royal dans  la Storkirkan
Stockholm : St Georges et le dragon dans la
                Storkirkan
Stockholm  : St Georges et le dragon dans la Storkirkan
Stockholm : place dans Gamla Stan
Stockholm : place dans Gamla Stan

Nous poursuivons par une promenade à pied dans le vieux quartier joliment restauré. Il est plein d'antiquaires spécialisés très attirants, mais hélas fort chers (petits vases modern style, accastillages de vieux bateaux à voile...). Nous rentrons fourbus au camping-car où nous soupons avant d'aller nous installer pour la nuit sur notre stationnement préféré.


Mercredi 21 septembre 1988 : STOCKHOLM
A 10:00 nous sommes devant l'Hôtel de Ville, une énorme bâtisse datant de 1903, très monumentale, où se multiplient salles de réceptions et d'apparat au riche décor. C'est là qu'ont lieu en présence de la Reine les cérémonies de la remise des prix Nobel. Elles sont suivies d'un grand banquet réunissant plus de 1 000 convives dans un immense hall avec galerie où jouent des musiciens... Décidément ces bourgeois suédois savent vivre...
Stockholm : le Stadhus (hôtel de ville)
Stockholm : le Stadhus (hôtel de ville)

Stockholm : la Salle d'Or du Stadhus
Stockholm : la Salle d'Or du Stadhus
Stockholm : silhouette du Stadhus au coucher du
                  soleil
Stockholm : silhouette du Stadhus au coucher du soleil
Stockholm : décor du Stadhus représentant la
                  pêche
Stockholm : dÉcor du Stadhus représentant la pêche
Stockholm : le grand hall bleu du Stadhus
Stockholm : le grand hall bleu du Stadhus, là où sont remis les Prix Nobel

Stockholm : le Stadhus
Stockholm : le Stadhus

Nous rencontrons pendant notre visite 3 jeunes Québécois très sympathiques auxquels nous offrons un passage jusqu'au palais de Drottningholm. Nous voilà donc partis pour la résidence d'été de la famille royale de Suède qui se trouve à une vingtaine de kilomètres du centre-ville, dans un grand parc avec pièces d'eau et dépendances. Le théâtre de bois est tout-à-fait authentique, avec ses décors et sa machinerie du XVIIIème (que nous ne verrons malheureusement pas). Le château en revanche nous laisse avec une impression de toc, genre "petit prince du Nord qui veut en mettre plein la vue, mais n'a pas les moyens" : faux marbre, fausse pierre, fausses statues antiques....

Le palais de Drottningholm
Le palais de Drottningholm

Jardin à la française du palais de Drottningholm
Jardin à la française du palais de Drottningholm

Jardin à la française du palais de Drottningholm
Les jardins à la française et le palais de Drottningholm
La
                famille royale dans le jardin du palais de
                Drottningholm
La famille royale dans le jardin du palais de Drottningholm

Le petit opéra royal de Drottningholm
Le petit opéra royal de Drottningholm

Le petit opéra royal de Drottningholm
Le petit opéra royal de Drottningholm

De retour à Stockholm, nous nous dirigeons vers la banlieue sud pour faire remplir notre bouteille de propane dans un petit atelier, mais le délai, trop long, nous y fait renoncer. Nous allons alors faire un tour dans le plus grand IKEA du pays; l'architecture circulaire est intéressante, le choix et la présentation des produits extraordinaires. Quand ce diffuseur de décidera-t-il à dessiner un camping-car ?

Jeudi 22 septembre 1988 :de STOCKHOLM à NORRKOPING

Nous retournons au Palais Royal pour compléter notre visite de l'église royale et pour un dernier petit tour dans Gamla Stan; c'est un plaisir que de parcourir les Appartements de Bernadotte, charmants et agréables, mais nous apprécions moins les Appartements d'Apparat trop grandioses, d'un rococo vraiment dépassé et un peu terni.

Stockholm : relève de la garde au Palais royal

Stockholm : relève de la garde au Palais royal  
Stockholm : relève de la garde au Palais royal

Après une relève de la garde folklorique et peu martiale tant ces militaires aux cheveux longs nous paraissent débonnaires, je reste à écouter de la musique - pour une fois où je peux être seul - dans le camping-car pendant que Monique et les enfants vont voir le trésor royal; ils reviennent un peu déçus...

Trésor royal de Stokholm : les trois couronnes de
                1771
Trésor royal de Stokholm : les trois couronnes de 1771
Trésor royal de Stokholm : insignes d'Éric XIV
Trésor royal de Stokholm : insignes d'Éric XIV

Trésor royal de Stokholm : couronne de Charles X
Trésor royal de Stokholm : couronne de Charles X

Trésor royal de Stokholm : couronne de la Reine Marie
Trésor royal de Stokholm : couronne de la Reine Marie

Le temps devient de plus en plus maussade. Aussi, après un dernier tour dans la vieille ville, décidons-nous de prendre la direction du sud. Le manque de guide - 55,00 $ le Guide Bleu ! - nous handicape quelque peu et nous passons une heure à fouiller dans la documentation remise par l'Information Touristique (bien peu pratique) pour tracer un itinéraire intéressant. Finalement nous repassons près du centre d'achat IKEA, après moult embouteillages puisqu'il est presque 17:00. Traversant plusieurs cités dortoirs massives et denses (nous sommes loin de l'urbanisme finlandais...), nous nous rendons jusque dans la banlieue de Norrköping où nous stationnons dans un lotissement résidentiel face à un marais.

Vendredi 23 septembre 1988 :de NORRKOPING à VAXJO

Nuit excellente quoique humide (moins à cause du marais que de la pluie...). Nous décidons de faire le tour du Lac Roxen via la toute petite route de Roxenbaden, après un bref arrêt devant les pittoresques écluses du canal de Gotä. Notre chemin s'avère très rustique et sauvage, traversant bois et landes; il ressemble bientôt davantage à une piste forestière qu'à une route touristique. Bien que craignant un peu de nous être égarés, nous poursuivons et finissons par aboutir à un château non identifié sur notre carte... La Suède du sud nous parait cultivée intensivement dans ses moindres recoins, entre les roches affleurantes et les bois touffus. Les paysages demeurent souriants, doucement ondulés, l'herbe grasse et les labours partout en cours. Nous venons à bout de sortir de notre détour rural pour rattraper la grand route qui nous mène à Linköping.

Nous bifurquons alors vers le lac Vättern et montons au parc de Vatterland. Malheureusement le temps est complètement bouché et la visibilité très réduite; pourtant le paysage dans les éclaircies nous paraît splendide : petits villages groupés autour de leur clocher mais dispersés dans la plaine au dessous de nous jusque sur les rives du lac... Il se met bientôt à pleuvoir et nous renonçons alors à jouer plus longtemps les touristes; nous roulons donc sans arrêt vers le sud jusqu'à la grande ville de Växjö où nous arrivons dans la nuit et sous la pluie. Nous y campons dans un très beau quartier résidentiel, devant un parc.



La Route du Verre et la côte sud de la Suède



Samedi 24 septembre 1988 : de VAXJO à KALMAR

Bonne nuit... sous la bruine qui se poursuit. Le temps restant décevant, nous commençons la "Route du Verre" par la visite du Musée du Smäland à Växjö; y sont exposées quelques très belles pièces provenant des verreries de la région. Ma préférence va aux plus simples et aux verres colorés, les plus poétiques et porteurs de rêve.

Paysage
                typique de lacs et de forêt boréale
Paysage typique de lacs et de forêt boréale
Puis nous prenons la route vers l'est sans beaucoup d'informations, le Tourist Byro étant fermé le samedi ! Roulant dans une vaste forêt de pins, nous faisons une première étape à Strombergshyttan; pas d'atelier de souffleurs de cristal ici, mais un magasin bien fourni où les créations récentes de Kosta Boda nous plaisent beaucoup. Cependant notre budget très réduit nous fait hésiter à effectuer des emplettes pourtant peu coûteuses...

Peintre sur verre à Strombergshyttan
Peintre sur verre à Strombergshyttan

La
        riche boutique de Strombergshyttan...
La riche boutique de Strombergshyttan...

Toujours sous la pluie, nous gagnons ensuite la fabrique de Kosta où nous arrivons à la fermeture... Nous reviendrons lundi pour observer les verriers au travail, comme à Orrefors où nous passons aussi pour vérifier les horaires.

Dans un vent progressivement plus violent, nous gagnons enfin la petite ville côtière de Kälmar; son château-fort isolé sur son île nous attire d'abord, flanqué de ses tours au milieu des vagues. Fermé lui aussi ! Après un tour assez bref dans la vieille ville qui nous paraît plutôt morte en ce samedi soir, mais où tout est net et rangé comme un décor de cinéma attendant le tournage, nous allons stationner sur le quai, devant une Baltique de plus en plus mauvaise.
Kalmar
                le chateau
Le château de Kälmar


Dimanche 25 septembre 1988 : de KALMAR à la plage d'ALEKLINTA, île d'OLAND

Le grand pont
                  menant à l'ïle d'Oland

Après une nuit toute de pluie et de vent, le soleil finit par apparaître lorsque nous passons le pont long de 6,4 kilomètres (record d'Europe !) menant à l'île d'Oland dont nous voulons faire le tour. 

Le pays est très pittoresque, la mer toujours en vue ou jamais loin. Un peu partout on repère des pierres runiques et des champs funéraires viking où parfois des pierres disposées en forme de drakkar identifient la sépulture d'un notable.

Plus récentes, de charmantes petites églises isolées sont entourées de leur cimetière romantique. La lande au centre et au sud de cette île longiligne est semi-désertique, parcourue par des moutons en grand nombre, tandis que le nord et la côte sont cultivés de façon intensive autour de dizaines de petites fermes basses qui semblent prospères. A tout moment des moulins à vent ponctuent le paysage de leurs tours et de leurs ailes squelettiques, et si l'on ajoute les vaches qui elles aussi abondent, on se croirait parfois en Hollande...

Les enfants découvrent une pierre runique perdue
                dans les champs
Les enfants découvrent une pierre runique perdue dans les champs
Cimetière viking, avec la tombe d'un chef en forme
                de drakkar
Cimetière viking, avec la tombe d'un chef en forme de drakkar

Nous enfonçant dans les champs à Karlevistenen, nous allons voir de plus près 3 pierres runiques isolées dont Mathieu se fait un devoir de relever méticuleusement les inscriptions gravées dans le granit. Puis c'est un cimetière viking particulièrement bien conservé (le Gettlinge gravfält) qui nous rappelle les Seigneurs des mers dont cette région fut le domaine autrefois.

Passant ensuite un long moment dans la réserve ornithologique d'Ottenby aménagée à même l'extrême pointe marécageuse au sud de l'île, nous admirons longuement des oiseaux pêcheurs et des goélands se laissant porter par le vent.

Les oiseaux d'Ottenby fägelstation
Les oiseaux d'Ottenby fägelstation
o
Les oiseaux d'Ottenby fägelstation
Les oiseaux
Les oiseaux d'Ottenby fägelstation
o
Les oiseaux d'Ottenby fägelstation

Les oiseaux d'Ottenby fägelstation
Les oiseaux d'Ottenby fägelstation


L'après-midi s'achève par la visite impressionnante du fort viking d'Eketorp bâti au Vème siècle. Solidement plantée sur la lande plane et rase, son enceinte circulaire de pierres sèches a été remarquablement restaurée.
Enceinte du fort viking d'Eketorp reconstituée
Enceinte du fort viking d'Eketorp reconstituée

Au centre de l'espace ainsi délimité, des maisons de paysans ou d'artisans ont été reconstituées et un joli petit musée expose les résultats des fouilles. Quelques animaux paissant en liberté achèvent de donner une touche rustique et réaliste au tableau.


Fort viking
              d'Eketorp : maison reconstituée
Fort viking d'Eketorp :
maison reconstituée


Eketorp : les chaumières reconstruites
Eketorp : les chaumières reconstruites
Dans le soleil descendant, nous roulons encore un moment vers le nord, arrêtant au passage pour contempler les pierres runiques dressées dans le tranquille cimetière cernant l'église rurale de Sandby. Finalement nous allons dormir au bord d'une plage déserte à Aleklinta.
Pierre
              runique de Sanby
Pierre runique de Sanby

Notre plage déserte d'Aleklinta
Aleklinta
Notre plage déserte d'Aleklinta
Notre plage déserte d'Aleklinta

Lundi 26 septembre 1988 : de l'île d'OLAND à KOSTA

Ruines
              du château de Borgholm
Ruines du château de Borgholm
La pluie qui continuera toute la journée nous amène à écourter notre visite de l'île d'Oland. Le petit port de Borgholm où la famille royale de Suède a sa maison de vacances ne manque pourtant pas d'agrément, même si les ruines massives et sans grâce du château voisin nous ont paru sans intérêt majeur.

Reprenant le grand pont nous rentrons donc à Kälmar, passons à la banque, faisons remplir nos bouteilles de propane sur le port et, toujours sous la pluie, retournons au château et à son vieux quartier que je tiens à filmer avant que nous ne reprenions la "Route du Verre".
Place du
                Marché de Kälmar... sous le soleil !
Place du Marché de Kälmar... sous le soleil !

Alkmar_chateau
Le château de Kälmar
La forteresse entourée de ses douves donnant directement dans la mer profile ses tours sur un ciel lourd où roulent des nuages gris et bas. Les sifflements du vent se mêlent aux cris stridents et lugubres des oiseaux de mer, alentour des roseaux ont envahi l'étendue désolée d'un marais désert..., tout cela forme un cadre superbement romantique digne de Shakespeare (Hamlet...).

Le château de Kälmar
Le château de Kälmar sous un soleil printanier

Contrastant, les minuscules maisons du vieux quartier nichées dans les fleurs de leurs jardinets miniatures, les ruelles sinueuses revêtues d'un mauvais pavé, authentique mais glissant, composent un univers de contes de fée... un vrai monde de poupées que je quitte un peu à regret. Dans le vieux
              Kalmär, un heureux jardinier
Dans le vieux Kalmär, un heureux jardinier

Maisonnette du vieux Kalmär
Maisonnette du vieux Kalmär

Les villages où se trouvent les "glasbruk" sont perdus dans des forêts de bouleaux et de pins entrecoupées de lacs. Nous visi­tons d'abord l'atelier de Boda où les couleurs vives du verre en fusion et l'habileté des artisans au travail nous fascinent.

Boda
                  : four de fusion du cristal
Boda : four de fusion du cristal
Boda : les
                cannes dans le four de fusion du cristal
Boda : les cannes dans le four de fusion du cristal
Orrefors : façonnage d'un pied de verre
Orrefors : façonnage d'un pied de verre
Orrefors : les
                verres terminés
Le produit fini
Orrefors : verres peints
Orrefors : verres peints
Orrefors : artisan peintre à l'oeuvre
Orrefors : artisan peintre à l'oeuvre

Le spectacle se répète à Afors, puis à Johanesfors. On se faufile dans l'atelier pour apercevoir les verriers mouler, souffler et assembler la pâte de cristal en d'étincelantes créations. Monique tient à filmer en détail le processus avant de passer, dans les affres du choix, de longs moments parmi les vitrines de la "tourist shop"... Finalement nous atterrissons au village de Kosta où nous campons sur le stationnement de la "glasbruk", dans le vent et la pluie qui se prolongent.


Mardi 27 septembre 1988 : de KOSTA à CHRISTIANOPEL

Après un réveil plutôt matinal (les ouvriers entrent au travail dès 6:00 du matin !), nous visitons à nouveau la boutique où Monique fait ses derniers achats sans retour possible, puis nous allons voir les souffleurs à l'ouvrage. La mise en forme de ce matériau chauffé au rouge ou à l'orange, apparemment si malléable entre leurs mains expertes, est captivante, et nous suivons plusieurs cycles de fabrication avant de nous lasser.
Four
Kosta Boda : soufflage d'une pièce de cristal
Kosta Boda : soufflage d'une pièce de cristal
Kosta Boda : soufflage d'une pièce de cristal
Kosta Boda : soufflage d'une pièce de cristal
Kosta Boda : façonnage d'une pièce de cristal
Kosta Boda : façonnage d'une pièce de cristal
Kosta Boda : façonnage d'une pièce de cristal
Kosta Boda : façonnage d'une pièce de cristal

Kosta Boda : assemblage d'une pièce de cristal
Kosta Boda : assemblage d'une pièce de cristal

Kosta Boda : le produit fini... une caraffe.
Kosta Boda : le produit fini... une caraffe

Quelques chefs d'oeuvres où se jouent formes et couleurs nous attendent dans le musée Kosta Boda; cela nous pousse à aller voir la concurrence : Orrefors.

Ici on a une autre approche : beaucoup de cristal taillé, une fabrication plus moderne (nous y voyons même des robots travailler le cristal !), et surtout une présentation très pensée pour les touristes : une galerie fait le tour du grand atelier à 5 mètres de hauteur tandis que chaque étape du processus fait l'objet d'un commentaire pré-enregistré. Une fois encore, nous observons depuis ce point de vue idéal plusieurs cycles de soufflage-moulage et nous terminons par la visite du musée Orrefors, probablement la plus belle présentation qui nous a été donnée à voir.

Orrefors
        : gravure sur verre
Orrefors : gravure sur verre

Kosta Boda
        : vases en coeur 
Kosta Boda : vases en coeur

Kosta
        Boda : vases gravés et colorés
Kosta Boda : vases gravés et colorés

Kosta Boda : service à punch
Kosta Boda : service à punch

Kosta Boda :
          flacons bleus
Kosta Boda : flacons bleus

Kosta Boda : flacons aux couleurs irisées
Kosta Boda : flacons aux couleurs irisées

Puis c'en est fini du verre, nous reprenons la route à travers forêts et lacs pour rattraper la côte au sud de Kälmar et dormir dans le petit port de pêche de Kristianopel. Les maisonnettes pastel du village composent un joli tableau. Dans un crépuscule grisâtre nous nous installons discrètement entre la petite église et le quai au bord du bassin. La vue est des plus pittoresques, mais le temps demeure bien menaçant; aussi, quelques heures plus tard, nous gagnerons un abri moins venteux derrière un gros mur de pierres.


Mercredi 28 septembre 1988 : de CHRISTIANOPEL à LUND

Ce que nous craignions se réalise : c'est sous la pluie et dans le brouillard que nous nous réveillons... Nous sommes déçus car nous ne verrons pas grand chose de ce très joli coin plein de douceur, avec ses petites maisons de pierre nichées dans un paysage soigné tout paré de ses couleurs d'automne. Le temps n'incitant guère à la hâte, nous traînons un peu au lit et déjeunons nonchalamment, espérant une hypothétique amélioration de la météo. En vain...
Paysage
                agreste et verdoyant du Sud de la Suède
Paysage agreste et verdoyant du Sud de la Suède
La
                galerie des figures de proue du Musée de la Marine de
                Karlskrona
La galerie des figures de proue du Musée de la Marine de Karlskrona
Nous filons donc jusqu'à Karlskrona, base maritime créée de toute pièce au XVIIIème par un prince suédois belliqueux. Le voilier-école de la Marine Royale, grande attraction du lieu, est déjà désarmé pour l'hiver et donc non visitable. Nous nous rabattons sur le Musée de la Marine, exceptionnel par sa collection de figures de proue, quelques très belles maquettes anciennes de navires et une reconstitution miniature de l'arsenal de la Suède d'autrefois, grande puissance maritime.

La pluie ne nous lâchant pas, nous descendons jusqu'à Kristianstad, autre petite ville de fondation récente (1740...) sur un plan au carré du roi danois Christian, ce qui lui donne un côté très fonctionnel en même temps que beaucoup d'unité. Nous avons juste le temps de faire un petit tour sur la grande place centrale et dans les rues piétonnières où les magasins ferment (il est 18:00). Nous y trouvons enfin la tablette de papier à dessin complétant les crayons de couleur pastels achetés à Helsinki... ce qui met fin à bien des récriminations des enfants. Nous repartons, par l'autoroute et par grand vent, jusqu'à Lund où nous allons bivouaquer dans un quartier résidentiel près du jardin botanique.


Jeudi 29 septembre 1988 : de LUND à GILLELEGE (près d'HELSINGOR)

Après une très bonne nuit, nous faisons - à pied - la découverte de Lund. C'est une vénérable ville universitaire dont les nombreux instituts sont disséminés dans des parcs aux arbres centenaires. On les découvre au détour des ruelles sinueuses et pavées bordées de vieilles maisons basses particulièrement pittoresques avec leurs fleurs, leurs façades peintes de couleurs vives ou pastels, leurs fenêtres doubles à petits carreaux décorées de bouquets séchés...

Cathédrale de LUND
Cathédrale de LUND
C'est une ville animée aussi, dont les élégants commerces sont dispersés le long des rues piétonnières. Curieusement une forte odeur de fumier flotte sur les toits... jusqu'aux portes de l'imposante cathédrale romane en pierre grise avec crypte, stalles de chêne et horloge astronomique à mécanisme.

Nous observons les personnages en mouvement à midi : au son d'une allègre musique jouée par un petit orgue mécanique, le cortège des Rois Mages forme une ronde défilant devant la Vierge assise tenant l'Enfant dans ses bras. Puis nous nous rendons jusqu'au vaste jardin public où les enfants passent un long moment dans un parc de jeu à pomper l'eau actionnant un petite roue à aube... J'en profite pour terminer le tour du centre-ville seul.
  
Lund : l'horloge astronomique de la cathédrale 880929-03b-Lund-horloge-astronomique-de-
              la-cathedrale



Lund horloge astronomique de la cathedrale
Lund : l'horloge astronomique de la cathédrale

Nous retrouvons la route - et le vent - jusqu'à Helsinborg où,quittant la Suède,  nous embarquons pour 25 minutes de traversée vers Helsingor au Danemark. Son château magnifique (celui du prince Amled = Hamlet) se précise petit à petit sur le bord de la côte danoise, ses briques rouges dorées par le soleil descendant. Nous sommes contents de nous retrouver au Danemark, plus "continental", plus chaleureux, plus abordable, plus sale aussi... Château d'Helsingor
Château d'Helsingor (Wikipedia)

Nous nous payons une petite balade dans la vieille ville, séduisante avec ses maisons basses XVIIème, sa place centrale animée par les terrasses des cafés et des restaurants, ses galeries d'art... Hésitant à gagner immédiatement les parages très urbanisés de Copenhagen dont nous craignons le bruit et l'agitation, nous prenons la route côtière vers le nord. Après une courte recherche d'un coin propice à notre halte, nous allons stationner en arrière de la dune couverte de pins et dormons près de luxueuses villas à Gillelege.



Traversée des pays danois


Vendredi 30 septembre 1988 : de GILLELEGE à BIRKEROD

Dunes et plage
                  de la Mer du Nord
Dunes et plage de la Mer du Nord
Ce stationnement en bord de mer était des plus tranquilles, et comme les enfants veulent jouer sur la plage, nous les laissons aller pendant que nous commençons une lettre de réclamation à la compagnie Pilote. Nous sommes en effet excédés par les multiples défectuosités qui se sont progressivement révélées à l'usage de notre véhicule. Nous avons remédié aux plus pressantes et à celles qui relevaient de notre compétence, mais nous voulons obtenir pour plusieurs autres que le fabricant assume ses responsabilités. Après deux heures de listing et de griffonnage, nous repartons vers Copenhagen... pour nous arrêter après quelques kilomètres devant le château de Frederiksborg à Hillerod.

Mathieu décide de rester à jouer au Lego dans le camping-car pendant que je réussis à entraîner Monique et Juliette à la découverte de ce palais Renaissance élevé par Christian IV en 1600. On l'a surnommé le Versailles du Nord, il mérite bien cette épithète : immense, au milieu d'un vaste plan d'eau, il rassemble une belle collection de tableaux retraçant l'histoire du Danemark, et de nombreuses pièces ont été restaurées (très beaux plafonds caissonnés et peints en particulier) après le grand incendie de 1859 qui faillit tout ruiner. Bref c'est imposant, riche et on en a vraiment "pour son argent" !
Le
                    château historique de Frederiksborg à Hillerod
                    derrière ses douves
Le château historique de Frederiksborg à Hillerod derrière ses douves

Grande cour d'honneur de Frederiksborg
Grande cour d'honneur de Frederiksborg

La salle de bal du château de Frederiksborg
La salle de bal du château de Frederiksborg
Frederiksborg: l'orgue de la salle de bal
Frederiksborg: l'orgue de la salle de bal

Mais nous sortons si tard qu'il ne nous reste que le temps d'aller faire un peu d'épicerie avant de camper à Birkerod, une grande banlieue à quelques kilomètres de Copenhagen, dans un quartier résidentiel.


Samedi 1er octobre 1988 : de BIRKEROD à TRELLEBORG

Copenhagen : pavillon d'entrée du Parc de Tivoli
Copenhagen : pavillon d'entrée du Parc de Tivoli
Nous nous levons un peu tard, mais réussissons cette fois à nous rendre jusqu'à Copenhagen, pour stationner en plein centre tout près du Christianborg, un ex-palais princier aux allures assez lourdes de forteresse, bien peu impressionnant au plan esthétique. Aussitôt nous nous dirigeons  vers l'imposant Hôtel de Ville (Radhus), malheureusement fermé à la visite le samedi... Idem pour le fameux parc de Tivoli dont les nombreuses attractions sont closes jusqu'au prochain printemps. En revanche le musée de cire L. Tussaud est ouvert. Monique accompagne les enfants qui y passent 2 heures de plaisir pendant lesquelles je traîne sur la Grand Place
Copenhagen : Musée de cire du Parc de Tivoli :
                  Churchill, Mao, Hitler...
Copenhagen : Musée de cire du Parc de Tivoli : Churchill, Mao, Hitler...
 Copenhagen : Musée de cire du Parc de Tivoli : le
                  président US Reagan et son homologue soviétique
                  Gorbatchev
Copenhagen : Musée de cire du Parc de Tivoli :
le président US Reagan et son homologue soviétique Gorbatchev


 
Musée de
            cire du Parc de Tivoli : plusieurs expressions de Charlie
            Chaplin
Musée de cire du Parc de Tivoli : quelques expressions de Charlie Chaplin

Copenhagen : Musée de cire du Parc de Tivoli : Bohr et
            Einstein
Copenhagen : Musée de cire du Parc de Tivoli : Bohr et Einstein

Nous déambulons ensuite dans les rues piétonnes du centre ville, au milieu de maisons de briques ou à colombages souvent anciennes qui "datent" le quartier mais manquent d'unité et de mise en valeur.

Au hasard des détours, nous arrivons à la Tour Ronde, une massive construction de pierre que le roi Christian IV offrit comme observatoire à son astronome Tycho Brahé. Une rampe hélicoïdale originellement destinée aux chevaux nous mène à la terrasse couronnant le monument. La vue là-haut nous déçoit un peu, la tour manquant d'élévation et la ville apparaissant sans grand caractère.
observatoire de Tycho Brahé en haut de la
                      Tour Ronde
Copenhagen : la rampe donnant accès à l'

Copenhagen : relève de la garde au Palais
                  d'Amalienborg
Copenhagen : relève de la garde au Palais royal d'Amalienborg
En repartant, nous voulons quand même aller saluer la Petite Sirène et découvrons alors la Place du Palais d'Amalienborg qui, elle, a grande allure dans son décor XVIIIème.

Copenhagen : gardes au Palais
                        d'Amalienborg
Copenhagen : gardes au Palais d'Amalienborg
Un garde débonnaire du Palais d'Amalienborg
Un garde débonnaire du Palais d'Amalienborg

Fontaine de Gefion qui,attelant ses 4 fils
                transformés en taureaux furieux, creusa un canal
Fontaine de Gefion la déesse mythique qui, attelant ses 4 fils métamorphosés  en taureaux furieux, creusa le canal séparant l'île de  Seeland  (Zélande) de la Suède
C'est ensuite la superbe fontaine de Géfion qui nous retient tant par la vigueur de son groupe sculpté que par l'enchantement de ses multiples jets d'eau : une reine mythique guide une charrue tirée par quatre taureaux colossaux et creuse ainsi le fossé maritime séparant le Danemark de la Suède; l'eau jaillit sous le soc, la vapeur fuse des naseaux fumant des bêtes en plein effort...

Enfin, nous trouvons la Petite Sirène sur son rocher... mais qu'elle est minuscule, et mal entourée, à l'entrée du port industriel et sur fond de réservoirs d'essence... Il en émane cependant un charme un peu mélancolique convenant tout-à-fait au climat du conte d'Andersen.
Copenhagen : la Petite Sirène dans l'entrée du
                  port
Copenhagen : la Petite Sirène dans l'entrée du port
Copenhagen: la Petite-Sirene et la famille
                      dans l'entrée du port
Copenhagen: la Petite-Sirene et la famille dans le port
Copenhagen : la Petite Sirène dans l'entrée du
                  port
Copenhagen : la Petite Sirène dans l'entrée du port

C'est sur cette impression mitigée que nous quittons la ville pour prendre la direction d'Odense. La route file à travers champs et villages prospères, le Danemark étale le dynamisme rural qui fait sa richesse. On fait étape en pleine campagne à Trelleborg, sur le stationnement désert de la forteresse viking, à quelques kilomètres du traversier de Korsor que nous emprunterons demain.


Dimanche 2 octobre 1988 : de TRELLEBORG à BILLUND (DANEMARK)

La hache de
                Trelleborg
La hache de Trelleborg
Tôt éveillé, je vais faire seul le tour de la forteresse circulaire assez bien conservée sinon restaurée. D'un dessin très pur et précis, elle est remarquablement située au milieu d'un marais créé par le confluent de deux ruisseaux; des prairies avec vaches et moutons l'environnent, et dans la solitude et la lumière vive du matin, c'est super !

Monique et les enfants finissent par me rejoindre, suivis bientôt par un vieux monsieur amoureux des lieux qui joue les guides bénévoles; il nous donne informations et précisions avec passion, mais dans un anglais plutôt approximatif...

Photo aérienne et maquette du fort de Trelleborg
Photo aérienne et maquette du fort de Trelleborg : les longues maisons
et la situation statégique du camp entouré par la boucle de la rivière et des marais


Trelleborg
        : une longue maison
Trelleborg : une longue maison servant de caserne (reconstitution)

Hans Christian Andersen
Hans Christian Andersen
Puis nous prenons notre dernier traversier scandinave pour gagner Odense sous le ciel clair et brillant d'un bel automne. La terre est assez plate, soigneusement cultivée, fermes modernes et labours bordent la route. La vieille ville et la maison natale d'Andersen retiennent notre attention avec leurs souvenirs émouvants du grand conteur et les jolies petites maisons colorées du quartier populaire, autrefois misérable, où il passa son enfance.

La petite maison natale de Christian Andersen à Odense
          sous la neige
La petite maison natale de Christian Andersen à Odense sous la neige


Salon de
        l'appartement de Christian Andersen à Copenhagen
Salon de l'appartement de Christian Andersen à Copenhagen, reconstruit dans sa maison natale à Odense



Après un dernier coup d'oeil à la cathédrale et à son impressionnant retable, nous quittons bientôt la Fionie pour retrouver le Jutland en empruntant le pont suspendu à grande portée qui enjambe le Lille Baelt. Le ciel se colore de rose tandis que nous filons encore une fois jusqu'au Legoland tant attendu par les enfants. Nous y dormons sur le stationnement précédant le terrain de camping fermé. Retable de la cathedrale St Knut d'Odense (1521)
Retable de la cathedrale St Knut d'Odense (1521)

Lundi 3 octobre 1988 : de TRELLEBORG à THYBORON

La nuit fut courte, l'aéroport étant tout près, la rue en cours de pavage et le camping en réaménagement ! Tôt éveillés par le vacarme de toute cette machinerie, nous décampons précipitamment jusqu'au stationnement du Legoland en oubliant sur le terrain les bottes boueuses de Mathieu... Je demeure dans le camping-car à faire le ménage, lire et classer la documentation pendant que Monique et les enfants visitent les derniers shows encore ouverts dans le parc. Mathieu en profite pour se faire offrir son cadeau de Noël, une magnifique auto à construire en Lego Technic, son dernier trip ! Voulant percer le mystère des petites briques multicolores, il se rend aussi jusqu'à l'usine de fabrication. On lui en refuse l'accès, mais il a la chance de tomber sur l'un des cadres de l'entreprise qui l'entraîne à l'entrepôt et, puisant dans les vastes paniers de pièces détachées, lui en donne un plein sac. Comblés, nos mousses acceptent enfin de quitter sans trop de regrets leur cher Legoland.

Les
                  dunes bordant la côte danoise entre Sondervig et
                  Torsmine
Les dunes bordant la côte danoise entre Sondervig et Torsmine
En début d'après-midi, nous partons vers les plages de la mer du Nord. Nous traversons d'abord l'habituelle campagne danoise cultivée intensivement ou couverte de forêts artificielles. Puis nous arrivons aux dunes, hautes et très accidentées, bordant d'immenses plages désertes entre Sondervig et Torsmine. Une grande heure de délassement passe à jouer sur le sable et à s'aérer : les enfants pataugent dans l'eau pendant que je fais quelques plans vidéo des vagues prenant d'assaut d'énormes blocs de béton grisâtres semblant échoués sur la grève. Ce sont des blockhaus, les derniers vestiges du Mur de l'Atlantique, très important sur toute cette côte faisant face à l'Angleterre.

La lumière est douce et belle, le vent pas trop froid, et lorsque le soleil commence à descendre, nous repartons jusqu'au petit port de pêche de Torsmine, entre mer et lagune, dont les barques de pêche bleu pâle font tout le charme. Puis nous roulons encore un moment, longeant la mer et ses dunes dans le crépuscule. Nous allons finalement coucher en vue de Thyboren, un autre petit port de pêche typique de la région, sur une butte toute environnée de vastes champs en labours et couronnée par la petite église de campagne de Klinkby.


Mardi 4 octobre 1988 : de THYBORON à BREDSTED (ALLEMAGNE)

Maisons de vacances dispersées dans les dunes
                  près de THIBOREN
Maisons de vacances dispersées dans les dunes près de THIBOREN
Après avoir changé d'église, pardon de bivouac, à cause d'un tracteur travaillant nuitamment et bruyamment à nos pieds, nous finissons par nous endormir. Le lendemain, par un temps infect (brume, pluie, etc...), nous faisons le tour de Thyboren où Monique filme une maison entièrement décorée de coquillages pendant que je vais contempler sur la grève venteuse et sinistre le Mur de l'Atlantique local. Le temps ayant plutôt tendance à empirer, nous renonçons à explorer plus avant la partie nord-ouest du Jutland.
Nous filons donc vers le sud jusqu'au fjord de Ringkobing dont je filme l'extrémité pittoresque dans la brume, puis à Varde où nous tentons de visiter le Minibyen. Mais la saison touristique est finie et la maquette en plein air de la vieille ville, reconstituée dans un joli parc, est fermée; le coup d'oeil à travers les grilles nous en donne quand même une bonne idée. La ville par elle-même est assez typée par les maisons anciennes et basses qui subsistent.
Devant les maisons miniatures du Minibyen de
                      VARDE
Devant les maisons miniatures du Minibyen de VARDE
RIBE : les
                  petites maisons de la ville médiévale vue du ciel
RIBE : les petites maisons de la ville médiévale vue du ciel
Nous atteignons enfin Ribe, prestigieuse et séculaire capitale viking, devant laquelle Mathieu et Monique déclarent forfait. C'est donc seul avec Juliette persévérante que je fais un tour à pied dans ses rues médiévales près de la rivière; nous nous laissons imprégner par le charme désuet se dégageant de son ensemble remarquable de petites maisons très bien conservées qui demeurent vivantes et habitées.
  Dans les rues charmantes du vieux Ribe
Dans les rues charmantes du vieux RIBE
Une
                    autre ruelle de Ribe
Une autre ruelle de Ribe

Dans la soirée, nous gagnons la frontière allemande et dormons au bord du parc municipal de Bredsted, à 17 kilomètres de Husum.



Vers l'Allemagne, la Hollande et la France


Mercredi 5 octobre 1988 : de BREDSTED à BEVERDSTED (ALLEMAGNE)

Nous levons le camp assez tôt après une nuit excellente quoiqu'urbaine. A 10:00, nous sommes dans le musée de la Frise à Husum. On y trouve une exposition très intéressante sur le problème des polders maintes fois reconquis sur une Mer du Nord envahissante. Des photographies ou des tableaux - dans les cas les plus anciens - montrent les différentes catastrophes qui se sont succédées dans la région durant les dernières décades, tandis que des maquettes expliquent les gigantesques travaux rendus nécessaires pour y faire face.

Nous gagnons enfin Hambourg sous un ciel de moins en moins clément. Nous faisons bien un bout de balade dans le centre de cette très grande ville de transit maritime et d'affaires, mais le temps de plus en plus bouché nous fait renoncer à la promenade en vedette dans l'immense complexe portuaire.
Le port d'Hambourg
Le port d'Hambourg
Quartier renové près du port d'Hambourg
Quartier renové près du port d'Hambourg
Enveloppés de nos K-Way, nous nous contentons d'aller admirer à pied les grues du port dans le soleil couchant, puis la vieille ville dont il ne reste pas grand chose suite aux bombardements de la dernière guerre. De grands immeubles à bureaux ont remplacé les vieilles demeures et les entrepôts des armateurs le long des anciens quais sinueux. On ne peut pas dire que ces bâtiments soient très réussis, on sent qu'ici c'est le fonctionnel basique qui a primé sur l'esthétique pendant les années de la reconstruction.

Nous finissons la journée par un souper-maison aux moules et au vin blanc du Rhin dont la bouteille se vend ici 2,10 $ le litre ! L'abondance et le prix modéré des produits allemands nous surprennent agréablement après le "haut niveau de vie" de la Scandinavie. Tout en dégustant, nous admirons par la fenêtre de la dînette le bassin illuminé du lac Vaters, en plein centre culturel et touristique de Hambourg. Mais le niveau de circulation et de bruit est trop élevé dans cette métropole. Nous reprenons donc la route de nuit pour aller dormir sur un stationnement tranquille dans le village de Beversted.


Jeudi 6 octobre 1988 : de BEVERSTED à BREMEN (ALLEMAGNE)

A l'unanimité nous décidons d'aller visiter le Musée National de la Marine Allemande à Bremenhaven. Le temps continue d'être détestable, aussi les salles superbes de ce musée sont-elles bienvenues. Les très nombreuses maquettes font notre admiration. S'y ajoutent plusieurs attractions rejoignant les intérêts de chacun : un bassin avec des modèles réduits télécommandés où les enfants passent plusieurs heures "à la barre", la reconstitution d'un canot préhistorique d'il y a 8 000 à 9 000 ans en os et peau de renne, un sous-marin de poche "écorché", une kogge de la Ligue Hanséatique datant de 1380 retrouvée dans le port de Bremen et actuellement en traitement de conservation dans une espèce d'énorme aquarium...

Le clou de l'exposition est un véritable U-boot construit en 1945 qu'on a ancré devant le musée. Nous le visitons de la chambre des torpilles à la salle des machines pour en sortir enfin à 15:45 sous une pluie battante. Ce temps de cochon nous désole mais nous sommes malgré tout très satisfaits de notre journée passionnante.
U-boot dans le port de Bremenhaven
U-boot dans le port de Bremenhaven

Poste de
            commandement de l'U-boot 
Poste de commande de l'U-boot
Salle des
          torpilles à l'avant de l'U-boot
Salle des torpilles à l'avant de l'U-boot

Nous gagnons alors Bremen que nous dépassons sur l'autoroute (aucune indication "centre-ville", mais les noms des différents quartiers qui nous ne disent rien...). Nous devons donc faire demi-tour et, après un long vagabondage sur des voies d'accès engorgées par l'heure de pointe, nous finissons par atteindre notre but. Une courte reconnaissance nous permet de situer les rues commerçantes où nous voulons acheter jouets et cassettes vidéo à un prix raisonnable avant de quitter l'Allemagne demain. Puis nous allons nous installer sur une impasse d'un chic quartier résidentiel pour passer la nuit.
Bremen : Place du Marché devant l'Hôtel de
                      ville
Bremen : Place du Marché devant l'Hôtel de ville en soirée


Vendredi 7 octobre 1988 : de BREMEN à GRONINGEN (PAYS-BAS)

Après un paisible sommeil bourgeois, nous retournons au centre-ville où nous retrouvons le super-magasin d'électronique repéré hier soir. Les prix y sont excellents, nous y achetons 20 cassettes vidéo de 90 minutes à 11.00 $ et un grand angulaire à 130.00 $. Avec cela nous pourrons voir grand et large pour le reste du voyage ! Les formalités de factures et détaxes sont un peu longues - d'autant que les Allemands n'aiment guère utiliser l'anglais - et nous ne retrouvons la rue que vers 13:00.

Bremen : Hôtel de ville en matinée
Bremen : Hôtel de ville en matinée
Nous faisons alors une balade près de la Place du Marché et de l'Hôtel de Ville, dans les vieilles rues du centre transformées en zone commerciale grouillante de vie. Nous y découvrons "le" magasin de jouets, immense et très bien fourni, surtout en trains électriques, maquettes et Playmobil, aussi y passons-nous deux heures très stimulantes pour les enfants... petits et grands.
Les animaux des contes de Grim, emblèmatiques
                      de Bremen
Les animaux des contes de Grim, emblèmatiques de Bremen

Nous finissons notre tour de la vieille ville par le riche Stadhus d'époque Renaissance à l'ombre duquel nous découvrons le curieux groupe sculpté d'un coq, un chat, un chien et un âne reposant les uns sur les autres : ce sont les célèbres statues animalières représentant les héros du conte de Grimm qui sont devenues emblèmatique de la cité.

Butchenstrasse et ses maisons Juggenstil
Butchenstrasse et ses maisons Juggenstil
La petite rue Butchenstrasse avec sa maison Gropelius, de style juggenstil, nous attire ensuite et nous traînons un moment dans ses boutiques originales. Butchenstrasse et ses maisons Juggenstil
Butchenstrasse et ses maisons Juggenstil

Nous devons finalement quitter cette ville attachante sous une pluie battante pour gagner de nuit le port de Groningen aux Pays-Bas. Errant un peu autour des canaux à la recherche "du spot idéal", nous nous installons sur un quai pittoresque en plein centre.


Samedi 8 octobre 1988 : de GRONINGEN (PAYS-BAS) à EDAM

Bien que réveillés vers 2:00 par des marins en goguette qui finissent par être ramassés par la police à quelques mètres de notre toit, nous dormons bien. Au matin, nous nous dirigeons vers Leuwarden, jolie petite ville rurale où notre drapeau canadien nous vaut un excellent accueil : on nous invite à prendre un pot, on veut "piquer une jasette" avec nous...

Monument en hommage aux modestes ouvriers de
                      la Grande Digue
Monument en hommage aux  constructeurs de la Grande Digue
Le Zuiderzee et la Grande digue vus depuis le
                      satellite
Le Zuiderzee et la Grande digue vus depuis le satellite

Nous gagnons à travers les polders la Grande Digue de fermeture du Zuiderzee dont nous traversons les 30 kilomètres en admirant l'audace des constructeurs de l'ouvrage datant de 1932. Heureusement l'autoroute est protégée du large par la crête de la digue, car lorsque nous l'escaladons à pied pour contempler la mer du Nord, nous manquons d'être emportés par un vent formidable qui souffle en rafales continues. Redescendant vers notre véhicule, nous rencontrons des Québécois qui se sont arrêtés à la vue de nos drapeaux nationaux. Ils enseignent sur une base en Allemagne et profitent de tous leurs congés pour voyager aux quatre coins de l'Europe avec leurs deux enfants à bord de leur - trop - petit Volkswagen. Heureux exilés...

Moulins à
            vent du Zuiderzee

La pluie a repris lorsque nous arrivons à Edam. Parcourant les ruelles dans le froid et le jour tombant, nous tentons de retrouver les bons souvenirs de l'été 86 avec Papa et Maman. La petite ville est toujours aussi charmante avec ses maisons minuscules, ses jolies enseignes, ses pavés et son canal. Pourtant cet automne pluvieux ajoute au triste sentiment de l'absence irrémédiable de Papa pour créer une ambiance morne et sombre. Renonçant à poursuivre notre route, nous décidons de stationner sous un arbre au bord du canal, là où tout semble si calme, comme figé dans le temps. Mais j'ai pris froid durant notre balade et, transi, j'aurai besoin de plusieurs heures pour me réchauffer avant de faire une nuit de 12 heures...

Dimanche 9 octobre 1988  :  d'EDAM à SENLIS (FRANCE)

Blottis sous notre arbre, nous sommes réveillés dans la nuit par les grosses gouttes qui s'en écoulent et résonnent sur notre toit, nous obligeant à avancer de quelques mètres pour retrouver le sommeil. Le lendemain, toujours sous la pluie, nous profitons de notre présence en ce fameux terroir d'élevage laitier pour visiter une ferme-fromagerie. On nous y explique avec force détails la fabrication du fameux fromage en boule rouge exporté dans le monde entier (les boules jaunes, tout à fait identiques, sont destinées à la consommation locale, nous précise-t-on). Puis nous allons jeter un coup d'oeil sur le ravissant petit port de Vollendam noyé dans la bruine et la brume, une autre spécialité locale semble-t-il...

Les canaux et les quais d'Amsterdam
Les canaux et les quais d'Amsterdam
Cahiers du Journal d'Anne Franck
Cahiers du Journal d'Anne Franck

Quelques kilomètres encore, et c'est Amsterdam que nous avions tant aimé il y a 2 ans. Nous nous rendons d'abord au musée Anne Franck installé dans la maison qui l'abrita avec sa famille pendant l'occupation nazie. Le tableau de ces quelques mètres carrés sommairement aménagés est particulièrement émouvant lorsque l'on connaît la fin tragique de ses occupants. Mais c'est aussi une extraordinaire occasion d'apprendre pour les enfants qui demandent qu'on leur traduise tous les panneaux explicatifs en anglais.

Nous allons ensuite stationner devant le Rikjmuseum et nous nous séparons. Je profite des 2 heures durant lesquelles le musée est encore ouvert pour explorer à peu près la moitié des salles consacrées à la peinture (des Primitifs jusqu'au XVIIème); les collections sont d'une qualité, d'une richesse et d'une variété inouïes mais, comme à Bruxelles, je dois gagner la sortie au moment d'entrer dans les salles consacrées aux Rembrandt, valeur étoile en ces lieux... Malheureusement ici, il n'y aura pas de prolongation possible demain ! Pendant ce temps, Monique a entraîné les enfants dans une grande promenade à pied, tentant de leur faire ressentir l'ambiance si spéciale du dédale des canaux et des quais de la ville.

Vers 17:30, nous nous retrouvons dans le camping-car. La nuit tombe, le mauvais temps semble devoir persister encore plusieurs jours, aussi renonçons-nous - avec regrets - à la visite de Bruges et de Gand en Belgique dont nous attendions beaucoup de plaisir. Nous gagnerons plutôt directement Paris pour y faire nos demandes de visas nécessaires à notre deuxième périple vers les pays d'Europe Centrale.

Nous prenons donc la route du sud, faisant seulement une pause dans la vieille ville de Breda toute illuminée pour souper d'une pizza. Puis nous rembarquons dans notre confortable motor-home. Après une toilette rapide, mes passagers s'endorment sur leur couchette pendant que je roule dans la nuit jusqu'à Senlis, en banlieue parisienne. Je m'y arrête vers 2:30 sur le trottoir d'un paisible quartier résidentiel.



Séjour à Paris et en Normandie




Lundi 10 octobre 1988 : de SENLIS à SOISY-SOUS-MONTMORENCY

La rue qui m'avait semblé si tranquille sous la lumière des réverbères est en fait une voie reliant une cité-dortoir au centre-ville, et nous sommes tôt réveillés par une circulation dense d'autos et de pétrolettes. Depuis la Poste de Senlis où nous retrouvons une bousculade et un manque de courtoisie bien français et presque oubliés, nous appelons Gigi qui nous accueillera quelques heures plus tard. Entre temps, nous nous serons enlisés en stationnant sur un accotement non stabilisé (ce qui nous vaut notre deuxième treuillage dans cette même région...), et nous aurons constaté avec dépit notre retard d'une journée au Salon du Camping-Car du Bourget.

Gigi et Henri sont très occupés par le chantier de leur fille Anne qui restaure les vitraux de la petite église de Sainte-Marguerite-de-Carrouges. Ils nous réservent cependant un accueil charmant et nous échangeons un long moments sur nos multiples expériences, rencontres, impressions, etc... Nous passerons la nuit devant chez eux, après avoir regarni un peu nos coffres vides au supermarché voisin. Comme la nourriture nous semble variée et peu coûteuse ici après notre séjour nordique ! Décidément la France demeure - et pour longtemps je l'espère - le royaume des plaisirs de la table...


Mardi 11 octobre 1988 : de SOISY-SOUS-MONTMORENCY à BOIS-COLOMBES

Chez Gigi et Henri, la matinée s'écoule paisiblement en discussions sur notre prochain itinéraire, en examen des cartes, en parcours d'une documentation sur la Turquie rassemblée par Xavier tenté par cette destination... Voilà bien de quoi nous séduire !

Mais nous ne voulons pas déranger plus longtemps nos hôtes de Soisy. Aussi, répondant à une invitation lancée depuis des années par ma cousine Marie-Joëlle, nous gagnons via un dédale de petites rues de banlieue le centre de Bois-Colombes où elle a acheté une maison voici quelque temps. Sa "Villa de la Paix" est nichée dans une impasse très tranquille juste assez large pour contenir notre camion qui restera 3 jours stationné devant la porte du jardin. Nous avons grand plaisir à nous revoir, mais comme Marie-Joëlle a déjà réservé son après-midi, nous profitons de nos loisirs et de la gare toute proche pour aller à Paris discuter un moment avec Philippe Jacquier. Il nous accueille avec sa gentillesse coutumière et nous jasons un long moment de notre voyage, de nos impressions et de son projet de film sur l'arrière grand-père Veyre qui semble en bonne voie. Un autre grand voyageur avec lequel on ne peut que se sentir en connivence...

Nous retournons en fin d'après-midi à Bois-Colombes pour souper avec Marie-Joëlle et Alfred rentré tard de son bureau d'avocat à Paris. Il parle le français à la perfection avec une pointe d'accent hollandais qui lui donne un charme très particulier. La conversation roule longuement sur toutes sortes de sujets reliés de près ou de loin à notre voyage : politiques, culturels et même pratiques... Puis nous nous laissons tenter par de vrais lits et, pour la première fois depuis presque 3 mois, nous nous glissons entre 2 draps dans une chambre grandeur nature.


Mercredi 12 octobre 1988 : BOIS-COLOMBES

La grande maison est vide lorsque nous nous levons; les garçons sont partis à l'école, Alfred à son bureau, Charlotte à la garderie, et l'on se sent un peu d'une autre planète à pouvoir vivre à notre rythme comme nous nous en sommes donné le loisir... Nous décidons d'avancer nos affaires en nous rendant au consulat de Yougoslavie pour obtenir nos premiers visas. Rue d'Assas, Jardin du Luxembourg... c'est avec une certaine émotion que nous retrouvons ces lieux autrefois familiers qui ont gardé pour nous un parfum d'études et de jeunesse.

Laissant nos passeports à l'agent consulaire pour 24 heures, nous rejoignons Thérèse Cambin, la marraine de Monique, dans son restaurant du XVème arrondissement. Elle nous invite à prendre place à table, puis nous rejoint après le rush de midi. Nous pouvons alors échanger un moment avant que sa fille Florence prenne la relève. Elle nous fait visiter son minuscule appartement au dessus du restaurant et bavarde un peu avec nous.

C'est déjà l'heure du retour à Bois-Colombes où nous retrouvons Juliette et Mathieu. Nos enfants ont passé l'après-midi avec leurs cousins en congé ce mercredi. Tout le monde a apprécié cette journée où l'on a pu mettre un peu de distance entre les générations, ce qui n'était pas arrivé depuis bien longtemps... Nous ne verrons pas Alfred ce soir au souper car il est à l'étranger en voyage d'affaire; aussi prenons-nous tous notre repas dans la cuisine. Mathieu va jouer avec l'ordinateur des cousins pendant que nous finissons la soirée en compagnie de Marie-Joëlle à discuter d'éducation...


Jeudi 13 octobre 1988 : BOIS-COLOMBE et PARIS

Nous récupérons nos passeports visés au consulat de Yougoslavie, et les portons à celui de la Hongrie pour la même opération. Cette fois-ci les enfants nous accompagnent; nous profitons de l'occasion pour leur faire visiter le Quartier Latin, de la gare Montparnasse à la Place St-Michel en passant par la rue de Rennes et le Jardin du Luxembourg.

Chemin faisant, nous découvrons sur la Place Saint-Sulpice une librairie spécialisée dans les livres d'histoire et d'archéologie. Voilà qui nous permettra d'équiper de façon un peu plus adéquate la bibliothèque du bord. C'était en effet une lacune de notre premier voyage que de nous être insuffisamment préoccupés de la documentation destinée aux enfants. Elle est indispensable si l'on désire les sensibiliser aux grand courants culturels que l'on est amené à fréquenter, et l'on trouve sur le marché toutes sortes de publications très riches beaucoup plus abordable pour eux que les guides touristiques. Plusieurs volumes de la collection "Grandes Époques de l'Homme" (Time-Life) laissés à Montréal auraient fort bien répondu à ce besoin, mais nous avions déjà tant de bagages...

Après un agréable pique-nique dans le splendide Jardin du Luxembourg (où Mathieu manque tomber dans le bassin...), nous allons traîner dans le nouveau quartier de Montparnasse. Comme il a changé depuis que nous y séjournions il y a maintenant 16 ans ! Disparues les ruelles sales et pittoresques, démolis les bistrots crasseux dont la faune était en soi tout un spectacle, anéanties les petites boutiques aux vitrines vieillottes et poussiéreuses... Partout ont poussé les grands immeubles de béton et de verre, des avenues nettes et rectilignes ont remplacé les petites rues sinueuses... La ville est neuve et nous avons perdu tous nos repères.

Nous achevons notre balade par une visite - inévitable ! - à la librairie de la F.N.A.C., rue de Rennes, où nous faisons encore quelques emplettes avant de reprendre enfin le chemin de Bois-Colombe. Nous y passons une autre soirée familiale tranquille.


Vendredi 14 octobre 1988 : de BOIS-COLOMBE à COLLEVILLE-MONTGOMMERY

Pendant que je retourne à Paris chercher nos passeports dûment tamponnés au consulat de Hongrie, Monique lève le camp chez Marie-Joëlle et, à 12:30, nous partons pour la Normandie. En sortant de l'autoroute à Chaufour (péage de 10,00 F.), nous évitons le seul passage un peu pénible de la N 13 pour arriver à Caen après 3 heures et demi de voyage sans problème. Maman nous reçoit dans son appartement merveilleusement situé près de l'Abbaye aux Dames. Elle nous semble beaucoup plus en forme moralement que la dernière fois et les retrouvailles sont très chaleureuses et plaisantes.

Après un moment passé avec elle à raconter brièvement notre périple nordique, nous prenons la route de la mer pour aller nous installer dans la petite maison de Colleville "Simple Abri". A deux pas de la plage, c'est une retraite paisible dont nous apprécions beaucoup le silence et l'isolement. Presque toutes les villas sont actuellement inoccupées dans ce village de vacance assis sur la dune. Seuls le vent, les cris des mouettes et le ressac de la marée haute apportent un peu de vie au rivage désert immensément étendu sous le ciel variable. En passant par Hermanville nous ne manquons pas de nous arrêter quelques minutes chez Gilles et Ginette qui, eux aussi, nous réservent un accueil cordial. Mathieu et Juliette surtout sont heureux de retrouver des jeunes de leur âge et se donnent rendez-vous pour les prochains jours.


Samedi 15 octobre 1988 : COLLEVILLE-MONTGOMMERY

Cette première journée d'étape devrait être de repos, mais l'on s'emploie d'abord à vider le camping-car et à s'installer dans "Simple Abri". Sans s'arrêter en si bon chemin Monique attaque les lessives en séries tandis que j'entreprends un ménage général de notre véhicule qui en a bien besoin. A peine trouvons-nous le temps d'aller prendre l'air sur la plage en début d'après-midi, mais le vent d'automne, vraiment très frais, nous fait bientôt battre en retraite. Gilles me rejoint dans la maison et je l'aide à poser quelques portes dans la grande chambre. Papa avait entrepris ces travaux pendant sa maladie mais n'avait pu les terminer.

Nous allons enfin faire le plein de nourriture à l"Intermarché" local où nous rencontrons par hasard Denis et Françoise passant le week-end dans leur belle-famille. On échange quelques mots, on se donne rendez-vous pour la semaine suivante, avant de rentrer rapidement à la maison préparer le souper que nous partageons avec Gilles et Ginette.


Dimanche 16 octobre 1988 : COLLEVILLE-MONTGOMMERY

À Collevile Mathieu continue des barrages...
À Collevile Mathieu continue des barrages...

Les nettoyages, lessives et autres tâches d'entretien se poursuivent dans la journée. Maman, qui garde Sophie et Olivier pendant que leurs parents sont à Paris pour un congrès, vient passer l'après-midi sur la plage. Les garçons s'en donnent à cœur-joie dans les flaques laissées par la marée, construisant ports et barrages, tandis que les filles courent les coquillages. J'achève le ménage du camping-car par un grand lavage extérieur qui se termine à la nuit tombée...

Lundi 17 octobre 1988 : COLLEVILLE-MONTGOMMERY

Nous prenons rendez-vous chez le concessionnaire Citroën pour faire réparer la suspension qui grince de façon chronique et effectuer la révision des 15 000 km. Puis nous gagnons le centre de Caen pour quelques soins médicaux. Mathieu et Juliette subissent un examen chez l'ophtalmologiste avant que nous filions chez l'opticien commander de nouvelles lunettes pour Mathieu, puis je rencontre moi-même le Dr Beaufils pour une prescription d'analyse. Dans les rues les gens nous semblent relativement sereins et la circulation fluide mais nous avons le sentiment d'avoir un peu perdu le rythme de la vie urbaine. Nous sommes donc très heureux de regagner en fin d'après midi le calme de notre asile de Colleville. En passant nous arrêtons voir Maman qui continue patiemment sa garde dans la grande maison d'Hermanville. Elle nous prête gentiment sa voiture, ce qui facilitera nos déplacements du lendemain.


Mardi 18 octobre 1988 : COLLEVILLE-MONTGOMMERY

Poursuite de nos "cossins" bien ennuyeux mais nécessaires : j'emmène le camping-car au garage où je dois parlementer une heure pour obtenir qu'on me commande en express des agrafes manquantes. Elles sont indispensables pour fixer le coussin insonorisant du moteur lui-même livré avec 3 semaines de retard après notre départ vers la Scandinavie... Puis nous filons avec la petite Peugeot de Maman chercher les lunettes de Mathieu, passons à la banque renouveler notre réserve de chèques de voyage, retournons à Vaucelles porter mon analyse, rentrons à Hermanville où Mathieu et moi-même nous rendons chez le coiffeur... pendant que Monique se repose un peu.

Maman et Juliette vont chercher Sophie à la sortie du lycée de Ouistreham, puis les deux filles font une heure d'équitation chez une amie de Sophie propriétaire de plusieurs chevaux. En fin d'après-midi, nous voyons arriver à Hermanville Gilles et Ginette qui rentrent de leur congrès, épuisés par le rythme qu'ils ont dû subir à Paris. Assez fatigués nous-mêmes, nous regagnons "Simple Abri" avec l'auto de Maman que Monique raccompagnera demain matin à Caen.


Mercredi 19 octobre 1988 : COLLEVILLE-MONTGOMMERY

Monique part à Caen, prenant Maman au passage à Hermanville, pour des rendez-vous de médecin et de coiffeur pendant que je demeure dans la maison à bricoler les portes de la chambre. Les enfants avancent un peu leurs travaux scolaires, puis lisent et jouent ensemble. Monique rentre en fin d'après-midi accompagnée de Maman qui soupe avec nous.


Jeudi 20 octobre 1988 : COLLEVILLE-MONTGOMMERY

Gilles vient nous chercher le matin, nous laissons les enfants chez Maman et rejoignons Denis chez le notaire pour parachever la succession de Papa. Puis Gilles et moi allons à la banque ouvrir notre compte indivis. Voilà qui devrait clore ce chapitre délicat et préoccupant.

Nous dînons ensuite chez Maman qui nous emmène voir une conférence "Connaissance du Monde" sur la Bavière; si les images sont bonnes, le commentaire goguenard nous semble un peu forcé, caricaturant un peuple et un pays passionnant. Nous retrouvons dans la salle Françoise qui nous accompagne à Vaucelles où nous récupérons nos couettes chez le nettoyeur; Denis nous remonte chez Maman où nous chargeons son vieux frigo à destination de la maison de Colleville.

Monique reprend au passage le camping-car enfin réparé chez Citroën et nous allons installer le frigo à Colleville. Denis rentre à Caen portant au passage la clé de son garage à Maman, mais celle-ci, ayant manqué le rendez-vous, s'est rendue la chercher chez Françoise... Quant à moi, je m'aperçois juste après le départ de Denis qu'il nous manque les grilles du nouveau frigo où nous ne pouvons remiser nos victuailles fraîches; je repars donc à Caen chez Maman que je dois attendre un bon moment (puisqu'elle-même attend sa clé chez Françoise...). Un vrai chassé-croisé dignes des vaudevilles à la Feydeau ! Enfin tout rentre dans l'ordre, et nous finissons par nous coucher fort tard.


Vendredi 21 octobre 1988 : COLLEVILLE-MONTGOMMERY

C'est encore une journée bien remplie qui nous attend : ayant constaté que les réparations demandées chez Citroën n'ont pas été bien faites, je décide donc de retourner réclamer au garage. Pendant ce temps Monique met de l'ordre dans la maison et les vêtements. Je n'obtiens guère de résultats - il faudrait une autre immobilisation de plusieurs jours - mais je réussis quand même à faire livrer directement à Lyon les pièces manquantes.

Dans l'après-midi, je raccourcis la baguette de retour sur la tablette du placard haut de la cuisine et descends la tablette du bas, ce qui augmente l'espace utilisable et évitera aux casseroles de glisser dans l'allée à chaque virage serré; j'achève aussi de boucher les ouïes d'aération des coffres qui continuaient d'amasser poussière et objets errants.

En fin de journée, nous prenons la route du Havre-Varaville où Pascale Mourez et Jean-François Poussin nous ont invités à souper. Ils ont reconstruit dans un grand jardin une ancienne maison de vacance et y vivent tranquillement avec leurs deux enfants. Le résultat de leurs travaux est charmant, noyé dans les fleurs et les arbustes, abrité par la dune des bourrasques et des embruns de la Manche. La soirée se déroule joyeusement et c'est bien tard que nous retrouvons notre foyer.


Samedi 22 octobre 1988 : COLLEVILLE-MONTGOMMERY

Marion et Philippe J., que nous avions conviés à venir passer un week-end avec nous, arrivent vers 11:00, quelques minutes après le début de notre déjeuner... Pendant qu'ils vont "voir la mer", nous mettons la maison en ordre (elle en a bien besoin !). Puis nous abandonons là nos invités bien trop heureux de passer leur après-midi à la pêche; nous laissons également sur place les enfants très occupés à construire un circuit de petites voitures dans le sable du jardin, et partons faire nos "dernières" courses à Caen.

En cherchant des duvets à "La Hutte", Monique trouve enfin le jogging vert qu'elle désirait depuis longtemps, puis nous traînons encore un moment à la poursuite d'autres peccadilles. Nous rentrons tard - sans duvets ! - mais à temps pour préparer le souper avec nos hôtes. Une autre joyeuse soirée qui se termine bien avant dans la nuit...


Dimanche 23 octobre 1988 : COLLEVILLE-MONTGOMMERY

La journée, claire et tiède, commence tranquillement en compagnie de Philippe et Marion. Nous allons d'abord faire un tour sur la plage où le cousin de Monique taquine le poisson depuis 8:00; il exhibe fièrement une plie minuscule qui seule a daigné se laisser prendre... Aussi, délaissant le produit de sa pêche, nous passons au Vivier et faisons provision de moules fraîches dont nous nous régalons.

Nous partons ensuite le long de la côte jusqu'à Arromanches. La lumière est superbe, les points de vue sur la mer et sur la campagne normande pittoresques. Vers 16:00 nous sommes devant la célèbre tête de pont par laquelle les Alliés déferlèrent sur l'Europe en juin 1944. Du haut de la falaise près de la croix, on distingue très bien le dessin du port artificiel délimité par quelques restes de caissons de béton, les "phénix", échoués dans le sable. Les mouettes jouent alentour, l'air est vif et la lumière dorée. Nos hôte nous quittent alors, devant regagner Paris et le travail. Nous avons encore le temps de faire un petit tour au centre du village où Mathieu se désole de trouver le Musée du Débarquement fermé, puis nous rentrons pour avancer nos préparatifs de départ.

Dans la soirée, j'achève l'installation du vide-poches de Juliette dans le camping-car, avant de poser quelques fermoirs dans la chambre de Maman. Comme Monique préfère terminer ses courses à Caen plutôt qu'à Lyon, nous remettons à plus tard le départ et décidons que j'accompagnerai demain les enfants visiter le Mémorial de la Bataille de Normandie qui semble beaucoup les intéresser.


Lundi 24 octobre 1988 : COLLEVILLE-MONTGOMMERY

Notre journée commence assez tard, et c'est en début d'après-midi seulement que nous sommes à "Carrefour" pour compléter nos emplettes. Mais elles s'éternisent, tant il nous est difficile de trouver ce qui nous convient (vêtements d'hiver, bottes...) dans cette immense halle dont nous ignorons l'organisation. C'est donc fourbus et excédés que, vers 16:00, nous abandonnons les lieux.

Comme promis, j'accompagne alors les enfants au Mémorial de la Bataille de Normandie. C'est une superbe réalisation muséographique qui présente, dans une architecture ultramoderne et très aérée, les prémisses de la montée du nazisme, la guerre comme telle avec ses différents aspects (répression, résistance, stratégies militaires...), puis l'orientation vers la paix de l'après-guerre. Mathieu et Juliette voulant tout voir et tout se faire expliquer, c'est la fermeture du musée à 19:30 qui vient interrompre notre visite en plein milieu. Nous allons souper chez Maman où nous avions laissé Monique très fatiguée, et regagnons bientôt notre home pour un sommeil bienvenu.


Mardi 25 octobre 1988 : COLLEVILLE-MONTGOMMERY
Après avoir fait un détour par la banque et déposé Monique au centre- ville dont elle veut parcourir seule les magasins, nous retournons au Mémorial vers 12:00 pour le quitter vers 18:00. Films, maquettes, exposition de matériel nous occupent intensivement pendant ces 6 heures et c'est saturés d'informations face à cette période historique que nous quittons le musée. Une mention particulière pour les 2 films par lesquels s'achève la visite, l'un très spectaculaire avec son écran double où s'affrontent parallèlement et simultanément les deux partis en présence (Alliés et Allemands), l'autre fort émouvant par l'évocation de la fin de la guerre mondiale, des autres conflits armés ayant éclaté depuis, et l'espérance d'un état de paix enfin à venir pour le monde. Caen - Le Memorial

Nous rejoignons Maman et Monique à Colleville où nous soupons ensemble avant de terminer nos préparatifs de départ.



Améliorations chez Pilote en Bretagne et séjour à Lyon


Mercredi 26 octobre 1988 : de COLLEVILLE à LA LIMOUSINIÈRE (près de NANTES)

Nous rangeons la maison et remplissons le camping-car pour être enfin prêts à lever le camp vers 12:00. C'est incroyable tout ce que peut contenir cette petite maison à roulettes, aussi quel boulot ! Un arrêt à Hermanville nous permet de compléter notre pharmacie de voyage et de remonter le coffre sur le toit avant de faire nos adieux à Gilles et Ginette; autre escale à Vaucelles chez Denis auprès duquel nous achevons de nous approvisionner et d'où nous faisons nos adieux à Maman par téléphone.

Vers 17:00, nous prenons la route de Nantes. Nous voulons en effet profiter de ce que nous devons traverser la France pour passer à l'usine Pilote. Nous comptons y faire réparer ou modifier tout ce que nous pourrons parmi les nombreux défauts et insuffisances relevés sur notre R 470 depuis trois mois et demi.

Dans l'ensemble, la route est belle et rapide, offrant des vues pittoresques sur les vallonnements du Bocage sillonné de haies et envahi par les brumes du crépuscule. Du haut de la colline d'Avranches, nous apercevons le Mont-Saint-Michel illuminé au loin dans sa baie, puis nous roulons dans la nuit jusqu'à Rennes, utilisant des 4 voies modernes dont j'ignorais l'existence. Comme la Bretagne s'est modernisée en 20 ans ! L'impression se confirme lorsque nous empruntons le périphérique de Rennes puis de la voie rapide sur laquelle nous filons jusqu'à Nantes. Mais arrivés au centre ville et tentant de repérer sur un plan la Limousinière, nous sommes incapables de la trouver. Pire, personne ne semble jamais en avoir entendu parler... Il nous faudra 2 heures de recherches dans la campagne, zigzaguant sur des petites routes enténébrées, pour découvrir le village. L'usine se profile enfin devant nos phares. Nous allons stationner dans un lotissement en construction juste à côté pour nous endormir enfin vers 2:00 du matin.


Jeudi 27 octobre 1988 : LA LIMOUSINIÈRE

Accueil de
              l'usine Pilote de La Limousinière
Accueil de l'usine Pilote de La Limousinière
Nous nous présentons vers 9:30 aux bureaux de la compagnie Pilote. On nous fait poireauter une demi-heure avant qu'un sous-fifre vienne entendre nos récriminations. Devant leur ampleur, il semble dépassé et doit en référer au directeur technique qui, quant à lui, ne sera pas disponible avant 14:00... Vers 14:30 ce dernier, de fort méchante humeur (on ne lui aurait pas transmis notre appel quelques jours plus tôt, dit-il...) condescend à nous consacrer quelques minutes. Ce sera une entrevue très désagréable où il faudra arracher point par point chacune des réfections nécessaires; et encore, tous les défauts dus à la mauvaise qualité du matériel ne seront-ils pas réparés à notre convenance, et les travaux ne commenceront-ils que demain !

Voilà qui nous laisse désœuvrés pour la deuxième moitié de l'après-midi. Un coup d’œil sur la carte et nous partons vers l'île de Noirmoutier où, malchance, nous trouvons le Gois (voie submersible à marée haute) sous quelques mètres d’eau... Monique entame une longue conversation avec une femme en caravane seule avec ses six enfants, et nous n'aurons finalement pas le temps de faire le détour par le pont. Nous soupons quand même devant la plage avant de retourner à la Limousinière dans la nuit pour nous y coucher tôt.


Vendredi 28 octobre 1988 : de LA LIMOUSINIERE à TOURNUS

Lever à 7:15 pour mettre le camping-car à la disposition de l'atelier à 8:00. On nous installe avec armes et bagages dans une salle de conférences où j'écris mon journal très en retard, tandis que les enfants lisent et que Monique met la comptabilité à jour.

La journée se passe ainsi tranquillement jusqu'à ce que, vers 16:00, on nous remette notre coquille rénovée : grand lanterneau motorisé et immense trappe d'aération basse dans la douche (nous ne devrions plus avoir de problème d'humidité !), vanne du réservoir d'eaux usées placée sur le côté (et non plus sous le plancher), changement de la tôle latérale pliée, etc. On nous remet aussi des pièces et du matériel pour remplacer ou réparer le reste des équipements défectueux, et en route.

Nous roulons toute la fin de la journée qui s'achève et une bonne partie de la nuit pour arriver vers 2:00 à Tournus où nous nous glissons en silence sur le stationnement d'Odile et Jean-Louis à la Croix Saint-Léonard.

Samedi 29 octobre 1988 : de TOURNUS à SAINTE-FOY-LES-LYON

Je me lève tard et récupère un peu. Après un minimum de mise en ordre du camion, un plantureux déjeuner nous réunit avec la famille B.. Répondant à l'invitation de sa tante, Mathieu restera à Tournus passer quelques jours de vacances avec ses cousins eux-mêmes en congé. Puis, après quelques vaines tentatives pour brancher notre camescope sur leur T.V. (nous n'avons pu voir jusqu'à présent aucun de nos films tournés en Scandinavie), nous reprenons la route vers Lyon. Malgré quelques errements, Monique ne retrouvant plus son chemin dans le dédale des nouvelles voies d'accès et autoroutes, nous arrivons sur la rue Alexis-Carrel vers 16:00. Chaleureux accueil de Jehanne qui nous reçoit seule, Jean étant à la chasse au chevreuil dans le Jura.


Dimanche 30 octobre 1988 : SAINTE-FOY-LES-LYON

Journée tranquille où l'on se lève tard et où l'on s'installe dans les chambres mises à notre disposition. Quel déballage !


Lundi 31 octobre 1988 : SAINTE-FOY-LES-LYON

Après être allé chercher à la succursale Citroën d'Ecully les pièces commandées à Caen... et bien arrivées, nous prenons rendez-vous au garage de Brignais pour tenter encore une fois de faire taire notre suspension grinçante.


Mardi 1er novembre 1988 : SAINTE-FOY-LES-LYON

En France la Toussaint est jour férié, donc repos forcé...


Mercredi 2 novembre 1988 : SAINTE-FOY-LES-LYON

Nous nous levons tôt pour porter notre camping-car chez le concessionnaire Citroën de Brignais où Jehanne nous a obtenu un rendez-vous d'urgence. Le chef d'atelier paraît bien occupé, mais je garde quand même espoir en la qualité du service dans un petit garage... Dans la journée, un peu de magasinage et beaucoup de repos...


Vendredi 4 novembre 1988 : SAINTE-FOY-LES-LYON

Nous récupérons notre camping-car au garage, mais les ressorts grincent toujours autant, et le chef d'atelier me fait comprendre qu'il m'a pour ainsi dire fait une faveur en recevant mon camion dans son atelier... Quand je pense que nous avons dû nous passer 48 heures de notre précieux véhicule pour un résultat si mince... Décidément, quel service dans ce pays; on est loin du Danemark!

Nous résignant à revaloriser par le remplissage de nos coffres à provision un après-midi déjà bien entamé, nous filons au Carrefour d'Ecully. Pour moins de 2 000,00 francs, nous avons la surprise de bourrer 2 grands paniers, soit 2 coffres et demi. Cela nous permettra de subsister en quasi autarcie pendant les deux mois à venir. Je profite de l'occasion pour remplacer nos 2 bouteilles de propane quasiment vides par des pleines à un coût raisonnable. Voilà qui équilibrera notre budget autrement mieux que lors de notre coup d'essai scandinave !

 Après cette razzia, nous rentrons à la maison à 19:00, bien fatigués. Monique commence aussitôt un rangement rationnel et une liste qui rendra plus rapide le prochain plein à notre retour. Nous sommes enfin presque prêts...

Samedi 5 novembre 1988 : SAINTE-FOY-LES-LYON

Matinée tranquille où l'on se lève tard et traîne un peu... Après dîner Jean m'accompagne dans ma recherche de jerrycans à eau destinés à compléter notre réservoir de 90 litres vraiment insuffisant. Nous consacrerons l'après-midi à cette quête pour finalement trouver chez Sublet à Saint-Priest les deux fameux bidons. Une visite chez Matasse avait amené le résultat habituel : pas de solution sinon à un coût prohibitif...

Entre temps Mathieu rentré de Tournus passe les quelques heures de notre magasinage dans la boutique de Jean-Pierre B. où il peut voir et discuter des nouveaux jeux tout son saoul. Il récupère ainsi la fatigue d'une semaine de vacances avec ses cousins qui, parmi bien d'autres plaisirs et activités, l'ont entraîné sur un parcours d'hébertisme...

Dimanche 6 novembre 1988 : SAINTE-FOY-LES-LYON

Baptême de
              Clément B.
Baptême de Clément B.

C'est aujourd'hui le baptême de Clément, et toute la famille se rassemble à Sainte-Foy : Jean-Louis et Odile, René-Pierre et Jocelyne... Cela fait beaucoup d'enfants, auxquels s'ajoute la famille de Christian. Avant que chacun arrive en fin de matinée, j'achève la pose de l'antenne radio sur le toit du camping-car pendant que Monique poursuit le rangement de l'épicerie.
Nous descendons ensuite à la cathédrale Saint-Jean où, en attendant le début de la cérémonie, nous allons admirer l'horloge astronomique et ses charmants personnages médiévaux qui s'animent soudain sur le coup de midi: le coq secoue ses ailes, les anges battent tambour et sonnent trompette, l'Archange Gabriel apparaît à Marie en prière; quelques secondes d'agitation, puis tout rentre dans le calme pour 24 nouvelles heures... Nous nous dirigeons alors vers la chapelle des baptêmes. Clément se montre très serein et gracieux pendant les différents rituels et onctions. Les autres enfants tiennent sagement leur cierge cérémoniel tandis que les parents entonnent à pleine voix les hymnes de circonstance, accompagnés à l'orgue par Jean-Louis et Emmanuel. Baptême de
              Clément
Baptême de Clément B.

La fête se poursuit autour d'un bon feu de cheminée dans le grand salon de Sainte-Foy. Jean étrenne sa nouvelle T.V. en présentant ses débuts à la vidéo, puis nous visionnons pour la première fois (hélas en noir et blanc, faute d'un appareil multistandard PAL-NTSC...) quelques uns de mes films. Leurs nombreux défauts me sautent aux yeux et me décident à les regarder tous systématiquement par la suite pour tâcher d'améliorer une technique pour le moins maladroite.


Lundi 7 novembre 1988 : SAINTE-FOY-LES-LYON

C'est ce matin que nous devions prendre la route de la Hongrie et de la Grèce, mais Monique ne se sent pas encore prête à redémarrer. Elle veut prolonger encore un peu l'étape pour achever ses travaux de couture et faire quelques courses. Aussi décidons-nous de nous séparer : j'emmènerai Mathieu en Suisse pour 4 jours d'excursion selon ses désirs, puisqu'il nous réclame ce pays de ses rêves depuis bien longtemps. Nous reviendrons samedi pour qu'il puisse participer à la prochaine assemblée des "Paladins des Traboules" (son club de jeu de rôle favori et nous partirons tous dimanche.

La journée passe donc en ultimes bricolages dans le camping-car (coupe des coussins isolants de la capucine, fixation du câble d'antenne, étanchéité de la salle de douche), et en quelques ajustements vestimemtaires (il commence à faire assez froid et, insuffisamment équipés, nous avons dû nous faire prêter quelques vestes et anoraks). Au repas du soir, j'invite Jean à nous accompagner s'il le désire, ce qu'il accepte semble-t-il avec plaisir.



21. Virée en Suisse et traversée de l'Autriche jusqu'au Loibltunnel

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