Sabbatique 1988-89

Juliette, Mathieu, Monique et Jean-Paul MOUREZ
à bord de leur Pilote 470


1. France - Belgique - Allemagne - Danemark


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 Premiers préparatifs, de LYON à ANNECY

Dimanche 3 juillet 1988 : de MONTRÉAL à PARIS

Nous passons la matinée chez nos amis Louis et Catherine Dumèze qui nous accueillent depuis deux jours dans leur maison de Sainte-Dorothée. Nous avons en effet dû libérer progressivement toutes les pièces encore occupées dans le sous-sol à l'arrivée de nos locataires le 1er juillet. Notre garage, conservé à titre d'entrepôt, est maintenant entièrement rempli par la literie, la voiture et tout ce qui restait d'incasable, tandis que celui de nos locataires, également récupéré, isolé et barricadé, nous sert de garde-meuble. Une fois la grande porte cadenassée, on a juste assez d'espace pour se faufiler et barrer la porte intérieure, mettant ainsi le point final à trois semaines de déménagement et de rangement aux allures de casse-tête chinois : comment entasser le contenu de 10 pièces confortables dans deux salles aux dimensions nécessairement réduites et basses de plafond ?

Derniers
                      préparatifs à Outremont : le garage garde-meubles
>L'entrée du garage converti en entrepôt...

Monique a pris les mesures de tous les meubles afin de planifier leur placement optimal dans le local, je les ai démontés, descendus et remontés avec l'aide de Dominique Barbe, de passage à Montréal et venu prêter main-forte, puis elle les a remplis à nouveau. Tous nos biens sont maintenant empilés et protégés d'une éventuelle inondation par de grandes bâches de polythène (le garage se trouve sous la salle de bain du premier étage...).

Nous sommes dorénavant sans domicile fixe pour les 365 prochains jours, situation qui susciterait un brin d'anxiété (au cas où notre voyage tournerait court...), si la fatigue des derniers jours et l'excitation du départ ne la faisaient un peu oublier.

Après un barbecue dans le jardin de nos amis, nous devons retourner dans l'après-midi à Outremont pour démonter le plafond suspendu du garage qui menace de s'écrouler sur l'auto : les luminaires ont probablement surchauffé leurs fixations qui ont fini par lâcher aujourd'hui, évidemment ! Il est enfin temps de faire nos adieux - cette fois définitifs, nous l'espérons - à la maison où tout semble en ordre, et au jardin en pleine floraison. Petit pincement de cœur...

Puis nous recommençons la cérémonie maintenant familière de l'emballage et du pesage des valises (78 kg!), avant que les Dumèze nous mènent à Mirabel où nous expérimentons à nos dépens les subtilités inflexibles des douanes canadiennes : il nous sera en effet impossible de nous faire rembourser, comme nous l'espérions, la taxe sur nos achats de dernière minute. Enfin, vers 19:00, embarquement et à 20:00, décollage à l'heure prévue, ce qui se révèle une agréable surprise sur Nationair...

Le voyage se déroule sans histoire, dans un vieux DC 8 où l'on est tassé comme des sardines ("sans l'huile", dixit mon voisin vénérable pêcheur gaspésien !). Notre aventure européenne vient tout juste de commencer...


Lundi 4 juillet 1988: de PARIS à SAINTE-FOY-LES-LYON

Arrivée à Orly vers 9:00. Maman et Henri Bonneau sont fidèles au rendez-vous, Henri serviable et un peu perdu, Maman chaleureuse et dispersée. Accueil charmant à Soisy, dîner copieux et délicieux, puis dare-dare, après un tri rapide de nos abondants bagages, en route pour le métro Pleyel où Henri nous dépose, sac au dos. Nous gagnons la gare de Lyon en laissant au passage Maman qui reprend le train à la gare Saint-Lazare. Quelle panique! La fatigue commence à se faire sentir... Comme le T.G.V. de 16:00 est bondé, nous réservons pour 20:00 et avons alors le temps d'aller faire une petite visite à Philippe  et Marion à Montreuil, adorables, avec lesquels nous pique-niquons.

Puis ce sont deux heures de T.G.V. (fantastique impression de vitesse... réelle: 235 km/heure !), et Jean Boissier nous attend à Perrache. Il nous embarque jusqu'à Sainte-Foy où nous nous écrasons - enfin ! - dans un bon lit.
 

Mardi 5 juillet 1988 : SAINTE-FOY-LES-LYON

Nous sommes pleins d'énergie au réveil : c'est aujourd'hui notre première visite au concessionnaire Pilote auprès duquel Monique a placé notre commande en février. Nous voyons enfin l'engin tant attendu qui sera notre home pour les 12 prochains mois... L'espace est mesuré, le décor passablement banal, mais l'ameublement paraît confortable. Il semble n'y avoir que très peu de place à récupérer et d'aménagements à agencer (tablettes, placards, vide-poches...).

En quittant M. Matasse, Monique lui précise nos commandes spéciales (auvent, rideau de séparation à l'arrière, tablettes supplémentaires, coffre de toit, lanterneau de capucine, siège du passager pivotant, système d'alarme...). Bien que très occupé (dit-il !), il promet de nous livrer notre camping-car en ordre pour jeudi prochain. Puis nous allons voir le douanier, M.Poli, pour nous faire confirmer la possibilité d'achat en suspension de taxe. Ouf, 6 000 $ d'économies ! Monique apprécie très peu les circonlocutions et précautions du "zélé" fonctionnaire, mais je joue le jeu, il en vaut la chandelle... Nos affaires sont en bonne voie.

Visite ensuite chez l'oncle Robert où Jean joue les réparateurs d'urgence, puis détour impromptu chez Anne et Christian dans le vieux Saint-Georges; leur maison nichée dans la verdure à flanc de colline est pleine de charme, mais si petite ! Anne porte bien sa grossesse, Christian semble enchanté de sa paternité en puissance, mais tous deux voudraient bientôt voir terminé leur chantier qui n'en finit pas. De retour à Sainte-Foy, soirée tranquille à mettre de l'ordre dans notre documentation.


Mercredi 6 juillet 1988 : SAINTE-FOY-LES-LYON

Visite au transitaire avec notre vendeur, M. Matasse, pour remplir les formulaires d'"exportation" de notre véhicule, puis retour au Bureau des Douanes où M. Poli nous félicite pour notre "parcours sans faute"; quelle mentalité, et quelle conception de son rôle ! La journée est malheureusement trop avancée pour aller enregistrer notre véhicule à la Préfecture, aussi Jean, qui nous a très gentiment servi de taxi dans toutes nos démarches, nous emmène à nouveau chez son frère où il va terminer sa réparation.

Dans le vieux
                    Lyon, Monique devant le bouchon Le Garet
Lyon : rue du Garet, Monique consulte la carte...
Puis il décide de nous faire visiter le Vieux Lyon. Il découvre alors que sa fille a fréquenté, à son insu et il y a quelques années, les mêmes "bouchons" que lui... Magnanime, il nous invite alors à un souper bien arrosé au "Garet", cadre tout à fait typique du vieux bistrot lyonnais, où la nourriture est simple, mais abondante et d'excellente qualité.
La soirée s'achève plaisamment par un tour de la presqu'île, de l'Opéra à Aînay, où Jean nous montre tous les hauts-lieux hantés par sa famille. Bref, une soirée agréable, dense et soulignée d'un brin de nostalgie. Dans le
                    vieux Lyon, une ruelle
Une rue du Vieux Lyon

Jeudi 7 juillet 1988 : SAINTE-FOY-LES-LYON

Jean nous conduit tôt à la Préfecture où, malgré les ordinateurs en panne, nous arrivons à obtenir nos numéros d'immatriculation et notre "carte grise" TT en une heure ! C'est, parait-il, un exploit... A peine sorti des griffes de l'administration, nous trouvons un artisan disposant de plaques rouges TT qui nous en estampe deux au prix fort. Enfin, à 14:00, nous sortons du bureau de l'assureur : tout est en ordre, il ne reste plus que la préparation du camion, évidemment pas tout-à-fait achevée...

Jean
                    filme nos préparatifs avec son nouveau caméscope
                    depuis le balcon du chalet
Jean filme nos préparatifs avec son nouveau camescope depuis le balcon du chalet
Comme nous disposons d'encore un peu de temps dans l'après-midi, nous gagnons la F.N.A.C. où Jean va magasiner les caméscopes. Il finit par opter pour le format vidéo 8 et fait l'acquisition d'une caméra Bauer, jumelle de mon Olympus, mais qu'il paie 2 fois 1/2 plus cher... L'électronique demeure décidément très dispendieuse en France, nous achèterons donc nos accessoires à l'étranger.

Dans la soirée nous sommes invités à un souper plutôt arrosé, mais aussi très sympathique chez Françoise Cambin. Nous y retrouvons avec plaisir Michèle et Henri Jacquier. Encore un journée dont nous sortons quelque peu harassés, mais contents.


Vendredi 8 juillet 1988 : de LYON à SAINT-JORIOZ

Le départ tarde à survenir, pourtant comme j'ai hâte de mettre la clef dans le contact ! Après un petit bout de film sur le jardin et la maison, nous finissons par quitter Sainte-Foy vers 10:00 en direction du chalet de Saint-Jorioz, au bord du lac d'Annecy. Jean nous laisse en passant à Saint- Priest prendre enfin livraison de notre camping-car, mais à 11:15 chez Loisirs 2 000, M. Matasse est absent, et nous devons attendre son retour jusqu'à 13:30... Nous montons enfin à bord.

C'est pour constater que les aménagements attendus ont été plus ou moins bien réalisés, qu'une jauge du panneau de contrôle est défectueuse, que le témoins 12 volts du frigo ne fonctionne pas, et encore aurons-nous attendu 2 longues heures pour recevoir une démonstration incomplète des différents appareils avant de recouvrer un reliquat de crédit qui nous est dû ! Bref, nous quittons notre concessionnaire assez déçus de son organisation et de son service pour le moins approximatifs...
M'enfin, le camping-car roule, bruyamment mais rondement, et nous mettons bravement trois heures trente pour faire les 173 kilomètres qui nous séparent de Saint-Jorioz où nous arrivons à 19:00. Accueil triomphal des enfants qui nous ont précédés en France d'une vingtaine de jours et qui, eux aussi, voient notre rêve se réaliser. Encore une journée où le repos nous semble bien mérité !
Le quartier des Tuileries à St-Jorioz
Le quartier des Tuileries à St-Jorioz

Samedi 9 juillet 1988 : SAINT-JORIOZ

Premier éveil au bord du lac d'Annecy : le paysage du lac environné de montagnes est splendide mais comme estompé par la brume, et la chaleur humide nous oppresse un peu.

Vu de Talloires,
            le rocher de Duingt s'avance dans le lac d'Annecy
Vu de Talloires, le rocher de Duingt s'avance dans le lac d'Annecy

Duingt au milieu du lac
Duingt au milieu du lac

La matinée s'achève lorsque Jean m'embarque avec Mathieu pour Genève où il veut compléter son matériel vidéo : seules les cassettes sont à un prix intéressant. Il me laisse conduire sa Citroën BX au retour : sa douceur de roulement et sa tenue de route m'impressionnent beaucoup.

Jean est impatient de rentrer, Anne étant en train d'accoucher d'un beau garçon, Clément. Joie et excitation au chalet... Dans l'après-midi, arrivent René-Pierre, Jocelyne et leurs deux filles : Marion, adorable poupée Corolle, et Perrine qui marche depuis deux semaines et tente de baragouiner. J'installe le ponton avec René-Pierre et la soirée se termine tranquillement dans cet environnement magnifique.

Dimanche 10 juillet 1988 : SAINT-JORIOZ

Près du chalet
            au bord du lac notre Pilote attend le départ
Près du chalet au bord du lac notre Pilote attend le départ

Devant le Tournette, St-Jorioz village au bord du lac
              d'Annecy
Devant la Tournette, St-Jorioz village au bord du lac d'Annecy

Première nuit "expérimentale" dans le camping-car avec Mathieu. J'y trouve un excellent repos mais suis réveillé en pleine nuit par le tangage lorsque le fiston se retourne : j'ai oublié de mettre les stabilisateurs !

Visite de notre cabane à roulette
Entrons dans notre cabane à roulette...

L'aire arrière et la dînette où Juliette et Mathieu
                déballent leurs bagages
L'aire arrière et la dînette où Juliette et Mathieu déballent leurs bagages

Belle journée où je replace le robinet de la cuisine en arrière de l'évier et répare diverses babioles, avant de commencer la consolidation de la salle de bain. Je suis exaspéré par la piètre qualité de la finition et j'ai hâte que l'on puisse s'accoter quelque part sans briser quelque chose.

La cuisinette et la table arrière, coin dévolu à
            Mathieu
La cuisinette et la table arrière, coin dévolu à Mathieu

Vers l'avant, le lit haut en capucine, la dînette à
              gauche et la cuisinette à droite
Vers l'avant, le lit haut en capucine, la dînette à gauche et la cuisinette à droite

Dans l'après-midi, visite de Gaby, Toutou et Françoise qui séjournent à Couty et qui tous admirent notre nouvelle acquisition. René-Pierre prend le volant pour faire un circuit-test sur la petite route du col de Léchaux. Selon lui, la mécanique est efficace mais les sièges ont un baquet insuffisant et l'insonorisation est à parfaire; on verra demain chez Bernard Jacquier, concessionnaire Peugeot à Annecy, les améliorations possibles.


Lundi 11 juillet 1988 : SAINT-JORIOZ

La journée se passe à faire des courses à Annecy avant de prendre rendez-vous au garage pour une isolation phonique du moteur.

Le vieil Annecy et le château ducal le long du Fier
Le vieil Annecy et le château ducal le long du Fier

Les Vieilles Prisons d'Annecy au milieu du Fier
Les Vieilles Prisons d'Annecy au milieu du Fier

Mardi 12 juillet 1988 : SAINT-JORIOZ

Nous rentrons le camping-car au garage pour faire projeter du "rubson" sous le capot et dans les ailes, dans l'espoir de le rendre un peu plus silencieux. En fin de matinée, Jean nous emmène chez Curioz, le vendeur Pilote du coin, pour changer le pied de la table de la dînette déjà brisé. Enfin un concessionnaire qui accepte de donner un minimum de service ! Durant l'après-midi, nous complétons notre équipement (enrouleur à rallonge électrique et câble de branchement sur le secteur, entre autres), mais cherchons vainement un boyau d'arrosage pliable. Le soir, nous récupérons bien tard, à la limite de la fermeture, notre véhicule "amélioré".


Mercredi 13 juillet 1988 : de SAINT-JORIOZ à TOURNUS

Après des remerciements bien mérités et des adieux émus aux Boissier qui nous ont tant aidés à mettre ce voyage sur pied, ou plutôt "sur roues", nous quittons Annecy vers midi pour nous rendre tranquillement chez Jean-Louis et Odile à Tournus.

La photo
            d'adieux à la maisonnée du chalet
La photo d'adieux à la maisonnée du chalet

Monique au
              volant prend le départ, filmée par Jean-Paul
Monique au volant prend le départ, filmée par Jean-Paul


Juliette surveille la manoeuvre !
Juliette surveille la manœuvre !
Adieu St-Jorioz !
Adieu St-Jorioz !

Mais nous faisons d'abord une étape à Lyon-Vénissieux, dans la clinique où Anne vient d'accoucher d'un neveu tout neuf : Clément. Elle nous présente son nouveau-né, si petit, mais déjà si vivant. Il passe de bras en bras; Juliette semble toute embarrassée de cette poupée tellement fragile, tandis que Marion, arrivée avec ses parents, devient soudain très timide... Nous retrouvons là aussi Françoise Cambin, et finalement Christian qui semble tout-à-fait à l'aise dans son nouveau rôle paternel.

Monique et Clément
Monique et Clément

juliette et Clément

Juliette et Clément

Vers 18:00, nous quittons la maternité; René-Pierre nous guide jusqu'à la sortie de Lyon, nous faisant éviter les embouteillages courants à cette heure. Abandonnant l'autoroute au début du péage, nous rallions la N 7 et arrivons très tard - et à court de carburant - chez les B... La famille au grand complet nous accueille à bras ouverts. Après un très agréable repas autour de la grande table bourguignonne, les enfants vont dormir avec leurs cousins et cousine, tandis que Monique et moi-même allons coucher sous notre toit à roulettes dans la cour.



Deuxième étape en Normandie

Jeudi 14 juillet 1988 : de TOURNUS à SOISY-SOUS-MONTMORENCY

Nous dormons tous fort bien, et c'est seulement vers 10:00 que nous quittons Tournus et la maison sur la colline. Il fait beau et pas trop chaud, ce qui rend bien agréable le parcours de la Bourgogne et du Centre de la France sur des routes tranquilles, à travers des villages pavoisés et endormis : nous sommes le 14 juillet, Fête Nationale. L'arrivée à Paris est cependant longue à venir, le camping-car plafonnant à 80 km/heure vent debout ! De plus, le bruit considérable de notre petit diesel rageur finit par devenir très fatigant, et force nous est de constater que les travaux d'insonorisation effectués au garage d'Annecy sont nettement insuffisants.

La banlieue parisienne s'annonce en fin d'après-midi. Nous nous lançons sur le périphérique un peu à l'aveuglette lorsque, hasard extraordinaire, nous sommes doublés par Eric et Véronique qui allaient nous accueillir à Soisy ! Ce sont eux qui nous guident jusqu'à "la Bonne Auberge" où l'accueil est toujours aussi chaleureux. Nous y avons prévu une petite halte pour y récupérer les bagages encombrants laissés à notre arrivée de Montréal et saluer Gigi et Henri que nous voyons toujours en coup de vent...

Durant la soirée, nous allons dans la foule admirer le feu d'artifice sur le lac d'Enghien avant de nous endormir dans la vaste maison de Soisy auprès de la famille Bonneau au grand complet.
 

Vendredi 15 juillet 1988 : de SOISY à COLLEVILLE-MONTGOMMERY

Nous quittons Soisy vers 10:30. Henri nous guide jusqu'aux quais de la Seine, puis nous filons par l'autoroute (libre de péage !) jusqu'à Mantes où nous rejoignons la N 13 qui nous mène à Caen. La route est excellente et le camping-car très agréable à conduire malgré son vrombissement. Belles vues sur la vallée de la Seine près de Mantes, puis sur la campagne normande. Apparaissent bientôt les maisons à colombages typiques dispersées dans les herbages verdoyants où paissent de paisibles troupeaux de vaches brunes et blanches. La vieille ville de Lisieux se traverse en douceur et le boulevard périphérique de Caen, impressionnant, donne à la ville des allures de métropole.

Nous arrivons enfin à Hermanville vers 16:00. Gilles et Ginette nous y accueillent joyeusement. Sophie est à la petite maison de la mer depuis 2 jours où elle nous attend avec Maman... que nous rejoignons sans tarder.

 

Samedi 16 juillet 1988: COLLEVILLE-MONTGOMMERY

Simple Abri : la plaque
Simple Abri
Maman s'est "mise en quatre" pour nous recevoir, nous laissant sa chambre (qu'elle ne semble guère occuper d'ailleurs, la laissant à Françoise et Denis et/ou refusant d'utiliser une pièce à laquelle sont attachés pour elle tant de souvenirs récents et douloureux).
Avec un peu de difficulté, je rentre notre encombrant véhicule dans le petit jardin sableux. Nous profitons du grand espace disponible pour déballer tout notre stock, ranger ce que nous laisserons en Normandie et nous installer à notre aise pour quelques jours de repos.
Le Pilote 470 dans le jardin de Simple
                          Abri
Le Pilote 470 dans le jardin de la Simple Abri

La petite maison est très agréable, quoique pas tout-à-fait terminée et encombrée par un mobilier volumineux voire inadéquat parfois, dont Maman se plaint qu'on le lui a imposé... La véranda nous semble particulièrement agréable, claire, lumineuse et spacieuse, ce qui me fait rêver à une éventuelle terrasse sur le toit à Montréal. En plus la mer est à deux pas. Que demander de plus ?


Dimanche 17 au jeudi 21 juillet 1988 : COLLEVILLE-MONTGOMMERY

Mathieu lit une bande dessinée en
                          attendant le départ
Mathieu lit une bande dessinée en attendant le départ
Rien de bien notable durant ces cinq jours : nous sommes très fatigués des derniers mois passés à la course dans la fièvre des préparatifs, et notre rythme jusque là accéléré se ralentit quelque peu.

Je suis toujours impatient de partir "pour de vrai", mais nous voulons prendre le temps de renouer avec la famille, de bien aménager notre camion en fonction de besoins qui ne peuvent cependant être qu'hypothétiques et de faire quelques démarches administratives qui risquent d'être un peu longues, connaissant l'efficacité de la bureaucratie française... Maman se montre très empressée et anxieuse de notre confort, ce qui finit par être un peu stressant, pour nous qui sommes si peu structurés en vacances...


Vendredi 22 juillet 1988 : COLLEVILLE-MONTGOMMERY

Journée de démarches aux Allocations Familiales de Caen qui finissent par refuser de nous inscrire sans une cessation de paiement au Canada, alors que nous remboursons intégralement nos prestations au moment des impôts ! A la B.N.P., autres problèmes pour faire des placements en $, contrairement aux informations reçues auparavant, car les politiques varient d'une succursale à l'autre...

En fin d'après-midi, Françoise et Denis, qui rentrent tout bronzés de vacances sur la Côte d'Azur avec leurs enfants, viennent gentiment nous saluer dès leur arrivée.

Samedi 23 juillet 1988 ; COLLEVILLE-MONTGOMMERY

Mathieu construit un barrage sur la
                          plage
Mathieu construit un barrage sur la plage
Temps lourd, très humide et orageux avec de courtes averses. Malgré l'atmosphère étouffante, je m'installe sur le maigre gazon  devant la maison et m'emploie à réparer la banquette avant mal montée (compas inversé), et à détacher la carrosserie beurrée de joint de calfeutrage. Pendant ce temps Monique commence à remplir les coffres. Je prépare aussi les tasseaux des tablettes du coffre à skis converti en dépense à provisions et pense à mon projet de console radio. Tout cela commence à sentir le départ, mais nous ne sommes pas encore vraiment prêts...

Dans la soirée, nous célébrons au souper l'anniversaire de Maman avec toute la famille : Denis prépare les côtes de boeuf sur le barbecue puis nous passons à table. Je sens l'ambiance un peu ambiguë, l'absence de Papa oblitérant l'esprit de la fête, et la difficulté à communiquer de façon authentique entre nous tous entravant une réelle convivialité.

Dimanche 24 juillet 1988 : COLLEVILLE-MONTGOMMERY

Gilles m'accueille chez lui et passe presque toute la journée à m'aider à construire la console radio ; nous terminons vers 22:00 ! Que le bricolage est long lorsque l'on ne dispose pas de ses outils et de son atelier... Mais c'est quand même l'occasion de nous retrouver entre frangins, de rétablir un contact chaleureux, confiant et bien agréable.

Nous finissons la soirée par un petit souper en tête-à-tête autour d'une bouteille de Saint-Emilion, Ginette étant allée se coucher depuis longtemps.

Pendant cette même journée, Monique a pu avancer les travaux d'aiguille, cousant les housses des couettes et les ourlets de pantalons, rallongeant les rideaux - trop courts - du camping-car. Elle profite également de l'équipement de la pharmacie de Gilles pour faire les photocopies des documents officiels dont ce dernier gardera un double, et pour compléter notre valise de médicaments avec l'aide et les précieux conseils de Ginette.

Monique taille les housse de couettes
                              aidée d'OlivierMonique taille les housse de couettes aidée d'Olivier

Lundi 25 et mardi 26 juillet 1988 : COLLEVILLE-MONTGOMMERY

Nos aménagements et préparatifs s'achèvent progressivement et je vois avec fébrilité approcher le moment du départ. Les pièces commandées chez Citroën (vide-poches de la porte du passager et insonorisation supplémentaire du capot) ne sont toujours pas arrivées. Nous devrons donc nous en passer durant notre première virée dans le Nord. En revanche nous trouvons sans aucune difficulté le chemin du "Carrefour" où nous allons remplir nos coffres de provisions. Chose sûre, nous profiterons au maximum de la qualité et de la variété de la cuisine préparée française (conserves, congelés et fromages...) qui s'entasse sous les banquettes et dans les placards dont nous apprécions le volume considérable. Je n'oublie pas non plus de me constituer une mini-cave en puisant aux différents crus économiques disponibles dans les rayons; les bouteilles s'empilent comme dans un casier sous le siège du passager...

Mercredi 27 juillet 1988 : COLLEVILLE-MONTGOMMERY

Derniers bricolages : Monique coud les oreillers et les garnit de plumes tandis que je taille et pose les tablettes dans le coffre à skis. Les 20 briques de lait UHT et la douzaine de boites de jus que nous emportons avec nous pour ce premier voyage s'y casent à la perfection. Pendant ce temps, Maman emmène les enfants visiter le Mémorial de la Paix à Caen. Puis, après le souper pris en commun, elle décide de retourner coucher dans son appartement pour mieux dormir, nos horaires étant plutôt variables...

De notre côté, nous voulons essayer notre maison à roulette pour cette première nuit à 4, puisque nous avons reconduit Sophie à Hermanville dans la soirée. Nous vidons nos chambres pour emménager notre literie et le contenu de nos placards dans la cellule du Pilote. Le départ est - enfin ! - décidé pour demain.



En route, enfin !


Jeudi 28 juillet 1988 : de COLLEVILLE à LUCHEUX (près d'AMIENS)

La nuit dans le camping-car stationné devant la maison s'écoule paisiblement. C'est donc frais et dispos que nous abandonnons notre base normande provisoire pour prendre la route. Nous arrêtons devant la pharmacie d'Hermanville pour dire un dernier adieu, et toute notre gratitude, à Gilles, Ginette et leurs enfants.

Adieux
                  aux Hermanvillois
Adieux aux Hermanvillois

Mathieu
                  et Monique dans la porte « fermière » du camping-car

Mathieu et Monique dans la porte « fermière »

Puis nous rejoignons Maman à Caen; elle nous accompagne au petit cimetière d'Ardennes où repose Papa, lui qui aimait tant voyager et découvrir de nouveaux horizons, et auquel je crois devoir en grande part cette passion. Cela me révolte et me navre de ne plus pouvoir partager avec lui ce grand projet, lui qui aurait eu tant de plaisir à nous aider à préparer l'itinéraire, nous aurait accompagné par la pensée si ce n'est physiquement... C'est le cœur gros que nous regagnons la ville. Enfin, après avoir embrassé Denis et Françoise à Vaucelles au passage, puis reconduit Maman un peu émue chez elle, nous prenons la direction du nord à travers les vallonnements du Pays d'Auge.

A Pont-l'Évêque, nous commençons à jouer les touristes par un petit détour au château de Bretteville où nous admirons une exposition de voitures de la Belle Époque.

Une superbe vieille « 15 » devant le
                            garage Citroën de CAEN
Une superbe vieille « 15 » devant le garage Citroën de CAEN
L'exposition automobile du Château de
                            Betteville
L'exposition automobile du Château de Betteville

Verrières de l'Église Sainte Jeanne d'Arc
Verrières de l'Église Sainte Jeanne d'Arc
Prochain arrêt Rouen, avec sa place du Vieux Marché où fut brûlée Jeanne d'Arc. Sur l'un de ses côtés, une église très moderne dédiée à la sainte conserve une impressionnante série de vitraux anciens. Elle fait face de façon assez incongrue à de remarquables maisons normandes ornées de colombages et d'encorbellements sculptés datant du Moyen-Age.

Vieilles maisons à colombages Place du Vieux
                      Marché de ROUEN
Vieilles maisons à colombages sur la Place du Vieux Marché de ROUEN

Au rythme lent de notre petit diésel vrombrissant, nous arrivons en soirée dans la plaine de Picardie, monotone par sa platitude et son absence d'arbres. Passé Amiens, nous cherchons anxieusement de l'eau et un coin tranquille pour passer la nuit. Nous nous sentons encore novices dans l'identification d'un point de chute adéquat et un peu insécures vu l'heure tardive. Aussi allons-nous nous installer dans le charmant camping rural du village de Lucheux, et c'est dans son usine locale d'embouteillage d'eau de source que nous trouvons finalement de quoi faire le plein ! Nous essuyons alors nos premiers "plâtres" avec le chauffe-eau de la douche qui s'éteint sans cesse ou brûle par à-coups. A part cela, nous sommes extraordinairement bien installés et anticipons beaucoup de plaisir à jouir du confort de notre nouvelle demeure.


Vendredi 29 juillet 1988 : de LUCHEUX au château de BELOEIL (BELGIQUE)

Première mésaventure liée à la traction avant de notre camion : l'herbe longue et humide de rosée jointe à l'argile grasse et détrempée (la pluie n'a pas cessé ici depuis 20 jours) conjuguent leurs effets pour nous immobiliser. Il ne faut rien de moins qu'un tracteur agricole pour nous tirer des ornières dans lesquelles nous nous sommes embourbés. Après un laïus interminable du malgré tout sympathique instituteur du village jouant les gérants de camping durant l'été, et une fort longue corvée d'eau en l'absence du boyau pliable que je n'ai toujours pas trouvé, nous repartons vers la Belgique. La frontière est passée sans même que nous nous en rendions compte.

Nous finissons par atterrir vers 14:00 à notre premier *** "Vaut le détour" du Guide Vert : le château de Belœil, propriété des princes de Lignes. Le parc que nous parcourons d'une extrémité à l'autre est magnifique avec sa grande pièce d'eau, ses futaies et ses massifs fleuris. La bâtisse entourée de douves n'est pas en reste, avec son mobilier précieux, ses lits à baldaquins, ses tableaux et dorures.

Entrée du château de Beloeil
La grande allée menant au château de BELŒIL

Beloeil_fontaine-de-Neptune
Fontaine monumentale de Neptune dans le parc du Château de BELŒIL

Beloeil-
                          :Juliette devant la maquette de la Grand-Place
                          de BruxelleS
Beloeil : Juliette devant la maquette de la Grand-Place de Bruxelles
Beloeil-maquette-de-forteresse
Belœil: maquette de forteresse<

Nous avons les jambes en compote et les pieds quelque peu douloureux lorsque nous regagnons notre home. Après une longue et pénible séance d'écriture (les enfants commenceraient-ils déjà à résister à nos projets pédagogiques ?), nous baissons nos stores, soupons et nous apprêtons à passer la nuit dans le stationnement du château, puisqu'il ne semble pas que le camping sauvage fasse problème en Belgique. Monique devant la maquette du Palais des
                          Comtes de Flandre à Gand
Monique devant la maquette du Palais des Comtes de Flandre à Gand

Samedi 30 juillet 1988 : de BELŒIL à NAMUR

Nous quittons le parc de Beloeil vers 9:00. Après un nouveau plein d'eau laborieux (9 bidons de 10 litres les uns après les autres !) au robinet d'une station-service, nous faisons la visite éclair de Mons où, à part la Grand Place, peu de choses retiennent notre attention. Nous allons changer quelques Chèques de voyage et apprenons avec surprise qu'il ne nous sera pas possible d'obtenir de liquidités avec notre carte Master-Card en Belgique ailleurs qu'à Bruxelles. Universelle, la carte Master-Card, prétendait la pub à la T.V. !

C'est ensuite la visite de la grande curiosité technologique de la région, le nouvel ascenseur hydraulique en construction à Strepy-Thieu. Il "rachètera" une dénivellation de 73 mètres sur le canal du Centre, évitant ainsi aux péniche un long détour et le franchissement d'un grand nombre d'écluses. Cet ouvrage d'art est vraiment colossal : qu'on s'imagine un ascenseur dont la cabine est en fait un bief d'écluse glissant verticalement sur une hauteur de 73 mètres et contenant une ou plusieurs péniches de 1 500 tonne...

Curieux d'en savoir plus sur ces techniques dont nous ignorions tout jusqu'alors, nous décidons d'aller voir leur ancêtre, l'ascenseur hydraulique de La Louvière qui fonctionne depuis 1888 et ne met en oeuvre que des transferts de masse d'eau pour actionner son mécanisme, selon le principe des vases communicants. En plus de nous montrer une ingénierie inhabituelle, cette balade nous permet de traîner un peu sur les bords du canal. 
Ascenseur hydraulique de La Louvière
Ascenseur hydraulique de La Louvière

Je me prends alors à penser à la dure époque des mariniers hâlant péniblement leur chaland et à la vie harassante des ouvriers contribuant au développement industriel un peu sauvage de ce pays "noir".  Mais la chaude ambiance et les couleurs changeantes des arbres dans les reflets de l'eau, les canaux avec leurs écluses et leurs ponts à contrepoids, ce sont aussi Monet, certains Van Gogh... Et voilà comment une innocente "visite industrielle" me ramène à mon imagerie du XIXème siècle, à Zola et aux Impressionnistes...

Nous poursuivons notre route par Binches où nous visitons le Musée du Masque et du Carnaval. Des dioramas hauts en couleurs et de riches costumes provenant de tous les coins du monde nous entraînent dans un tourbillon festif dont nous sortons un peu étourdis. Le carnaval de Binches et son célèbre caractère, le Gilles, sont évidemment au centre de l'exposition, et nous avons tout le loisir d'en admirer costumes et présentation audiovisuelle.

Groupe de Gilles lors du carnaval de Binch
Groupe de Gilles lors du carnaval de Binch

Spécimens
                    du Musée du Costumes de Binches
Spécimens du Musée du Costumes de Binches

Paon dans le Parc de Mariemont
Paon dans le Parc de Mariemont
Un peu las, nous finissons au calme notre journée de touristes par une balade dans le parc de Mariemont : les brillants coloris et les parfums de la roseraie nous émerveillent tandis que la diversité et la dimension des grands arbres nous étonnent; mais pour les enfants, le clou de la visite, ce sont les paons multicolores qui rivalisent et font la roue. Photos et vidéo, le spectacle est dans la boite !

Après un rapide souper dans une friterie au bord de la route, nous poussons dans le crépuscule jusqu'à la place de l'église de Flawine, petit village situé 4 kilomètres avant Namur, où nous pensons passer une nuit tranquille.

Dimanche 31 juillet 1988 : de NAMUR à DINANT

Effectivement le village s'endort paisiblement avec nous vers 21:30. Mais à 5:30 du matin, réveil en fanfare : deux grands autobus débarquent sur notre stationnement 70 louveteaux rentrant de leur camp annuel. Il semble cependant qu'ils soient très en avance et que leurs familles n'ont pas été prévenues, puisqu'il se passera deux longues heures avant que la place ne retrouve sa quiétude.

Auparavant, nous aurons eu droit au capharnaüm des bagages déchargés à la hâte, perdus puis retrouvés à grand renfort de cris et de "chiâlages", aux arrivées successives des parents venant récupérer leurs rejetons (bruyantes retrouvailles, portières qui claquent...), aux déceptions de ceux qui restent et ne voient toujours rien venir, aux chants scouts et aux appels de ralliement des chefs voulant réconforter leurs troupes démontées...

Nous finissons la nuit par deux heures d'un mauvais sommeil pour enfin décoller vers 10:00. Ralliant la ville forte de Namur, et pas trop vaillants, nous nous laissons tenter par une visite organisée combinant mini-croisière sur la Sambre et sur la Meuse, montée en télésiège à la Citadelle offrant une jolie vue de la ville se développant à nos pieds, visite du Musée de la Forêt avec de très beaux animaux naturalisés, promenade en petit train dans la citadelle (la forteresse, en trois sections, est immense), et enfin tour à pied des grands souterrains dont est truffée la colline, un éperon rocheux surplombant Namur.
Croisière sur la
                                Meuse au pied de la citadelle de Namur
Croisière sur la Meuse au pied de la citadelle de Namur

Croisière sur la Meuse au pied de la citadelle
                    de Namur
Confluent de la Sambre et de la Meuse au pied de la citadelle de Namur

Téléférique
                  montant à la citadelle de Namur
Téléférique de la citadelle de Namur

La Meuse traversant Namur
La Meuse depuis le téléférique de la citadelle de Namur

Le soleil accompagne notre balade tout au long de ce beau dimanche de juillet et tous les Belges de la région semblent s'être donné rendez-vous ici. Bref, une journée bien remplie, mais aussi bien fatigante !

Au crépuscule, Monique et Jean-Paul
                      piqueniquent au bord de la Meuse
Au crépuscule, Jean-Paul et Monique piqueniquent au bord de la Meuse

Le soir tombe lorsque nous prenons la route de Dinant. Les enfants insistent pour que nous exploitions au maximum la cuisine nationale belge (!); c'est donc à nouveau une friterie en bord de route qui fait les frais du souper. Après le pique-nique dans une agréable aire de repos fleurie aménagée le long de la rivière, nous partons à la recherche d'un camping. Nous finissons par aboutir, au bout d'une petite route rurale, sous la pénombre de grands arbres et au fond d'un vallon sauvage... dans un muret de béton ! L'herbe haute le dissimulait, et j'ai trop serré à droite en sortant d'une épingle à cheveux...

Après la première émotion, j'essaie de repartir pour gagner le terrain de camping tout proche, mais rien à faire, la transmission semble en avoir pris un coup, nous sommes complétement immobilisés ! Je lance d'abord un S.O.S. à notre Assistance - qui ne nous apporte aucune aide ni conseil... - puis j'appelle le Touring-Club de Belgique : on nous envoie une petite Renault 4 de secours. Le patrouilleur, très courtois, ne fait que confirmer la gravité des dégâts et, ne pouvant rien de plus, prévient par radio une grosse remorqueuse qui arrive dans notre bout du monde vers 3:00 du matin. C'est en fin de compte sur le plateau de ce camion et en pleine nuit que nous faisons notre entrée à Dinant où nous nous faisons déposer devant le garage Citroën local.

La nuit s'achève paisiblement dans notre roulotte en arrêt forcé, nous permettant de récupérer un peu après les émotions fortes de cette journée désastreuse.


Séjour forcé en Belgique : Bruxelles



Lundi 1er août 1988 : DINANT
Notre Pilote entre bonnes mains devant
                            Mosan Motors
Notre Pilote entre bonnes mains devant Mosan Motors
Le lendemain matin, le propriétaire du garage est un peu surpris de nous trouver stationnés devant sa porte. Mais il se montre bientôt très compréhensif, et Monique usera abondamment de son téléphone pour faire toutes les démarches qu'impose notre situation. L'Assurance comme l'Assistance à Paris font tout ce qu'elles peuvent pour ou restreindre ou différer l'aide qu'elles nous doivent, et ce n'est qu'auprès de la section belge de la compagnie Helvetia que nous trouvons une franche collaboration... Finalement, Monique obtient la nomination d'un expert dès lundi après-midi; celui-ci autorise le démontage avant sa venue mercredi. C'est toujours cela de gagné, mais la halte risque d'être longue... L'équipe des mécaniciens se donne la main pour rentrer le camping-car dans l'atelier.
Après un déjeuner rapide, nous pouvons alors gagner l'esprit en paix le centre du vieux Dinant. La ville ne manque pas de charme, entassant ses maisons XVIIIème entre le cours paresseux de la Meuse et la forteresse massive perchée sur la falaise. Péniches et bateaux de plaisance ajoutent au pittoresque de la large rivière et nous traînons un bon moment le long de ses quais avant de prendre le chemin du Syndicat d'Initiative. On nous y présente avec empressement les curiosités locales : au moins dans notre malheur avons nous la chance d'être tombés sur un coin agréable, et nous n'aurons guère le temps de nous ennuyer ici.
La Meuse, la Citadelle et la Collégiale
                            depuis le quai derrière le garage La Meuse, la Citadelle et la Collégiale depuis le quai derrière le garage

Dans la soirée, nous réintégrons notre roulotte maintenant installée au centre de l'atelier. Le patron nous offre gentiment de laisser le système d'alarme du garage hors circuit pour que nous puissions librement accéder à notre "domicile" durant la nuit. C'est donc avec plaisir et soulagement que nous continuerons d'utiliser pendant les réparations notre camping-car, à l'abri et branché sur l'électricité du secteur.
 

Mardi 2 août 1988 : DINANT

Malgré un lever assez matinal, nous renonçons à l'excursion prévue (descente en kayak d'une petite rivière voisine, la Lesse), le temps s'avérant frais et menaçant. Empruntant les ruelles vieillottes surmontant la ville au flanc de la vallée, nous allons plutôt visiter une autre curiosité naturelle, la grotte "Merveilleuse". Le parcours souterrain ne manque pas d'intérêt avec ses belles concrétions et son ambiance un peu mystérieuse, mais qu'il y fait froid et humide ! Et puis l'éclairage juste fonctionnel et suffisant pour ne pas se casser le nez dans ce dédale ne met vraiment pas en valeur les drapés, les transparences et les formes bizarres des roches ou des parois que l'on devine à peine. Dommage... Nous nous rattraperons avec les grottes de Han qui sont, parait-il, extraordinaires.

Grotte La Merveilleuse de Dinant : la
                            Cascade
Grotte La Merveilleuse de Dinant : la Cascade
Grotte La Merveilleuse de Dinant :
                            concrétions
Grotte La Merveilleuse de DINANT

A notre retour au garage, nous trouvons le moteur démonté : notre Titine, éventrée, fait peine à voir... Pour le reste des travaux, le chef d'atelier attend les avis et décisions de l'expert demain.

Nous consacrons la soirée à une longue séance de travail scolaire : en effet la visite d'aujourd'hui aura été pour les enfants une première descente dans les entrailles de la terre. Fort impressionné, Mathieu plonge spontanément son nez dans son livre de géographie ouvert sur la petite table à l'arrière tandis que Juliette, installée sur la dînette, se lance dans un bref compte-rendu illustré de stalactites et de stalagmites. De mon côté, je commence à planifier avec Monique une excursion probable à Bruxelles pour les jours à venir.


Mercredi 3 août 1988 : de DINANT à BRUXELLES

Et de fait, ce matin nous décidons de prendre le train à Dinant vers 11:15 pour arriver à Bruxelles vers 13:00 : trajet rapide, mais sans grand intérêt, l'essentiel du paysage se résumant en une campagne plutôt plate et en d'interminables banlieues sans caractère.

En notre absence, le garage commençait les travaux aujourd'hui : réparation sous garantie de l'embrayage défectueux et bruyant, enlèvement du longeron tordu. Le chef d'atelier prévoit nous remettre notre camion en état lundi soir ou mardi midi... si tout va bien ! Nous disposons donc de 3 ou 4 jours pour faire connaissance avec la capitale de la Belgique. Après nous être installés dans un petit hôtel en plein centre répondant au nom pompeux d'"Hôtel du Congrès", nous allons d'abord régler nos affaires chez notre assurance Helvetia. Nous y rencontrons un vieux monsieur charmant qui, après de longues tractations avec sa contrepartie française et l'assistance Elvia, obtient confirmation de nos allocations de subsistance. Que ces Français auront été emmerdants en affaires, allant jusqu'à nier mon appel au soir de l'accident (!), tandis que les Belges que nous avons rencontrés n'ont été que service et gentillesse... O préjugés !

Libérés de ces soucis, nous nous lançons ensuite pleinement dans la découverte de Bruxelles. Au programme ce soir : balade dans le centre-ville et souper au restaurant. En quittant notre "palace", nous admirons la colonne du Congrès avec ses lions de pierre un peu pompiers, puis nous allons contempler la ville depuis l'esplanade de la Cité Administrative. On ne peut pas dire que le tableau soit très spectaculaire... Bruxelles donne l'impression d'être tout au plus une métropole de province un peu bourgeoise, mais qui fait un effort pour maintenir la façade et garde un style bon enfant malgré tout.

Bruxelles : la Grand-Place illuminée
La Grand'Place de Bruxelles illuminée

Nous descendons ensuite vers la cathédrale Saint-Michel, en très mauvais état et fermée pour restauration majeure. Puis c'est l'éblouissante surprise de la Grand-Place illuminée, admirable dans la variété et les fioritures de ses riches façades à frontons flamands. On est saisi par l'exubérance Renaissance jaillissant de ces sculptures surabondantes et pleines de fantaisie, encadrant la vaste esplanade au pavé inégal. Nous traversons enfin les Galeries Royales Saint-Hubert, sorte de centre d'achat avant la lettre puisque le décor date du XIXème, et nous gagnons la pittoresque et très achalandée Petite rue des Bouchers. Nous y soupons "Chez Léon" d'une délicieuse assiette de moules et frites : on est en Belgique, il faut en profiter. Méprisant la gastronomie régionale, les enfants de leur côté préfèrent s'enfiler une grosse assiette de spaghettis !
 

Jeudi 4 août 1988 : BRUXELLES

Tôt levés, nous reprenons notre exploration du coeur de la cité : cette fois nous visiterons la ville moderne. Repartant de la Grand-Place, nous gagnons la Bourse dont Mathieu tente vainement de franchir les portes, puis la rue des Fripiers, très commerçante et animée, la place des Martyrs vieillotte et décrépite, la place de Brouckère immortalisée par la chanson de Jacques Brel, mais dont l'archaïsme "1900" doit battre en retraite devant le modernisme des grands buildings très fin XXème.


À deux pas de la Grand'Place, la fameuse
                          fontaine du Manneken Pis
Retour à la Bourse, puis à la rue des Fripiers où Mathieu s'achète enfin le couteau suisse convoité depuis si longtemps. Nous continuons par la Grand-Place où la lumière ajoute encore à la grandeur des dentelles de pierre, allons saluer le célèbre Manneken Pis, passons la vieille tour d'Anneessens, grimpons à travers les jardins et fontaines du Mont-des-Arts pour faire le tour du Palais Royal et de la Cour des Comptes; nous trouvons ces grandes bâtisses bien dessinées mais un peu impersonnelles.

La place du Grand Sablon nous retient un moment avec ses antiquaires et ses marchands de vaisselle, avant que nous n'aboutissions au colossal Palais de Justice, espèce d'énorme pièce montée d'un goût que l'on jugerait teuton. Ralliant enfin une place Louise assez animée, nous abandonnons, épuisés, la marche à pied et rentrons à l'hôtel par le métro. Le soir, nous n'avons pas le courage de redescendre en ville et soupons dans un petit restaurant quelconque mais tout proche.

Vendredi 5 août 1988 : BRUXELLES

Aujourd'hui nous commençons par une balade du côté de l'avenue des Arts en traversant le Parc de Bruxelles, le but étant d'aller chercher notre chèque chez Helvetia (pour payer notre garagiste). Nous voulons aussi nous procurer un annuaire de la B.N.P., au cas - improbable, nous l'espérons - où nous aurions à nouveau besoin d'une grosse somme d'un seul coup. Puis retour à notre hôtel où Mathieu décide de passer l'après-midi seul dans la chambre à lire son "Jeu et Stratégie" !

Bruxelles
              lla Grand'Place
Superbes façades baroques de la Grand'Place de Bruxelles
À deux pas
                de la Grand'Place, la fameuse fontaine du Manneken Pis
Façades de la Grande Place de Bruxelles

Le reste de la famille descend sur la Grand-Place; nous y avalons un pita-doner avant de nous séparer : Monique et Juliette iront visiter le Musée Historique de la Ville, dans la Maison du Roi, où un étage tout entier est consacré aux costumes offerts au Manneken Pis, tandis que je retournerai au Musée des Arts Anciens devant lequel nous n'avons fait que passer hier. Je prends le temps d'explorer assez systématiquement les salles du XIXème et XVIIIème, intéressantes mais somme toute secondaires, et c'est au moment où je commence à entrevoir les grands Rubens que le musée ferme ses portes... Tant pis, je reviendrai.

Je rejoins les autres membres de l'équipage pour un souper innommable dans un "restaurant" italien; nous nous rattrapons avec une Dame Blanche (délicieuse glace à la vanille nappée de chocolat belge : un régal !) sur la Grand-Place somptueusement illuminée.


Samedi 6 août 1988 : de BRUXELLES à DINANT

Je ne puis me résoudre à quitter Bruxelles sans jeter au moins un coup d’œil aux Bruegel du Musée des Arts Anciens; Juliette m'y accompagne et semble apprécier aussi les magnifiques Rubens que j'ai raté hier. Les tableaux sont immenses, leurs couleurs extraordinairement fraîches et délicates et leur composition tout à fait magistrale. L'étude des "Têtes de Nègre" nous fascine aussi par la vitalité qui émanet de la toile. De retour à l'hôtel vers 12:15, je persuade Monique de faire un tour "guidé" et rapide des plus belles salles du musée.

Au Musée des Arts Anciens, les « Têtes
                            de Nègre » de Rubens
Au Musée des Arts Anciens, les « Têtes de Nègre » de Rubens
Rubens : L'Adoration des Mages
Rubens : L'Adoration des Mages

Après quelques hésitations devant le vaste choix d'affiches souvenir (dont finalement aucune ne rend justice aux merveilles entrevues depuis deux jours), nous gagnons la gare centrale où nous dînons rapidement au buffet avant de reprendre la direction de Dinant par le train de 15:29. Mathieu est toujours le nez dans son "Jeux et Stratégie"; peut-être nous manifeste-t-il ainsi sa difficulté à être disponible aux multiples stimuli qui nous assaillent ?

Nous apprécions le retour chez nous, dans l'intimité de notre camping-car toujours immobilisé au milieu du garage Citroën. Les travaux ont bien avancé puisque les réparation de carrosserie sont maintenant terminées, mais il faudra encore deux jours pour remonter le moteur et faire les derniers ajustements et réglages.

Dimanche 7 août 1988 : DINANT

Ce dimanche s'annonce très chaud, et nous ne tardons pas à cuire sous notre double toit sans aucune isolation. Nous nous levons tard cependant, profitant de l'absence des mécaniciens qui nous réveillent d'habitude dès 7:00. Comme pour hâter notre départ, je nettoie les vitres et fais quelques petits bricolages dans la cellule, mais il fait tellement beau que nous ne résistons pas plus longtemps au plaisir de la balade au soleil et nous nous joignons aux promeneurs du dimanche qui ont envahi la petite ville.

La Collégiale de Dinant sous la
                            Citadelle
La Collégiale de Dinant en dessous de la citadelle
-Dinant_telepherique_vers-la-citadelle
Envolée en télésiège vers la citadelle... et l'aire de jeu !
 
La Collégiale et la Meuse vus depuis
                          l'éperon de la Citadelle
La Collégiale et la Meuse vus depuis l'éperon de la Citadelle
La plaine de jeu tant attendue par les
                            enfants
La plaine de jeu de la Citadelle attendue par les enfants

Passant le pont sur la Meuse, nous gagnons la gare du télésiège au pied de la falaise. D'un coup, il nous hisse jusqu'à la citadelle dominant la vieille ville et le fleuve à ses pieds. La visite de la forteresse est beaucoup plus brève que celle que nous avons faite à Namur, mais la vue davantage resserrée est par contre plus pittoresque. Puis les enfants trouvent là-haut une aire de jeu aménagée qui les retient jusqu'à la fermeture vers 19:00. Résultat, nous ratons le dernier télésiège et devons redescendre jusqu'à la Collégiale par un escalier vertigineux et interminable, au grand dépit de Juliette très fatiguée par ses ébats de l'après-midi.

La soirée nous parait bien tranquille dans notre garage déserté, mais qu'il y fait chaud ! Il nous faudra des heures pour trouver le sommeil... Le nez dans les guides, je continue à planifier la suite de notre voyage vers la Scandinavie. Le retard causé par cet arrêt forcé au seuil de notre périple ne nous permettra probablement pas de contempler le soleil de minuit, mais il restera tant d'autres choses admirables à voir...

Lundi 8 août 1988 : DINANT

Nous sommes tôt réveillés par le retour de nos mécanos, après une nuit bruyante (en soirée les Belges roulent à toute allure, et ces motos...!) et étouffante (l'air ne circule pas dans ce grand local fermé). La journée se passe en lavage dans une buanderie, marché, réparation de nos sacs à dos... et souper-sandwiches dans le camping-car. Je relis "La Piste Oubliée" de Frison-Roche, histoire de me mettre dans l'ambiance pour notre future traversée du Sahara... et de mieux supporter la chaleur persistante !
 

Mardi 9 août 1988 : DINANT

Au programme aujourd'hui, la descente de la Lesse en kayak. Dès notre arrivée à Dinant, le patron du garage nous avait recommandé cette activité de plein air particulièrement plaisante un jour de canicule. Aussi avons-nous décidé de ne pas quitter la région sans faire cette excursion.

Notre aimable garagiste a la gentillesse de nous conduire au bourg d'Anseremme où nous prenons nos billets et un petit train sympathique aux wagons de bois. Nous arrivons quelques minutes plus tard à Houyet, une pittoresque gare de campagne comme on n'en voit plus sinon dans les décors de trains électriques miniatures...

Sous les grands arbres, Juliette et
                            Monique en kayak sur la Lesse
Sous les grands arbres, Juliette et Monique en kayak sur la Lesse
De là nous gagnons rapidement l'embarcadère où l'on nous remet 2 kayaks à 2 places, 2 seaux étanches pour abriter nos affaires, 2 pagaies doubles, et en route pour 21 kilomètres de descente de la paisible petite rivière, entre deux berges verdoyantes et parfois accidentées. Le cadre est champêtre, le temps magnifique et la température des plus agréable à l'ombre des grands arbres et à proximité immédiate de l'eau.
Mathieu, bien entendu, se croit aux Olympiques et veut performer, mais il finit par se calmer, la fatigue arrivant après quelques kilomètres de sprint...
Jean-Paul et Mathieu en kayak sur le
                            Lesse
Jean-Paul et Mathieu en kayak sur le Lesse
Passage sous le château de Walzin
Passage sous le château de Walzin
Malheureusement, sur la rivière c'est l'embouteillage, et il faut faire très attention pour éviter les collisions avec les quelques centaines d'autres kayaks multicolores qui tentent de faire la même expérience de solitude dans la nature...
Deux petits sauts de barrage donnent un peu de piquant à un parcours plutôt familial, surtout lorsque je me flanque à l'eau en photographiant l'autre canot passant un petit bief...
Monique et Juliette passent le bief...
                            haut la main !
Monique et Juliette passent le bief... haut la main !

La balade se termine vers 16:00, avec au bilan une bonne journée de grand air dans un joli coin de campagne. Voilà qui nous aura fait attendre agréablement et sans trop d'impatience l’achèvement des réparations et notre nouveau départ.



 Nouveau départ : on musarde en Ardennes...
et on file en Allemagne !

Mercredi 10 août 1988 : de DINANT à LA-ROCHE-EN-ARDENNES

Enfin le moteur est entièrement remonté. Le chef d'atelier aidé du mécanicien affecté à la restauration de notre Pilote réajustent la géométrie du train avant. A 11:30 tout est prêt, mais nous ne pouvons reprendre la route sans une dernière inspection de l'expert. Le patron nous suggère donc d'aller pique-niquer dans la vallée de Maredsous où se trouve un monastère dont les moines ont la réputation de faire un excellent fromage et une bière délectable... Le trajet est charmant, la vallée bucolique à souhait et les victuailles à la hauteur de leur réputation; nous en faisons donc une ample provision avant de redescendre chez Citroën à Dinant.

A 14:30 enfin, l'expert donne son accord final aux travaux effectués. Après de chaleureux remerciements à toute l'équipe du garage Mosan Motors, nous reprenons notre périple si malencontreusement interrompu. Nous roulons en direction de Han-sur-Lesse, Monique au volant (je crains trop d'avoir encore la guigne...) pour, deux heures plus tard, nous apprêter à visiter la plus belle et la plus grande grotte de Belgique.

Grotte de Han/Lesse
                        : le lac souterrain
Grotte de Han/Lesse : le lac souterrain
Un court trajet en petit train decauville brinquebalant nous fait pénétrer sous terre. De toute évidence, la réputation du site n'est pas usurpée : salles immenses à plusieurs niveaux, concrétions d'une diversité et d'une qualité rares, parcours des plus variés... A moult reprises, les images évoquées par Jules Verne dans son fantastique "Voyage au Centre de la Terre" me viennent à l'esprit... La sortie du gouffre en barque par la résurgence du lac souterrain clôt en beauté cette balade exotique dans un monde ignoré et pourtant si proche.
Après un souper rapide dans une guinguette au bord de la rivière s'échappant de la grotte, nous reprenons au crépuscule la route à travers le paysage doucement accidenté des Ardennes belges. On aboutit bientôt à La Roche-en-Ardennes, un joli village niché dans une boucle de la rivière qui cerne les ruines de son château médiéval. Il y a là un peu trop de touristes à notre goût, mais vu l'heure tardive et la tombée de l'obscurité, nous sommes contents de trouver une place dans le stationnement, au milieu des autres véhicules. Nous nous y installons pour la nuit. Cascade colorée dans la Grotte de
                        Han/Lesse
Cascade colorée dans la Grotte de Han/Lesse

Juliette devant la
                  résurgence de la Lesse
Juliette devant la résurgence de la Lesse


Jeudi 11 août 1988 : de LA-ROCHE-EN-ARDENNES à LIÈGE

Après un petit tour dans le village où nous achetons du pain de chasse et du jambon fumé des Ardennes, nous suivons les conseils du Guide Vert qui suggère le circuit de la vallée de l'Ourthe, très accidentée et verdoyante. Nous pique-niquons au Belvédère des Six Ourthe, au pied de la tour dont nous escaladons les 120 marches pour admirer les multiples boucles de la rivière.

Finalement nous atteignons Liège qui se révèle une grande ville assez moderne. Une promenade rapide dans le centre nous déçoit un peu, hormis la cathédrale gothique et son cloître. Nous sommes séduits par la chaire sculptée supportant la statue en marbre blanc d'un archange tout à fait remarquable par sa vie et son expression. Alentour de beaux magasins de luxe ne font pas oublier la saleté et les chantiers, le manque de "fini" et une architecture générale assez quelconque. Encore une fois, les chiens et leurs crottes semblent être les maîtres des rues et des "crottoirs", et les Belges nous semblent conduire vite et mal. Depuis les murs de la citadelle où nous grimpons ensuite se découvre un vaste panorama sur la cité, la courbe de la rivière et les clochers de la vieille ville. Nous décidons de passer la nuit près de l'hôpital et à deux pas d'un parc, dans une grande allée sous les arbres.


Vendredi 12 août 1988 : de LIÈGE à BREMEN (ALLEMAGNE)

Nous quittons notre bivouac bien paisible vers 10:00, après une excellente nuit dans la haute ville. Mais des bruits bizarres et des vibrations dans le train avant nous inquiètent bientôt, nous amenant à consulter un garage Citroën qui diagnostique à nouveau un problème dans la transmission... Retour à la case départ : nous décidons alors de regagner Mosan Motors à Dinant. Une heure et demi de jolie petite route de campagne et coucou, nous revoilà ! Accueil positif mais embêté du patron, puis du chef d'atelier qui constate du jeu dans le cardan neuf qu'il vient d'installer. Comme cela ne présente pas de danger, et vu qu'il ne dispose pas de la pièce de rechange, il fait un ajustement provisoire et nous conseille de faire réparer plus loin sous garantie chez un autre agent Citroën...

La
                      cathédrale de Köln (Cologne) de l'autre côté du
                      Rhin
La cathédrale de Köln (Cologne) de l'autre côté du Rhin
Nous décidons alors de gagner le Danemark au plus vite puisque notre arrêt forcé a beaucoup retardé notre itinéraire et risque de nous faire atteindre le Northkapp en saison déjà avancée. Cap au nord, donc, via l'autoroute rapide jusqu'à Köln (Cologne) où nous faisons une visite éclair à la cathédrale, fantastique de masse et d'aplomb.

Nous soupons sur place, après avoir admiré de l'extérieur les riches musées, fermés, et les rues du centre ville, super-propres. Comme cela nous change de la Belgique qui nous a parue tellement sale avec ses papiers gras et ses crottes de chien un peu partout...

Ici tout n'est qu'ordre, efficacité et fonctionnalité, à tel point que ce bel ordonancement laisse même un certain sentiment de raideur et de froideur. Quoiqu'il en soit, nous réservons la découverte de l'Allemagne pour une autre fois. Je file dans la nuit sur l'autoroute jusque vers 2:00, traversant sans en avoir connaissance sinon par son odeur de métal chauffé à blanc la grosse région industrielle de la Ruhr. Tout le monde dort sur sa couchette dans le camping-car lorsqu'enfin j'arrête sur une aire de service juste avant Bremen.


Samedi 13 août 1988 : de BREMEN au château de GLUCKSBURG 

Nous démarrons un peu tard, ayant mal dormi dans la rumeur incessante de l'autoroute. Nous filons directement jusqu'à Schleswig où nous dînons avant d'aller visiter le superbe musée archéologique. On peut y voir exposés les restes d'anciens Northmen que la tourbe acide des marais de la région a préservé depuis des siècles dans un état de conservation tout-à-fait étonnant. Nous y admirons longuement des armes, des tissus, des momies, toutes sortes de petits objets comme des dés à jouer, des aiguilles d'os, etc., et surtout un magnifique bateau à rames de 36 rameurs, le tout dans un cadre très sobre et instructif, même si les étiquettes des vitrines, unilingues allemandes, nous demeurent incompréhensibles...
Tête de Northman momifiée par la tourbe
Tête de Northman momifiée par la tourbe

En sortant du musée, Mathieu fait une énième crise d'opposition qui nous amène à lui poser un ultimatum et à signer un contrat. Crise de larmes... finalement tout rentre dans l'ordre. Nous nous rendons jusqu'à la frontière du Danemark, traversant un paysage plat et très agricole qui semble fort riche. Nous n'osons cependant passer la frontière, n'ayant plus un sous en poche et craignant devoir utiliser obligatoirement un terrain de camping dans ce nouveau pays. Aussi allons-nous stationner devant le château de Glucksburg.

Des canards multicolores et des cygnes jouent dans les douves au pied des grands murs de pierre sur lesquels joue la chaude lumière du couchant. Nous sommes tout près de la mer que nous n'arrivons pas à atteindre. La soirée passe donc à planifier notre découverte du Danemark pendant que les enfants jouent au scrabble.



Balade au Jutland : Legoland (Danemark)


Notre itinéraire
          en Scandinavie
Notre itinéraire en Scandinavie

Dimanche 14 août 1988 : de GLUCKSBURG (frontière danoise) à VEIJLE (DANEMARK)

Cette fois nous entrons au Danemark, quasiment sans nous en apercevoir tant les frontières entre les états de la C.E.E. sont devenues symboliques. Par une toute petite route, nous gagnons Abenra d'où l'on contemple un joli panorama sur la baie. Nous faisons ensuite un détour tout ce qu'il y a de plus bucolique par Skamlingsbanken, point culminant de la péninsule du Jutland avec ses 113 mètres. De là-haut, on a une vue splendide sur l'arrière pays vallonné et verdoyant et l'on aperçoit même l'île de Fyn (la Fionie), au loin en mer.

Carte
                  d'entrée de Juliette au Legoland de Billund
Carte d'entrée de Juliette au Legoland de Billund
Cependant la fébrilité manifestée par Mathieu et Juliette prend le dessus sur tout autre intérêt géographique, aussi via Kolding rallions-nous bientôt le parc de Legoland à Billund.
Enfin un parc d'attractions destiné aux enfants qui se montre intelligent! Je suis émerveillé par les villages et sites miniatures représentant diverses régions de l'Europe ou du monde, entièrement construits en briques Lego. Les dioramas, la plupart animés, sont dispersés dans un grand jardin avec arbres miniatures, bassins et mini-relief. C'est splendide, très original et absolument fascinant.
Reconstitution de quai au bord du Rhin
Reconstitution de quai au bord du Rhin

Safari dans le
        mini-parc africain de Legoland
Safari dans le mini-parc africain de Legoland.

Legoland :
              reconstitution en Lego de la place du Palais Royal
              d'Amalienborg
Legoland : reconstitution en Lego de la place du Palais Royal d'Amalienborg

Mathieu et Juliette se passionnent pour le Goldmining dans le sable de Laredoland; ils y passent un long moment à extraire à la battée des pépites d'"or" qu'ils font ensuite fièrement frapper en médaille. Legoland
                  : nos prospecteurs d'or au travail !
Legoland : nos prospecteurs d'or au travail !

Autoskol
La trafikskolen de Legoland
Puis c'est la "trafikskolen" qui les attire; ils veulent absolument  prendre un cours de conduite internationale à bord d'une des petites voitures électriques parcourant un circuit de type "sécurité routière". Un diplôme Lego vient sanctionner leur bonne conduite...
Quant à Monique, elle sort enchantée de la visite du musée de poupées et du Titania Palace, un extraordinaire palais miniature offert à la Reine Mary, l'une des filles de la Reine Victoria. Titania Palace : vue générale
Titania Palace : vue générale

La
            salle à manger de la Reine
La salle à manger de la Reine

La chambre à
            coucher de la Reine Titania
Chambre à coucher de la Reine Titania

Titania
            Palace : le boudoir royal...
Titania Palace : le boudoir royal...

Nous quittons le parc à sa fermeture vers 20:00, décidant d'aller faire réparer la transmission au garage Citroën de Veijle. Et tout naturellement nous utiliserons son stationnement comme gîte pour la nuit...

Lundi 15 août 1988 : de VEIJLE à HORSENS

Citroën n'a évidemment pas la pièce en stock, mais la fait livrer à Alborg où l'on nous prend un rendez-vous chez le concessionnaire local pour jeudi prochain à 10:00 ! Nous sommes ravis de découvrir ainsi l'efficacité danoise... À la demande générale, nous décidons alors de retourner passer la fin de la journée au Legoland avant de reprendre la route. Mathieu va "travailler à la mine d'or" (d'où il revient en rage après qu'il ait dû rendre toutes les "pépites" qu'il commençait à thésauriser...). Pendant ce temps Monique et Juliette vont visiter plus à fond les musées des jouets et des poupées. Je préfère quant à moi rester dans le camping-car pour bricoler et écrire.

Poupée 1871
Poupée 1871

Poupée du Musée des poupées de Legoland
Musée de la poupée de Legoland
Les visiteurs quittant le parc vers 17:30, nous poursuivons notre chemin en passant par Jelling. Nous y admirons les deux tumuli et les deux très belles pierres runiques du roi Gorm (Xème siècle) dont le soleil descendant accuse les reliefs mystérieux. Revenant enfin à Veijle, nous franchissons le nouveau grand pont enjambant le fjord et allons camper sur un petit terrain aménagé au bord d'un étang à Horsens. Le nouveau pont de
                  Veijle
Le nouveau pont de Veijle

Mardi 16 août 1988 : de HORSENS à AARHUS

Les installations du camping nous permettent de prendre une douche à l'aise, de recharger les batteries sur le secteur et de faire un peu de lavage. Nous finissons la matinée en écrivant notre réclamation officielle à l'assureur pendant que les enfants jouent au badminton dans le champ. Le temps demeure frais et variable lorsque, vers 12:00, nous partons en direction d'Aarhus.

Évitant le centre ville, nous nous dirigeons d'abord vers le parc archéologique de Möesgard. Sous les grands arbres, nous avons la surprise de découvrir un troupeau de daims en semi-liberté auxquels Juliette et Mathieu tiennent absolument à donner des carottes...

La biche
          de Moesgard n'a pas l'air d'aimer les carottes de Mathieu...
La biche de Moesgard n'a pas l'air d'aimer les carottes de Mathieu...


Juliette
          n'a guère plus de succès avec le cerf
Juliette n'a guère plus de succès avec le cerf

Puis nous nous rendons jusqu'au Musée de la Préhistoire; cependant, plutôt que faire une trop brève visite intérieur vu l'heure tardive (16:30), nous préférons suivre la "piste préhistorique". Des monuments anciens, temples et tombeaux restaurés ou reconstitués, sont disséminés dans les champs, les bois et les rivages du domaine de Möesgard, et c'est pour nous une promenade aussi agréable qu'instructive. Le soir venu, nous allons coucher au "Camp des Fleurs", un beau camping tranquille en bordure du parc. Mais la vie au Danemark s'avère décidément bien chère pour des voyageurs près de leurs sous comme nous : l'emplacement coûte 16.00 $ la nuit, et encore, sans le branchement électrique...

Mercredi 17 août 1988 : de AARHUS à ALBORG

Nous retournons au musée de Möesgard, magnifiquement installé dans un château XVIIIème (manoir avec grande cour carrée entourée de ses communs où ont été aménagées les salles d'exposition). Nous y trouvons une très belle présentation de la vie préhistorique et viking dans la région. Malheureusement ici encore, bien peu d'informations sont écrites en anglais; quant au français, on n'y pense même pas... Mais "d'ici deux ans tout sera refait bilingue", m'affirme le conservateur auquel je souligne cette lacune.
Bosse
                    en centre de bouclier viking (bronze doré)
Bosse en centre de bouclier viking (bronze doré)

Nous traversons à nouveau le parc des daims où cette fois ce sont d'énormes sangliers et leurs marcassins qui attirent l'attention des enfants. Puis nous faisons un petit tour au centre ville de cette grande agglomération de plus de 250 000 habitants.

Truie avec ses porcelets
Truie avec ses porcelets
Après un coup d'oeil fameux groupe sculpté des cochons qui pissent, hautement symbolique de la richesse agricole danoise, nous allons manger à l'international Mac Donald avant de courir un bon moment une photocopieuse pour expédier notre réclamation à l'assurance.
Nous terminons ce trop court séjour à Aarhus par une balade dans le "Den Gamle By", une pittoresque vieille ville reconstituée avec d'anciennes maisons provenant de tous les coins du Jutland. Divers commerces et artisanats y sont présentés, mais les guides animateurs en costumes d'époque démontrant les anciens savoir-faire sont absents : nous sommes trop tard en saison, paraît-il. Équipage dans le Den Gamle By Équipage dans le Gamle By

Scierie du Gamle By
Scierie du Den Gamle By
Monique et les oies du Gamle By
Monique et les oies du Gamle By

Chez
            l'apothicaire
Chez l'apothicaire
Nous filons enfin vers Alborg où nous avons notre rendez-vous chez le concessionnaire Citroën. Un bref arrêt au passage à Fyrkat, en banlieue d'Hobro, nous permet de contempler de loin les restes d'une grande citadelle viking circulaire et un joli moulin à eau. Nous allons finalement coucher sur le stationnement du garage à Alborg. Le camp viking
                    de Fyrkat
Le camp viking de Fyrkat

Jeudi 18 août 1988 : ALBORG

Vers 8:30 nous sommes debout pour nous présenter à 9:50 à l'atelier où l'on nous reçoit aussitôt. Le mécanicien change la transmission, mais s'aperçoit par la même occasion que la poulie de la pompe à eau est mal serrée et que la courroie, déchiquetée, est à remplacer... Nous faisons un petit tour d'essai pour nous rendre compte... que la réparation n'a rien changé à notre problème de vibrations ! En fait, constate le chef d'atelier astucieux, notre transmission était en bon état, mais l'axe de la transmission, mal bloqué du côté gauche, entraîne des vibrations gênantes du côté droit... C.Q.F.D., il fallait y penser ! Un tour de clef, et le problème qui nous poursuit depuis maintenant plus de 1 000 kilomètres est réglé. Cependant le garagiste nous demande de revenir le lendemain pour réaligner les poulies et changer la courroie qu'il doit commander.

Un peu écœurés par tous ces problèmes mécaniques qui continuent de nous poursuivre et de nous retarder, mais décidés à les régler complétement avant d'aborder les routes sinueuses et les solitudes du nord de la Norvège, nous partons visiter Alborg. Tour des vieilles maisons dans les petites rues du centre ville, magasinage Lego et Playmobil, visite du Musée d'Art Moderne fort beau dont l'architecture nous étonne par ses volumes et son éclairage zénithal très particulier. En revanche les œuvres exposées nous laissent ou perplexes ou indifférents... Nous apprendrons par la suite à mieux connaître le maître d’œuvre des murs, le grand architecte finlandais Alvaar Alto.

Musée du Nord
            Jutland dessiné par le grand architecte finlandais Alvar
            Alto
Musée du Nord Jutland dessiné par le grand architecte finlandais Alvar Alto

Nous faisons enfin quelques courses dans un immense supermarché où nous avons l'agréable surprise de nous faire offrir des fleurs par une brave dame canadophile ! Les enfants, toujours en quête d'attractions originales, épluchent les prospectus touristiques. Ils repèrent un "Vanland", sorte de complexe sportif avec piscines, vagues artificielles et cascades d'eau. Très excités, ils nous entraînent à l'intérieur mais trouvant l'accès aux bassins fermé, nous font promettre de les y laisser un bon moment le lendemain. Nous retournons dans la soirée à notre "camping Citroën" où nous passons une autre excellente nuit.



Traversée vers la Norvège; Oslo - Vers le Nordkapp

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